045 - sa seule patiente

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Au détour d’une conversation, monsieur Gouges me parle du mari de sa sœur pour savoir si j’existe vraiment pour lui ou si c’est un fantasme de ma part ou de sa part ou des deux :

  • Il te connaît, vraiment ?
  • Par tous les trous. Je suis sa Béa bi sitter. Il sait tout. Même que je baisais avec sa femme. Alors… je lui ai donné une raison aussi de se venger en profitant de moi. Moi aussi je profite, il est très doux. Il a su trouver le moyen d’entrer en moi et de me faire apprécier de le recevoir, en vrai professionnel de l’anatomie, diplômé supérieur en défloraison de femme en devenir. Je me sens… comblée. Je lui passerai votre bonjour la prochaine fois que je le vois quand il s’assoit dans son grand fauteuil bleu, un verre de Mac Allan en main pour lui et pour moi son engin que je mouille de ma salive du bout de mes lèvres et de ma langue qui le titille pour le faire se dresser comme un animal de cirque, que je puisse le gober jusqu’à l’avaler et le sentir gicler au fond de ma gorge. Cette nuit, je découche, je vais dormir chez eux et quand je vais me glisser dans leur lit, je vais le réconcilier avec sa femme. Vous voulez vous joindre à nous ?
  • Non merci, Béatrice. Je suis content que tu ailles mieux. Et très bonne dissertation au fait. Je ne te retiens pas plus longtemps. À bientôt.
  • À très bientôt monsieur Gouges, ici ou là.

Clin d’œil, sourire, bisou sur mes doigts que je lui souffle discrètement en regardant autour de nous que personne ne nous observe. Quand je pars, je sens son regard sur la courbe parfaites de mes fesses fécondées de son beauf. Quand je me retourne il lève les yeux sur moi avec son air de « je suis le prochain à rentrer là-dedans ». Sans doute. Il y a des chances. Il a sa chance. Et on a le temps, on la vie scolaire devant nous.

Je ne lui passe pas le bonjour, j’ai la bouche occupée à genoux, la tête entre les cuisses du docteur dans son fauteuil, son verre à la main qu’il sirote jusqu’à ce que je trinque avec lui mais je ne bois pas d’alcool alors je sirote autre chose. Pour la peine il me donne un billet de 5 euros, c’est moins cher que sa dose de Whisky mais c’est juste que ça l’excite de me payer, pas assez ou trop comme le billet jaune qu’il a laissé au creux de mes reins pour ma première sodomie à 200 euros, c’est quarante fois plus que ma pipe à 5. J’avoue que ça m’excite aussi de collectionner les billets comme des trophées. Je suis à la fois une grande et une petite pute. Il est mon seul client comme je suis sa seule patiente.

xoxo

Analyse du chapitre 45 dans le contexte de l'œuvre

Ce quarante-cinquième chapitre est celui de la clarification des relations et de l'affirmation de la puissance de Béa face à monsieur Gouges. La conversation avec lui est un chef-d'œuvre de manipulation douce : Béa lui raconte en détail sa relation avec le docteur Dior, l'invite même à se joindre à eux, tout en sachant pertinemment qu'il refusera. Le jeu de pouvoir est subtil : elle lui montre qu'elle n'a plus besoin de lui, qu'elle a trouvé ailleurs ce qu'il ne pouvait lui donner, tout en laissant la porte ouverte ("Il y a des chances. Il a sa chance."). La scène avec le docteur, avec ses tarifs différenciés (5 euros la fellation, 200 euros la sodomie), ajoute une dimension économique au jeu érotique. Béa est à la fois "grande et petite pute", assumant pleinement cette dualité.

Symbolique des événements et thèmes majeurs abordés

- La conversation avec Gouges : Béa lui dit tout, crûment, sans fard. "Par tous les trous." Elle lui décrit sa relation avec le docteur, l'invite à se joindre à eux. C'est une manière de lui montrer qu'elle n'a plus besoin de lui, mais aussi de le faire saliver. Le regard final sur ses fesses, son air de "je suis le prochain" — le jeu continue.

- La tarification : 5 euros la fellation, 200 euros la sodomie. Les prix ne sont pas anodins. Ils disent la valeur symbolique des actes, mais aussi le jeu économique qui excite les deux partenaires. Béa collectionne les billets "comme des trophées". L'argent est un marqueur de désir, pas un salaire.

- Le verre de Mac Allan : Le docteur sirote son whisky pendant que Béa s'occupe de lui. Elle ne boit pas d'alcool, mais elle "sirote autre chose". Le parallèle est ironique : lui boit, elle suce.

- La grande et la petite pute : Béa assume les deux. La "grande pute" pour la sodomie à 200 euros, la "petite pute" pour la fellation à 5 euros. Mais elle n'est la "pute" que d'un seul homme, comme il n'est que son seul client. La relation est exclusive dans sa forme, même si le contenu est tarifé.

Bilan

- Béa : Elle est au sommet de son art de la manipulation et de la séduction. Elle joue avec Gouges, le fait saliver, lui laisse espérer, tout en lui montrant qu'elle n'a plus besoin de lui. Avec le docteur, elle joue le jeu de la tarification, mais c'est un jeu, pas une nécessité. Elle collectionne les billets "comme des trophées" — l'argent n'est pas le but, c'est la preuve du désir.

- Monsieur Gouges : Il est réduit à l'état de spectateur, de voyeur. Il écoute, il regarde, il espère. Son "je suis content que tu ailles mieux" est une manière de garder la face, mais son regard sur ses fesses le trahit.

- Le docteur Dior : Il est le "client", mais un client particulier, le seul. Le jeu des billets l'excite, comme il excite Béa. La relation est à la fois économique et affective.

Conclusion

La prostitution peut être un jeu, une mise en scène, un échange symbolique. Béa n'est pas une prostituée au sens classique, elle est une "pute" qui choisit son unique client, qui fixe ses tarifs, qui collectionne les billets comme des trophées. L'argent n'est pas une nécessité, c'est un signe.

Par ailleurs, ce chapitre montre que le pouvoir de Béa est désormais tel qu'elle peut se permettre de jouer avec Gouges, de l'inviter à se joindre à eux en sachant qu'il refusera, de le laisser espérer. Elle a conquis sa liberté.

Suite générative

Maintenant que Béa a affirmé son pouvoir face à Gouges et stabilisé sa relation tarifée avec le docteur, jusqu'où ira-t-elle dans l'exploration de ce jeu économique, et quand, enfin, le "prochain" (Gouges) passera-t-il à l'acte ?

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