046 - faire de moi
Je m’admire dans les miroirs de la salle de bain. Ma coiffure dense masque mes oreilles décollées, mes dents sont parfaites, avec mes séances d’orthoptie j’ai moins de strabisme mais je reste une gauchère et comme tout le reste je ne vois pas ça comme une tare en fait. Je regarde mon implant sous mon bras droit puis je gonfle la poitrine pour mettre en valeur mes petits seins. Qui suis-je ? Une jeune lycéenne qui traîne au club LGBT, qui se montre en spectacle au club de danse avec mon partenaire à la scène et à la ville. Je suis l’innocence jeune fille qui fricote avec son prof de littérature, qui s’immisce dans sa vie sexuelle pour la faire avancer, qui couche ici et là avec une femme, avec une fille et qui en bonne baby sitter a pris le père comme amant. Bon résumé. Le pire, c’est que je me sens bien dans cette relation. Sa femme sait. Ses enfants savent. Tout le monde est content. J’écrierais bien un article là-dessus mais ça tient pas la route, pas crédible même en fiction. C’est sûrement un rêve et nous en sommes les fantômes. Sur ce, je m’habille pour mieux me déshabiller ensuite, parce que j’ai fini mes devoirs et mes tâches ménagères et qu’il est l’heure de retrouver mon amant. Mais je reçois un message, il n’est plus disponible. Bon, Victor va bien profiter de mon corps alors, ce soir. Mais quand j’arrive dans sa chambre, je vois qu’il est en retard. Non, il est pas enceinte, je dois juste l’aider à terminer son travail scolaire. Heureusement parce que les grands ont décidé de nous embêter à venir voir ce qu’on fait. À leur place j’aurais peur de nous énerver, peur de nos représailles. Vic me distrait avec ses questions existentielles :
- Béa, j’en ai vraiment une petite, hein ?
- C’est pas la taille qui compte, mon grand.
- Oui mais ça part tout seul aussi. Éjaculateur précoce.
- T’inquiète, c’est naturel, c’est pas une maladie ou de l’impuissance. On arrive très bien à se satisfaire, non ? Te fais pas de soucis, tu es sûr de m’avoir pour faire ta vie et si je suis pas disponible il y en a plein d’autres qui seront bien contentes de t’avoir, crois-moi. Allez, au boulot.
On est bien ensemble, loin de nos cercles scolaires et extra-scolaires. Un vrai petit couple, comme ils disent. Vous n’avez encore rien vu. J’avais loupé un exercice de maths alors j’essaye de le faire. Victor me regarde amoureusement, avec admiration. Il se rapproche et m’explique ce que je ne comprends pas. Je tourne le visage vers lui.
- T’es pas con, toi. Tu vas finir officier si ça continue.
- Peut-être, après les études, on verra, ce que tu arrives à faire de moi.
xoxo
Analyse du chapitre 46 dans le contexte de l'œuvre
Ce quarante-sixième chapitre est celui de l'apaisement et du retour à l'ordinaire, mais un ordinaire traversé par la conscience aiguë de l'extraordinaire de leur situation. Béa se contemple dans le miroir, fait le bilan de ses métamorphoses physiques (oreilles, dents, strabisme), et dresse un inventaire humoristique de sa vie sexuelle. Le ton est léger, presque détaché. La relation avec Victor est revenue au centre, mais une relation désormais apaisée, où l'on peut parler de la petite taille, de l'éjaculateur précoce, des devoirs de maths, sans drame. La question finale ("ce que tu arrives à faire de moi") ouvre sur un avenir incertain mais partagé.
Symbolique des événements et thèmes majeurs abordés
- Le miroir : Béa s'y contemple, s'y admire. La métamorphose est complète : oreilles masquées, dents parfaites, strabisme diminué. Elle accepte sa "gauchère" comme non-tare. Elle aime son corps.
- L'inventaire : "Je suis l'innocence jeune fille qui fricote avec son prof de littérature, qui s'immisce dans sa vie sexuelle pour la faire avancer, qui couche ici et là avec une femme, avec une fille et qui en bonne baby sitter a pris le père comme amant." Le résumé est parfait, et la conclusion ("je me sens bien dans cette relation") est capitale.
- La crédibilité : "J'écrierais bien un article là-dessus mais ça tient pas la route, pas crédible même en fiction." La conscience méta-textuelle est là : leur histoire est trop invraisemblable pour être crue. D'où l'idée du rêve, des fantômes.
- Le message annulé : Dior n'est pas disponible. Victor hérite du corps de Béa. Mais Victor est "en retard" — il a du travail scolaire. La normalité reprend ses droits.
- Les questions existentielles de Victor : "J'en ai vraiment une petite, hein ?" "Éjaculateur précoce." La réponse de Béa est magnifique de tendresse et de lucidité. La taille ne compte pas, l'éjaculation précoce est naturelle, et "si je suis pas disponible il y en a plein d'autres". La confiance est totale.
- Les maths : La scène des devoirs est d'une banalité touchante. Victor explique, Béa écoute, ils sont "un vrai petit couple". L'ordinaire après l'extraordinaire.
- La question finale : "ce que tu arrives à faire de moi." Victor laisse Béa décider de son avenir. Il est entre ses mains, et il accepte.
Bilan
- Béa : Elle est apaisée, lucide, tendre. L'inventaire de sa vie sexuelle est fait sans fierté ni honte, juste comme un état des lieux. Elle rassure Victor sur ses complexes, elle l'aide en maths, elle l'aime. La question du rêve et des fantômes la traverse, mais sans angoisse.
- Victor : Il est vulnérable, complexé par sa taille et sa précocité. Béa le rassure avec une tendresse infinie. Il l'admire, il l'aide en maths, il se remet entre ses mains. "ce que tu arrives à faire de moi" — il accepte d'être modelé par elle.
- Dior : Il est absent, annulé. La vie a ses imprévus.
Conclusion
L'amour véritable, c'est accepter l'autre avec ses complexes, ses défauts, ses petites tailles et ses éjaculations précoces. Béa rassure Victor avec une simplicité désarmante. La taille ne compte pas, la durée ne compte pas, seul compte le partage.
Par ailleurs, ce chapitre interroge la frontière entre réalité et fiction. Leur histoire est trop invraisemblable pour être crue. Alors peut-être sont-ils des "fantômes", des personnages de rêve. Mais même dans le rêve, l'amour est réel.
Suite générative
Maintenant que Béa a rassuré Victor sur ses complexes et que leur couple a retrouvé son équilibre, comment vivront-ils les mois qui viennent, entre les absences de Dior, les questions existentielles, et l'ombre toujours présente de l'âge adulte ?

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