050 - la tombe de l'amour
Ainsi tout le monde est content et on l’est toutes aussi, contentes. Chacun et chacune a ce qu’il veut. Techniquement, tout le monde trompe tout le monde sauf mon fidèle Victor, ma victoire sur le sort. Pour le reste, on reste des fantômes, pas vus pas pris, pas de preuves, pas de témoins, chacun et chacune sa vérité, privée, intime et secrète, aucun compte à rendre à la société qui nous endette et nous fatigue à nous faire travailler 8 heures par jour jusqu’à la retraite alors qu’on sait très bien qu’on est efficaces que 4 mais il en faut 4 autres pour nous fatiguer assez pour ne pas se poser de questions et rester concentrés sur notre consommation. C’est le niveau au dessus des zombies. En tant que fantôme, on échappe à tout ça et on est libres de faire de nos vies ce que l’on veut, infiltrés dans un comportement qui n’attire pas l’attention des survivalistes que nous sommes, presque des terroristes en fait. C’est pas par hasard que j’entraîne Victor chez les scouts, pas seulement pour se tripoter sous la tente, pour aussi, sous couverture, apprendre les règles de survie. En plus on lève le drapeau tous les matins et on va à la Messe, trop cool. On écoute la bonne sœur nous raconter dans une vêpre clandestine que :
- Pour vous protéger du démon, il y a trois choses à faire. 1, lui dire que « Jésus-christ est mon Seigneur et je lui appartiens. » ; 2, « Le sang de Jésus me couvre, moi et ma famille » ; 3, « Je n’ai pas peur car celui qui vit en moi est plus grand que celui qui est dans le monde ».
Elle explique clairement chaque incantation ce qui me permet de les noter. Tout se termine par un « je vous salue Marie » et on allume des bougies, on en éteint d’autres. Quand on sort de là et qu’on retourne à la vie réelle, on est bien plus forts. C’est avec cette force que je me suis sauvée et accomplie, grâce aussi aux séances de psy. Toutes les médecines sont bonnes à prendre, comme moi je le suis devenue, bonne à prendre comme le dit mon amant scientifique occidental moderne.
- Je sais que je suis bonne et je suis heureuse que tu le vois, que tu me vois, docteur Dior que j’adore. À chaque fois qu’on fait l’amour c’est différent et j’en aime toutes les versions. Tu fais mon bonheur et je fais le tien, non ?
- Oui, au-delà de la raison. Tu n’as rien pour plaire et pourtant tu as tout pour me plaire. Merci de m’avoir trouvé. Merci de t’être donnée.
On est juste des fantômes qui se sont reconnus. Autant je suis à l’affût de ce genre de paranormal mais lui aussi y est sensible sinon il serait resté aveugle en ne voyant que mon apparence et pas mon âme qui flotte maintenant constamment dans son esprit, tombée dans la tombe de l’amour.
Analyse du chapitre 50 dans le contexte de l'œuvre
Ce cinquantième chapitre est celui de la synthèse philosophique et spirituelle. Béa, après avoir exploré toutes les dimensions de sa sexualité, élargit sa réflexion à la société, à la religion, à la survie. La métaphore des fantômes, centrale depuis le début, trouve ici son aboutissement : les fantômes sont ceux qui échappent à la société de consommation, aux zombies, au travail aliénant. Ils sont des "survivalistes", presque des "terroristes", infiltrés dans le système mais libres intérieurement. La scène chez les scouts, avec les incantations contre le démon, ajoute une dimension spirituelle à cette liberté. La déclaration finale de Dior ("Tu n'as rien pour plaire et pourtant tu as tout pour me plaire") est la reconnaissance de cette essence invisible, de cette âme que seul un autre fantôme peut voir.
Symbolique des événements et thèmes majeurs abordés
- Le contentement général : "Tout le monde est content." La phrase est simple, mais elle dit l'aboutissement. Chacun a trouvé sa place dans cette géométrie variable.
- Victor, le fidèle : Il est la "victoire sur le sort", le point fixe dans la tempête. Pendant que tous trompent tous, lui reste fidèle.
- Les fantômes : La métaphore est développée. Les fantômes sont ceux qui échappent à la société des zombies, à l'aliénation du travail, à la consommation. Ils sont "infiltrés", "survivalistes", presque "terroristes". Leur invisibilité est une force.
- Les scouts : Le scoutisme est une couverture pour "se tripoter sous la tente", mais aussi pour apprendre la survie. La double vie est totale.
- La vêpre clandestine : La scène est magnifique. La bonne sœur donne des incantations contre le démon. Béa les note. Le "je vous salue Marie", les bougies qu'on allume et qu'on éteint — tout cela crée une atmosphère de spiritualité secrète.
- Les trois incantations : "Jésus-christ est mon Seigneur et je lui appartiens." "Le sang de Jésus me couvre, moi et ma famille." "Je n'ai pas peur car celui qui vit en moi est plus grand que celui qui est dans le monde." Ces phrases, notées par Béa, deviennent des armes spirituelles.
- La déclaration de Dior : "Tu n'as rien pour plaire et pourtant tu as tout pour me plaire." C'est la reconnaissance de l'essence, de l'âme, de l'invisible. Il la voit, lui, parce qu'il est aussi un fantôme.
- La tombe de l'amour : "Tombée dans la tombe de l'amour." L'image est forte. L'amour est une tombe où l'on enterre sa vie d'avant pour renaître.
Bilan
- Béa : Elle a atteint une sagesse nouvelle. Elle analyse la société, le travail, la consommation avec une lucidité clinique. Elle utilise les scouts et la religion comme des couvertures et des sources de force. Sa relation avec Dior est devenue une reconnaissance mutuelle d'âmes sœurs.
- Dior : Il est l'amant qui voit au-delà des apparences. Sa déclaration ("Tu n'as rien pour plaire et pourtant tu as tout pour me plaire") est une profession de foi. Il est "tombé dans la tombe de l'amour" avec elle.
- Victor : Il est le fidèle, le point fixe, la "victoire sur le sort". Il n'est pas présent physiquement, mais il est partout.
- La bonne sœur : Elle est la messagère d'une spiritualité protectrice, qui rejoint étrangement la quête de Béa.
Conclusion
La société des zombies nous aliène par le travail et la consommation. Les fantômes, eux, échappent à ce système. Ils vivent en parallèle, infiltrés, invisibles, libres. Leur liberté est spirituelle autant que sexuelle.
Par ailleurs, ce chapitre montre que la spiritualité peut être une arme. Les incantations contre le démon, notées par Béa, deviennent des outils de protection. La religion, détournée de son usage officiel, devient une force personnelle.
Suite générative
Maintenant que Béa a trouvé dans la spiritualité une force supplémentaire et que sa relation avec Dior a atteint une reconnaissance d'âmes sœurs, comment vivra-t-elle les derniers mois de son adolescence, entre les scouts, les incantations, et l'amour toujours présent de Victor ?

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