070 - privés et secrets
Malaury a vu Dior mais je ne veux rien savoir. Ce n’est plus mon histoire, c’est la leur. Je prends mes distances aussi avec Olympe finalement, pour ne pas entraîner Misha dans cette histoire non plus, on a la nôtre et elle nous suffit. Même Jess et Victor, on ne préfère pas savoir à quel point ils sont heureux ensemble. Si j’agissais comme en début d’année, j’aurais déjà traumatisé Malau avec mes jeux sexuels. Misha me stabilise, je sais pas pourquoi, pourquoi elle ? Une L qui fait de moi une L. C’était pas dans mes plans. Mais je ne suis qu’au début de mon existence intime alors je dois faire mon chemin sur ses courbes parfaites.
- Misha, j’ai l’impression que je deviens normale, je suis plus la même qu’avant, est-ce que tu m’aimes toujours alors que je deviens chiante ?
- Quand on est pas dans la même pièce, j’ai l’impression d’étouffer. Tu es mon oxygène et si tu n’es plus Béa, il me reste la Béatrice que tu es. Tu n’es pas parfaite, quand un truc va pas je te le dis tout de suite, quand un truc va je te le dis aussi. Même quand je te déteste, j’ai besoin de toi. Alors oui, t’es chiante pour ça et je t’aime toujours.
C’est ce qu’elle me dit quand quelque-chose ne lui plaît pas. Elle dit pas je t’aime, elle dit je t’aime toujours. Maintenant je comprends pourquoi. Elle rit et elle me prend dans ses bras en me serrant fort contre sa poitrine pointue. J’ai bien de la chance de l’avoir. Depuis elle, je ne joue plus la pute.
- Je trouve que tout est plus simple quand on est en couple avec une L.
- C’est vrai, avec toi c’est plus compliqué. Comme ces cours sur ton bureau, on dirait que tu te prépares à un concours d’entrée.
- Je m’amuse à faire ceux des grandes écoles. J’en ai un facile à te proposer, c’est celui d’une grande université américaine. Ça tient en une question à laquelle il faut répondre. « Quel est, à ce jour, ton plus grand accomplissement ? »
- On nous demande d’être accomplies ? Pas la peine d’y aller alors.
Misha, dans sa lucidité décérébrée, a tout à fait raison. Quand il s’agit d’éviter un effort, elle a beaucoup de ressources. Personnellement, je coince sur celui de l’ENA. Je vais me rabattre sur l’ENS. Je ne suis pas encore prête à être choisie pour diriger ce nouveau ministère à venir, celui des LGBT. Car comme toutes les minorités de la démocratie, elles ont plus de droits que la majorité. Et un jour je présiderai, le club LGBT de mon lycée. Il faut bien commencer par le début, de l’alphabet, de mon groupe de parole, de mes entretiens privés et secrets.
xoxo
Analyse du chapitre 70 dans le contexte de l'œuvre
Ce soixante-dixième chapitre est celui de l'apaisement et de la maturité. Béa prend ses distances avec les histoires passées (Dior, Olympe, même Victor et Jessica) pour se concentrer sur sa relation avec Misha. La déclaration de Misha ("Tu es mon oxygène") est d'une beauté rare. Béa comprend qu'elle est devenue "normale", et que cet amour est plus simple, plus pur. La question de Yale ("Quel est ton plus grand accomplissement ?") trouve une réponse ironique dans la lucidité de Misha. Béa se projette dans l'avenir : présider le club LGBT, commencer par le début de l'alphabet.
Symbolique des événements et thèmes majeurs abordés
- La distance : Béa prend ses distances avec Dior, Olympe, Victor et Jessica. "Ce n'est plus mon histoire, c'est la leur." La maturité, c'est savoir lâcher prise.
- Misha, l'oxygène : La déclaration est magnifique. "Quand on est pas dans la même pièce, j'ai l'impression d'étouffer. Tu es mon oxygène." L'amour comme nécessité vitale.
- "Je t'aime toujours" : La nuance est capitale. Misha ne dit pas "je t'aime" dans l'instant, mais "je t'aime toujours" — un amour qui dure, qui résiste aux moments où l'autre est "chiant".
- La fin de la pute : "Depuis elle, je ne joue plus la pute." La relation avec Misha a guéri Béa de ce besoin de faire semblant de se vendre.
- La question de Yale : La question revient, mais Misha la renvoie avec ironie. "On nous demande d'être accomplies ? Pas la peine d'y aller alors." La lucidité décérébrée de Misha est une leçon.
- Le ministère des LGBT : Béa se projette dans l'avenir. Présider le club, c'est commencer par le début de l'alphabet. La politique, après l'intime.
Bilan
- Béa : Elle a atteint une maturité nouvelle. Elle lâche prise sur les histoires passées, elle se concentre sur Misha. Elle accepte de devenir "normale", "chiante" même. La question de Yale la fait réfléchir, mais c'est Misha qui a le dernier mot. Son projet de présider le club LGBT est un engagement politique.
- Misha : Elle est l'oxygène de Béa, sa stabilité. Sa déclaration ("je t'aime toujours") est un engagement dans la durée. Sa lucidité sur la question de Yale est un trait d'humour qui dit la vanité des concours.
Conclusion
L'amour véritable, c'est celui qui dure malgré les changements. Misha aime Béa même quand elle devient "normale", même quand elle est "chiante". L'amour n'est pas une passion éphémère, c'est une présence continue, un oxygène.
Par ailleurs, ce chapitre montre que la maturité, c'est savoir lâcher prise. Béa laisse Dior, Olympe, Victor et Jessica vivre leur vie. Elle se concentre sur la sienne, avec Misha. La politique (le club LGBT) devient un horizon après l'intime.
Suite générative
Maintenant que Béa a trouvé en Misha un amour stable et qu'elle se projette dans l'engagement politique, comment vivra-t-elle les derniers mois de son année de seconde, entre l'oxygène de sa compagne et les responsabilités à venir ?

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