075 - de la chance
Maintenant que je m’intéresse aux question militaires, je m’aperçois que Misha est en retard pour se faire recenser pour les journées du citoyen. Dans les 4 mois qui suivent le seizième anniversaire. Oops. Personne n’a l’air au courant dans notre monde où plus personne ne croit ce que raconte notre gouvernement qui change tout le temps d’avis avec ses effets d’annonces de directives obligatoires qui sont le plus souvent annulées dans la valse ou non des ministères, SNU et Service National compris.
- Misha, t’inquiète pas, en cas de problème, j’ai le bras long dans l’armée de nos citoyens à recenser.
- Béa, je suis exemptée. Je suis russe. Je la ferai plus tard, à ma majorité, quand je choisirai la nationalité française. Si je la choisie. On va voir comment le vent tourne. Pour la bi-nationalité, il n’y a pas encore d’accords concrets entre nos deux pays puisque c’est apparu pendant la guerre.
J’en parle donc à la grande Sofia qui a un profil science po, elle est parfaite pour alerter la direction mais :
- Je suis italienne. Vois avec Coralie, elle est en seconde mais elle a redoublé dans le primaire.
Coralie est en retard aussi. Elle fait sa démarche de recensement avec le profil France Connect de sa mère et en informe donc la direction du lycée qui diffuse tout de suite un message pronote avec une réunion d’information programmée à l’amphi et une conférencière qui va passer dans toutes les classes de première.
- Béa, c’est bizarre que tu t’intéresses aux questions militaires tout d’un coup. Qu’est ce qui se passe ?
- J’ai trouvé mon stage de seconde, je le fais à la Caserne Vaillant, à la section recrutement. Je prends juste un peu d’avance, comme dans mes concours. Au fait, Coralie, qu’est ce qui s’est passé au primaire ?
- CE2. Comme toi, non ? J’ai été hospitalisée, longtemps.
Je la prends dans mes bras. Elle revient de plus loin que moi. Jessica et Victor passent dans le couloir. Ils lui font la bise, Jess me fait un bisou sur la bouche :
- Oops ! En plein vol.
Ça me fait quelque-chose, pas comme avec Vic qui m’a déjà vu ce matin et qui m’a fait une grosse étreinte avec un bisou dans le cou pour me chatouiller là où il sait si bien le faire, le cochon. Jess est magique. Misha est d’accord avec moi. L’enfoiré, il a bien de la chance.
Analyse du chapitre 75 dans le contexte de l'œuvre
Ce soixante-quinzième chapitre est celui du retour à l'ordinaire administratif et de la persistance des liens. La question du recensement militaire, apparemment triviale, devient un prétexte pour explorer les situations particulières de chacune (Misha la Russe, Sofia l'Italienne, Coralie l'ancienne hospitalisée). La révélation sur Coralie (CE2, hospitalisation longue) crée un lien silencieux avec Béa : "Elle revient de plus loin que moi." Le baiser volé de Jessica, la caresse de Victor, la complicité avec Misha — tout cela dit que les liens anciens persistent, même si les configurations ont changé.
Symbolique des événements et thèmes majeurs abordés
- Le recensement militaire : Une obligation administrative qui devient un révélateur des situations particulières. Misha est russe, Sofia italienne, Coralie a redoublé. Chacune a son histoire.
- L'exemption de Misha : "Je suis russe." La nationalité est une question ouverte, suspendue à l'évolution de la guerre.
- Coralie : La révélation est brutale. "CE2. Comme toi, non ? J'ai été hospitalisée, longtemps." Le parallèle avec l'histoire de Béa est implicite. Elle aussi a "reculé" à cause d'un traumatisme.
- Le bisou de Jessica : "Oops ! En plein vol." Le geste est spontané, innocent, mais il dit que le lien est toujours là. Misha est "d'accord", il n'y a pas de jalousie.
- Victor : Il a fait "une grosse étreinte avec un bisou dans le cou". Le geste est tendre, complice. "L'enfoiré, il a bien de la chance." L'affection est teintée d'admiration.
Bilan
- Béa : Elle utilise son intérêt pour les questions militaires comme couverture pour son stage à la Caserne Vaillant. Mais elle est aussi attentive aux situations des autres : Misha, Sofia, Coralie. Sa réaction à la révélation sur Coralie ("Je la prends dans mes bras") montre sa capacité d'empathie.
- Misha : Elle est russe, exemptée de recensement. Sa nationalité est une question ouverte. Elle est "d'accord" avec Béa sur la magie de Jessica.
- Coralie : La révélation sur son hospitalisation en CE2 crée un lien avec Béa. Elle aussi a "reculé", elle aussi revient de loin.
- Jessica : Elle est "magique". Son bisou volé à Béa est un geste d'affection spontané, qui ne trouble personne.
- Victor : Il est toujours tendre avec Béa, toujours complice. Le bisou dans le cou, là où il sait si bien le faire. Il a "bien de la chance" d'être aimé de toutes.
Conclusion
Les traumatismes laissent des traces, mais ils peuvent aussi créer des liens. Coralie a été hospitalisée longtemps en CE2, comme Béa a été abusée. Elles se reconnaissent sans avoir besoin de mots. La main tendue, le bras autour des épaules, sont des gestes de reconnaissance.
Par ailleurs, ce chapitre montre que les liens anciens persistent, même quand les configurations amoureuses changent. Jessica embrasse Béa, Victor la chatouille, Misha approuve. L'amour n'est pas un jeu à somme nulle, il se partage, se multiplie.
Suite générative
Maintenant que Béa a découvert l'histoire de Coralie et que les liens anciens persistent, comment cette nouvelle complicité influencera-t-elle ses relations avec toutes celles et ceux qui l'entourent ?

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