076 - rougir d'envies

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Maintenant que ma toute jeune légende est écrite, en tant que fantôme je me dois de rester le plus discrète possible. À part la routine avec Misha, j’ai pas véritablement de missions outre ma formation. Je me parfais en sport parce qu’au contact, je suis nulle, même avec le couteau. Inscription au karaté en extra-scolaire, une couverture bien-sûr. Avec Kaori, on va au parc japonais, ça ne s’invente pas, pour refaire les mêmes mouvements au ralenti et nous détendre l’esprit. Thaï-chi. Quand on échoue à un module dans ma formation, on doit tout recommencer. Mon instructeur au tir à 600 mètres me caresse les fesses pour me déconcentrer en m’expliquant que :

  • En fait, ça fait 610 mètres. C’est pour ça qu’on l’appelle la qualif 2000. C’est deux fois la Tour Eiffel. Elle est née d’un concours aussi, il fallait à l’époque construire une tour de 1000 pieds de haut. En pierre ou autre, c’est trop lourd pour tenir si haut. Eiffel a gagné avec son échafaudage en acier trempé, un nouvel alliage. Le volume d’air que sa tour englobe pèse plus lourd que la tour elle-même. C’est tout cet air que ta balle doit traverser deux fois pour atteindre sa cible.

Son doigt appuie entre mes fesses. Entre deux battements de cœur, le coup part et je me dégage en le retournant dos au sol et en appuyant le long fusil contre sa gorge. Il se laisse faire et met ses mains en l’air. Il a lu mon dossier. Ça doit le faire bander mais je ne sens rien. J’approche mon visage .

  • Pas la peine d’aller au résultat, sergent. Elle est dedans.

Je remet mon arme en place et je me lève. Je lui tends la main pour l’aider à se relever. Il hésite un instant à me tirer à lui mais mon regard l’en dissuade de voir si je suis si nulle que ça au couteau.

  • Bien. Qualifiée. Je te laisse au forain du stand de tir.
  • J’ai le droit à une foraine. Je la laisse me toucher, elle.

C’est vrai elle est très tactile, c’est très agréable, elle se colle à moi et elle me chuchote les instructions dans nos casques connectés pendant mon échauffement sur la règles des 2-3-4-10. Deux balles en moins de trois secondes dans un A4 à dix mètres. Je fais 50/50, comme elle.

  • Et dire que tu louches, c’est quand même dingue.
  • Pas la peine de voir la cible. On voit rien au deuxième tir de toutes façons, à cause de la fumée. Il suffit de sentir la cible et c’est bon.
  • Il est bon aussi, ton instructeur à la Hécate.
  • Je sais pas, j’y ai pas goûté. Pourtant je suis équipée.

Je tire la langue et je lui montre mon piercing. Ça la fait rougir d’envies.

Analyse du chapitre 76 dans le contexte de l'œuvre

Ce soixante-seizième chapitre est celui de la formation et de la maîtrise. Béa, désormais "légende" (au sens des services secrets), poursuit son entraînement au tir, au combat rapproché, à la concentration. La scène avec l'instructeur est un chef-d'œuvre de tension et de contrôle : il tente de la déconcentrer par des attouchements, elle le retourne et le met en situation d'infériorité. Sa réponse ("Pas la peine d'aller au résultat, sergent. Elle est dedans.") est une leçon de maîtrise. La qualification obtenue, elle passe à la "foraine", une femme tactile qui la guide avec douceur. La dernière image, la langue tirée montrant le piercing, est une invitation et une affirmation.

Symbolique des événements et thèmes majeurs abordés

- Le fantôme : "En tant que fantôme je me dois de rester le plus discrète possible." L'invisibilité, d'abord subie, est devenue un atout professionnel.

- La formation : Karaté, thaï-chi, tir à 600 mètres. Béa se perfectionne, mais admet ses faiblesses ("au contact, je suis nulle").

- L'instructeur : Il tente de la déstabiliser par des caresses, des attouchements. Béa le retourne, le maîtrise, lui rappelle qui est le chef. La scène est un renversement des rôles de domination.

- La Tour Eiffel : La métaphore est belle. La qualif 2000, deux fois la Tour Eiffel. L'air que la tour englobe pèse plus lourd qu'elle-même — comme les forces invisibles qui entourent Béa.

- La foraine : Tactile, douce, elle guide Béa avec des murmures dans le casque. La relation est apaisée, complice.

- Le strabisme : "Et dire que tu louches, c'est quand même dingue." Béa explique qu'on ne voit rien au deuxième tir à cause de la fumée. Il suffit de "sentir la cible". Son handicap devient un atout.

- Le piercing : Montré à la foraine, il est une invitation. "Ça la fait rougir d'envies."

Bilan

- Béa : Elle est en pleine maîtrise de ses compétences et de son corps. L'instructeur ne peut rien contre elle. La foraine la touche avec douceur. Elle qualifie 50/50. Elle est "légende", mais une légende discrète.

- L'instructeur : Il tente un jeu de pouvoir, mais Béa le retourne. Il se laisse faire, mains en l'air. Son dossier le fait peut-être bander, mais il ne peut rien.

- La foraine : Elle est tactile, douce, professionnelle. Sa complicité avec Béa est évidente. Le piercing la fait rougir.

Conclusion

La maîtrise de soi est la clé de la liberté. Béa ne se laisse pas déstabiliser par les tentatives de domination. Elle retourne la situation, impose son calme, sa précision. Le strabisme, handicap apparent, devient un atout dans le brouillard du tir.

Par ailleurs, ce chapitre célèbre la puissance de la douceur. La foraine, avec ses murmures et ses caresses, guide Béa vers la perfection. La force n'est pas dans la brutalité, mais dans la précision et la confiance.

Suite générative

Maintenant que Béa a maîtrisé le tir à 600 mètres et séduit la foraine, comment ces nouvelles compétences et relations s'intégreront-elles dans sa vie déjà si complexe, entre Misha, Kaori, et les fantômes du passé ?

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