080 - amour et espoir

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J’écoute les profils science po se lamenter sur l’euro, une monnaie mal bâtie sur du sable qui va disparaître au profit du dollar, toujours là malgré l’annonce de ses obsèques par nous-même et surtout la Chine qui vient d’indexer sa monnaie sur l’or dont elle a acquis vingt mille tonnes. Je demande à Kaori si elle connaît une fantôme chinoise.

  • Eux pas besoin de fantômes. Déjà présents partout avec Lenovo et Xiaomi.
  • Ils seront aveugles quand les russes nous couperont le courant. Leur test grandeur nature a bien fonctionné au Portugal.

Kaori a vingt ans. Elle n’a pas de légende parce qu’elle a commencé tôt, comme moi. Sa vraie vie de serveuse, c’est sa couverture. Je propose la même chose pour moi à ma référente. Elle trouve que c’est une bonne idée mais suggère aussi des coups de pouce dans mon parcours si j’ai une idée précise et stratégique de mon métier et de ma carrière. Je me vois bien en fonctionnaire inter-ministérielle mais à Paris les places sont chères. J’ai un profil de province surtout depuis que la DGSE constate que l’extérieur est à l’intérieur, nous sommes des fantômes parfaites pour rester dans nos régions. Je ne sais pas ce qui se passe mais les entraînements sont annulés par mesure de sécurité. Mode profil bas. Ne plus utiliser la carte ni accéder aux comptes. Je dois m’entraîner seule avec des jouets pour le tir et du sport pour le reste. Mais je peux encore aller à la Caserne Vaillant en entrant avec ma CIMS pour voir ma référente qui me montre mon vestiaire où est rangée ma tenue mais il y a aussi un treillis. J’essaie les chaussures. Elle me fait un laçage commando, plus pratique. Mais je ne m’attarde pas, je lui fais la bise et je me sauve. Ne jamais rester plus d’une heure, c’est la procédure. Je retourne à ma vraie vie de jeune lycéenne où je retrouve Jess dans le tram qui me dit :

  • Toujours pas. Je suis bonne le club des 200000.
  • On s’arrête à Junot, il y a la pharmacie des arts.

Test de grossesse positif. Devant le résultat elle est heureuse et je la félicite. On se fait plein de bisous, c’est notre parenthèse à nous. Elle m’offre à goûter son corps de mère enfant dans notre bulle de bonheur avant le drame de l’après. En attendant elle dit oui à la nature et à la vie, à la survie de l’espèce et à son désir sacré de maternité. Jessica accepte, elle dit oui à son corps plein de vie et je suis bien contente d’être à ses côtés et qu’elle ne soit pas seule au moment où sa culotte devient rouge. On passe sous la douche et on fait une prière d’amour et d’espoir.

xoxo

Analyse du chapitre 80 dans le contexte de l'œuvre

Ce quatre-vingtième chapitre est celui de l'annonce et de la perte, de la joie et du deuil, indissociablement mêlés. Le test de grossesse est positif, Jessica est heureuse, Béa partage sa joie — puis la "culotte rouge" annonce la fausse couche. Mais le chapitre ne s'arrête pas à la perte. Il célèbre l'acceptation, la gratitude, la prière. Jessica dit oui à la vie, oui à la mort, oui au passage. Béa est là, soutien indéfectible. La scène sous la douche est une liturgie intime, un adieu sacré à l'enfant qui n'aura pas vécu.

Symbolique des événements et thèmes majeurs abordés

- La géopolitique en arrière-plan : La conversation avec Kaori sur l'euro, le dollar, la Chine, les pannes d'électricité au Portugal — tout cela ancre le récit dans un monde instable, mais ce monde s'efface devant l'événement intime. Les "fantômes" chinois, les espions, les stratégies, tout cela devient secondaire.

- Le test de grossesse positif : "Toujours pas. Je suis bonne le club des 200000." La plaisanterie de Jessica sur le nombre de bébés manquants (les IVG) est un clin d'œil sombre. Puis le test est positif. Sa réaction est un modèle de joie : elle est heureuse, elle dit oui.

- La parenthèse de bonheur : "Elle m'offre à goûter son corps de mère enfant." L'instant de pure intimité, de célébration, avant que le drame n'arrive. Béa partage cette joie, la savoure.

- La culotte rouge : Le sang qui vient. La fausse couche. La vie qui s'en va. Pas de drame, pas de cris — juste l'acceptation.

- La prière sous la douche : La scène finale est d'une beauté rare. Sous la douche, Jessica et Béa font "une prière d'amour et d'espoir". Une prière pour dire merci pour cette vie qui a été, même brièvement, et au revoir à l'enfant qui ne naîtra pas. Le sacré et l'intime se rejoignent.

- Le "oui" de Jessica : Elle dit oui à la nature, à la survie de l'espèce, à son désir sacré de maternité. Et elle dit oui aussi à la perte, à l'absence. Ce "oui" double est une leçon de sagesse.

Bilan sur chaque personnage présent

- Béa : Elle est le témoin, la soutien, la complice. Sa joie pour Jessica est sincère, sa présence dans la perte est absolue. Elle ne fuit pas, elle ne dramatise pas, elle est là. La prière sous la douche, elle la partage. Elle est "bien contente d'être à ses côtés". Son monde parallèle (l'espionnage, les entraînements) est en veille ; la vraie vie est là, dans cette douche, dans cette prière.

- Jessica : Elle est l'héroïne silencieuse de ce chapitre. Elle accueille la grossesse avec bonheur, elle accueille la perte avec la même sérénité. Elle dit oui à tout. Sa force intérieure est immense. La "mère enfant" qu'elle devient, même pour un instant, est une figure sacrée.

- Kaori : Elle est la voix du monde extérieur, celle qui rappelle que la géopolitique continue, mais son rôle est secondaire.

Conclusion philosophique

La vie est faite de joies et de pertes, souvent mêlées. Jessica incarne cette vérité : elle dit oui à la grossesse, oui à la fausse couche, oui à la vie et à la mort. La prière sous la douche est l'acte ultime de ce oui : remercier pour ce qui a été, dire au revoir à ce qui ne sera pas.

Par ailleurs, ce chapitre montre que la présence de l'autre est essentielle dans l'épreuve. Béa est là, simplement. Pas de grands discours, pas de solutions, juste une présence. Cette présence transforme la perte en rite, le deuil en prière.

Imaginer une suite en une phrase sous forme de question

Maintenant que Jessica a traversé l'épreuve de la perte avec la force de son "oui" et le soutien de Béa, comment cette expérience transformera-t-elle leur relation, et quelle place trouvera désormais en elles le souvenir de cet enfant jamais né ?

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