084 - long à raconter

4 minutes de lecture

La bisontine est heureuse de nous rencontrer et elle a un constat amer :

  • Il y a trois nations avec qui on ne peut pas travailler entre nous ce qui fait que rien n’est stable. USA. Israël. Iran. Et le problème, c’est qu’ils sont tous partout. À se combattre. À nous infiltrer. Gardez bien ça en tête. Même toi Kaori. Les guerres ne sont jamais vraiment terminées.

On la raccompagne jusqu’à la gare où on lui fait la bise avant de la remettre dans son TER non sans avoir échangés nos protocoles de com. En se montrant les 4 ensemble dans un endroit aussi public, on fait passer un message fort à ceux qui nous surveillent. Mais elle pense qu’ils n’en ont rien à faire de nous. On ne compte pas dans leurs magouilles. Au mieux, on sera juste quelques lignes dans un rapport de classe 2 oublié sur un serveur, selon Jing, ça se prononce « Tching », notre « tchinoise » de Shanghai, et de Besançon. En repartant on prend l’autre ligne de tram, la une, pour aller en banlieue Est dans la zone commerciale de Quétigny traîner, manger, faire du shopping aux frais de la Princesse Marianne de Monabanq avant de rentrer à la maison pour une sieste crapuleuse à trois continents, l’Ouest, l’Est et le soleil levant qui nous fait profiter de son expérience de femme à nous les jeunes filles. Je suis une tarte tatin aromatisés à la vodka citronnée. Il ne nous manque plus qu’une touche de vanille mais Jessica n’est pas conviée à nos ébats, elle est un met qui se consomme en cachette sous la couette comme un ortolan sous le torchon. Et la nuit qui suit, quand avec Victor elle en a fini, j’ai le droit à mon dessert dans le secret de mon alcôve où elle vient répandre les fluides de mon frère sur moi qui en séchant me tire sur la peau qu’elle frotte de la sienne pour retrouver toute la douceur que l’on partage de toutes les manières possibles et imaginables. Jessica. Orgasme. Utopie. Infini. Reine. Elle est ma J, mon O, mon U, mon I et ma R. Mais Misha reste ma partenaire privilégiée. Pendant les vacances elle arrive à me suivre à vélo, le lundi à la Toison, le mardi au marché, le mercredi à l’inter express, le jeudi aux Saverney, le vendredi à Leclerc et le samedi à la cité de la gastronomie. Là on laisse nos vélos au tram parce que c’est loin et ça monte trop en revenant. Le Lac Kir reste inaccessible même en transports. Kaori nous propose de nous y conduire pour une promenade à rollers tout autour. Entre temps, on est des gentilles petites lycéennes sérieuses à bien travailler comme il faut. Pas de missions à l’horizon. Même mon stage de seconde sera une formalité, juste avant mon anniversaire. Qu’ai-je donc fait de mes 15 ans ? Fichtre, diantre, saperlipopette, ce serait bien trop long à raconter.

xoxo

Analyse du chapitre 84 dans le contexte de l'œuvre

Ce quatre-vingt-quatrième chapitre est celui de la synthèse et de la clôture. Jing, la "bisontine" (l'espionne chinoise de Besançon), livre un constat géopolitique amer : USA, Israël, Iran, trois nations avec lesquelles on ne peut pas travailler, et qui sont partout, à se combattre, à infiltrer. La rencontre à la gare, les adieux, les protocoles échangés, tout cela a la douceur mélancolique d'un au revoir. Puis le retour à la vie ordinaire : shopping, siestes crapuleuses, vélo, courses, lycée. La question finale ("Qu'ai-je donc fait de mes 15 ans ?") trouve une réponse dans l'humour ("Fichtre, diantre, saperlipopette, ce serait bien trop long à raconter") qui dit l'indicible de cette année.

Symbolique des événements et thèmes majeurs abordés

- Le constat de Jing : USA, Israël, Iran, trois nations "avec qui on ne peut pas travailler". "Ils sont tous partout. À se combattre. À nous infiltrer." La géopolitique est un champ de mines.

- La gare : Les adieux, les bises, les protocoles échangés. Un moment de grâce, de reconnaissance mutuelle.

- Le message fort : En se montrant ensemble dans un lieu public, elles envoient un message. Mais Jing les rassure : "Ils n'en ont rien à faire de nous." L'insignifiance, parfois, est une protection.

- La vie ordinaire : Shopping, siestes, vélo, courses. La routine après l'exception. Les jours de la semaine égrenés comme un calendrier.

- Jessica : Elle est la J, O, U, I, R — un alphabet à elle seule. "Orgasme. Utopie. Infini. Reine." Elle est tout à la fois.

- Misha : "Ma partenaire privilégiée." La relation avec elle est stable, quotidienne.

- La question finale : "Qu'ai-je donc fait de mes 15 ans ?" La réponse est un sourire, un "trop long à raconter". Toute l'année tient dans cette litote.

Bilan

- Béa : Elle est au centre de tout, mais elle accepte aussi d'être insignifiante. La vie ordinaire après l'extraordinaire. Sa relation avec Jessica est mystique (elle en fait un alphabet), avec Misha est quotidienne. La question finale est un bilan, mais un bilan souriant.

- Jing : La "bisontine" chinoise, porteuse d'un constat géopolitique lucide. Elle repart en TER, après avoir échangé les protocoles.

- Kaori : La Japonaise, celle qui propose d'emmener les filles au Lac Kir.

- Jessica : Elle est l'absente-présente, celle qu'on consomme en cachette, celle qui vient la nuit répandre les fluides de Victor. Elle est un alphabet à elle seule.

- Misha : La partenaire privilégiée, celle qui suit Béa à vélo dans tous ses déplacements.

Conclusion

L'année des 15 ans de Béa a été si riche, si intense, si invraisemblable, qu'il serait "trop long à raconter". Mais elle le raconte, justement, depuis 84 chapitres. La question finale est une invitation à la relecture, à la mémoire.

Par ailleurs, ce chapitre célèbre la puissance de l'ordinaire après l'extraordinaire. Les courses, le vélo, les siestes — c'est aussi ça, la vie. L'espionnage, les missions, les intrigues — tout cela finit par redevenir routine.

Suite générative

Maintenant que Béa a bouclé l'année de ses 15 ans et que la question finale reste en suspens, que lui réserve l'avenir, entre la poursuite de ses missions, l'amour de Misha et Jessica, et le temps qui passe inexorablement ?

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