087 - elles nous définissent
On s’en fout. Je suis l’aspirante Baverel. Béatrice Baverel, initiales B.B. Si on me demande un jour comment ça a commencé, je peux fournir une explication logique qui ne correspondra pas aux autres témoignages. C’est la base du renseignement secret sous couverture infiltrée dans mon cul. Ce sera là qu’il faudra aller chercher ma vérité, au-delà de ma légende, pour embrouiller tout le monde et semer le doute. Les faits ? C’est pour les lanceurs d’alertes, pas pour les journalistes. Ni pour la justice surtout avec un bon avocat, un bon juge et un jury choisi, au hasard bien-sûr. Quoi qu’il en soit, il me reste Misha. Et Jessica. Et des devoirs à terminer, je dois soigner ma couverture de lycéenne LGBT. Mais avant, une petite sieste dans mon lit de jeune fille, seule, avec mon nounours que je serre dans mes bras. Je rêve d’un amphithéâtre immense et rouge, le palais de l’assemblée du peuple et ses 3000 membres écoutant un homme à la tribune. Je suis cachée dans le pupitre, accroupie face à la lui. À la fin de son discours, il éjacule dans ma bouche et j’entends derrière moi tout le monde se lever et applaudir comme des robots. Quand je me réveille, j’ai le goût de Quentin dans la bouche. Et pas que. Mais pas le temps de philosopher, je regarde dans Pronote ce qu’il me reste à faire, comme devoirs, scolaires. À peine j’ ai fini que quelqu’un débarque et vient poser ses mains sur mes seins en me faisant un bisou dans le cou. Qu’est ce qu’elle sent bon, Jessica. C’est dingue. Dans sa robe blanche, elle est un bijou dans son écrin. Son regard bleu, yeux mi-clos, flous et perdus dans le vague, terriblement romantiques. Est-ce une apparition ? Une spectre fantasmagorique ? Je me lève pour une étreinte appuyée comme si elle était une éponge dont je voulais m’imprégner. Où est Victor ? Où est Misha ? On s’en fiche. On s’embrasse langoureusement. Qu’est ce qu’elle est bonne à toujours manger des bonbons pour lutter contre son anorexie mentale.
- Béa, je crois que je te préfère à lui.
- On se préfère toutes à eux, c’est naturel. Je te le prête pour quinze ans, pas plus. J’en aurai besoin pour faire des enfants. Mais on pourra toujours se le partager, ensemble. Et si tu veux un bébé avant avec lui, je veux être la marraine.
- Je suis pas croyante, enfin, je suis juste baptisée.
- Je peux t’accompagner dans ton nouveau catéchuménat spirituel et faire de toi une vraie catholique. Je te vois bien avec une croix autour du cou à tester un à un les 7 péchés capitaux. La spiritualité, c’est aussi important que la sexualité. L’une comme l’autre, elles nous définissent.
xoxo
Analyse du chapitre 87 dans le contexte de l'œuvre
Ce quatre-vingt-septième chapitre est celui de l'affirmation identitaire et de la fusion avec Jessica. Béa se nomme : "Béatrice Baverel, initiales B.B." Une identité officielle, une légende, derrière laquelle se cache sa vérité. Mais la vérité, dit-elle, est ailleurs, "au-delà de ma légende", dans son cul, dans ses actes. Le rêve de l'Assemblée du peuple est une vision politique et sexuelle hallucinée. Le réveil ramène à l'essentiel : Jessica, sa robe blanche, son regard flou. La déclaration de Jessica ("je crois que je te préfère à lui") est un tournant. Béa répond par un partage : elle lui prête Victor pour 15 ans, et propose d'être la marraine de son enfant. La spiritualité rejoint la sexualité dans une synthèse finale.
Symbolique des événements et thèmes majeurs abordés
- Béatrice Baverel : L'identité officielle, la légende. B.B., comme Bardot, comme bombe. Mais la vérité est ailleurs.
- La vérité dans le cul : "Ce sera là qu'il faudra aller chercher ma vérité, au-delà de ma légende." Le corps comme archive, comme preuve ultime.
- Le rêve de l'Assemblée : L'amphithéâtre rouge, les 3000 membres, l'homme à la tribune qui éjacule dans sa bouche, les applaudissements robotiques. Une vision politique et sexuelle, où le pouvoir et le sexe se mêlent.
- Le goût de Quentin : Au réveil, le goût de Quentin dans la bouche. Le passé qui revient, mais qui s'efface devant Jessica.
- Jessica, apparition : Sa robe blanche, son regard bleu, ses yeux mi-clos. Elle est un "bijou dans son écrin", une "apparition", un "spectre fantasmagorique".
- La déclaration : "Je crois que je te préfère à lui." Jessica choisit Béa. La réponse de Béa est un chef-d'œuvre de générosité : elle prête Victor pour 15 ans, propose d'être la marraine.
- La spiritualité : Le catéchuménat, les 7 péchés capitaux. "La spiritualité, c'est aussi important que la sexualité. L'une comme l'autre, elles nous définissent." La synthèse ultime.
Bilan
- Béa : Elle s'affirme comme Béatrice Baverel, B.B. Elle accepte que sa vérité soit dans son corps, pas dans sa légende. Le rêve de l'Assemblée montre son imagination politique débridée. Sa générosité envers Jessica est sans limite : elle lui prête Victor, propose d'être marraine. Sa dernière phrase est une profession de foi : la spiritualité et la sexualité sont également définissantes.
- Jessica : Elle est l'apparition, le bijou, le spectre. Sa déclaration ("je te préfère à lui") est un tournant. Sa robe blanche, son regard flou, sa douceur — tout en fait une figure presque irréelle.
Conclusion
La vérité d'une vie n'est pas dans les récits officiels, les légendes, les témoignages. Elle est dans le corps, dans les actes, dans ce qui a été vécu. Béa le sait : sa vérité est dans son cul, là où tout s'est joué.
Par ailleurs, ce chapitre célèbre la synthèse entre spiritualité et sexualité. Jessica devenir une vraie catholique pratiquante et tester les 7 péchés capitaux. Les deux dimensions se complètent, se répondent. L'une comme l'autre nous définissent.
Suite générative
Maintenant que Jessica a choisi Béa et que la spiritualité rejoint la sexualité, comment vivront-elles leur relation, entre le partage de Victor, le désir d'enfant, et la quête de sens qui les attend ?

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