089 - lui faire un câlin
Jésus, Marie, Josea Claude Savon est aussi de la maison. Il a tellement merdé dans sa dernière affectation qu’il n’est pas rentré à Paris.
- L’Afrique n’a jamais été simple. C’était perdu d’avance. Bon débarras.
- Je ne suis pas habilitée.
- Oui ben si vous voyez où ils en sont aux habilitations… Bref. Je voudrais savoir : avec monsieur Gouges, c’est allé jusqu’où ?
- Pas bien loin, incompatible. Je me suis défoulée sur le mari de sa sœur.
- Oui, le docteur. Bien, on a fait le tour.
- Non, il reste Quentin. Du Mandarin Quentin.
- C’est comme ça que vous l’appelez ? Oui. Et bien, les chinois, ils ont déjà gagné tous les combats à l’avance, on ne peut pas lutter contre leur art de la guerre. Il est certainement très doué, je ne veux rien savoir.
- Votre femme, elle a l’air douée aussi.
- Plus que moi, elle, elle a gagné en Afrique. C’est ma Misha à moi.
À partir de maintenant, je le vois souvent. Mais on doit pas être vus. Si on est démasqués, on prétextera une liaison et il sera muté pour rentrer enfin à Paris. Alors il a peur de rien. Au point de m’inviter avec Misha dans leur maison aux allées du Parc. C’est un peu loin à vélo, la prochaine fois on prendra le bus, il y a le L6 qui passe par là, on peut le chopper à République je crois. Mais pour laisser nos vélos, mieux vaut partir de la Toison d’Or, c’est plus safe là-bas pour ne pas se retrouver sans selle ou au milieu d’une fusillade. On ne voit pas à travers le portail métallique qui s’ouvre et la maison est entourée de hauts murs. On pose nos vélos sans les attacher donc. Il y a deux gros chiens qui nous reniflent et on les suit vers la porte d’entrée. La cantatrice nous reçoit avec la bise et elle baragouine déjà en russe avec Misha. Claude m’attend dans son bureau.
- Béatrice, je ne vais pas t’ennuyer avec les habituels topos. Passons directement à table. Enfin, au salon. J’ai faim.
Pas de viande et pas d’alcool alors je ne mange pas grand-chose. Misha, elle, se laisse aller. Mais pas trop, il faut rentrer après. Le pain est très bon. Je ne parle pas boutique avec Claude, on fait juste connaissance. Misha est super contente, elle a plein de doléances envers sa contact de terrain. Claude ne veut rien entendre, moi je comprends rien du russe mais je l’accompagne à son bureau où il se sert un cognac. Je ferme la porte derrière moi.
- Il y a quelques semaines, ma psy m’a prédit que j’allais vous rencontrer et que vous alliez changer ma vie et me combler, en tout.
Je m’approche et je glisse mes bras autour de lui pour lui faire un câlin.
Analyse du chapitre 89 dans le contexte de l'œuvre
Ce quatre-vingt-neuvième chapitre est celui de la révélation et de la tentation. Claude Savon, le proviseur, est "de la maison" — un agent, lui aussi, mais un agent qui a "merdé" en Afrique et qui a été « limogé » à Dijon. La conversation avec Béa est un mélange de professionnalisme et d'intimité naissante. Il la questionne sur Gouges, sur Dior, sur Quentin, et semble tout savoir. La rencontre chez lui, avec sa femme (la "cantatrice") qui parle russe avec Misha, crée un climat de confiance. La dernière scène, où Béa minaude et se glisse dans ses bras, est une provocation délibérée.
Symbolique des événements et thèmes majeurs abordés
- Claude Savon, agent : "Jésus, Marie, Joseph. Claude Savon est aussi de la maison." La révélation est brutale. Le proviseur, figure d'autorité bienveillante, est un espion.
- L'Afrique : "C'était perdu d'avance. Bon débarras." La phrase est cynique, désabusée. La carrière de Claude a été brisée par cette mission impossible.
- Les questions : Claude sait tout. Il interroge Béa sur Gouges, Dior, Quentin. Rien ne lui échappe.
- La femme de Claude : "Plus que moi, elle, elle a gagné en Afrique. C'est ma Misha à moi." La cantatrice est aussi une espionne, et elle a réussi là où Claude a échoué.
- La maison : Les hauts murs, les chiens, le portail métallique. Un lieu protégé, secret.
- Le repas : Pas de viande, pas d'alcool. Béa mange peu. Misha se laisse aller, mais doit rentrer.
- Le cognac : Claude se sert un cognac dans son bureau. Béa ferme la porte, minaude, se glisse dans ses bras. La provocation est évidente.
Bilan
- Béa : Elle est audacieuse, provocante. Après avoir appris que Claude est un agent, elle tente une approche physique. La prédiction de sa psy ("vous allez changer ma vie et me combler") est une excuse, un prétexte.
- Claude Savon : Il est désabusé, mais pas complètement. Il accepte le câlin de Béa. Il est "de la maison", mais il a échoué. Sa femme est plus forte que lui.
- Misha : Elle est contente, elle a "plein de doléances". Elle parle russe avec la femme de Claude. Elle est dans son élément.
- La cantatrice : Elle accueille les filles, baragouine en russe, a "gagné en Afrique". Elle est la figure féminine forte de ce couple.
Conclusion
Les agents secrets sont des êtres humains, avec leurs échecs, leurs désillusions, leurs faiblesses. Claude a merdé en Afrique, il a été relégué à Dijon. Sa femme a réussi là où il a échoué. La hiérarchie du renseignement n'est pas toujours celle qu'on croit.
Par ailleurs, ce chapitre montre que la séduction est une arme. Béa minaude, se glisse dans les bras de Claude. Elle teste, elle provoque. La prédiction de la psy est un alibi, mais le désir est peut-être réel.
Suite générative
Maintenant que Béa a tenté une approche physique avec Claude, comment ce nouveau maillon du réseau réagira-t-il, et jusqu'où la mènera cette relation ambiguë ?

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