090 - en fonction

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Il sent bon. Il est chaud. Il me tapote timidement les épaules et je le lâche pour le regarder en contre plongée avec mon regard de chatte.

  • Je n’en doute pas. Vous aussi, Béatrice, vous allez changer ma vie.
  • Si on se fait prendre, oui. Mais je suis invisible, une vraie fantôme. Il faudra au moins coucher avec moi si vous voulez vous faire passer un savon par la hiérarchie et pouvoir rentrer à Paris.

Il s’assoit sans un grand fauteuil et fait danser son verre qu’il réchauffe de sa main et qu’il respire. Je soulève ma jupe pour m’asseoir sur lui en face à face jambes écartées et je prends sa main pour lever son verre et me le faire respirer. Ça sent bon, ça sent le chaud et plein d’arômes semblent cuire dedans. Je prend le verre de ses mains pour me mouiller les lèvres et le bout de la langue. Ça brûle. Lui aussi un peu on dirait. J’en prends un peu en bouche et je m’approche de son visage pour en déposer sur sa bouche qu’il finit par ouvrir pour en boire de la mienne, premier baiser, troublant, dans les vapeurs d’alcool. La Messe est dite. Je l’ai ferré. Je remets son verre en main, je me relève et je rabaisse ma jupe.

  • J’ai pas l’âge monsieur Claude. Pour boire du cognac.

Il se lève et ouvre un placard qui s’avère être un frigo. Dans un verre il me sert un jus de fruit. Ananas. Je goûte. Doux et rafraîchissant. On trinque en ne se quittant pas du regard.

  • Vous avez besoin d’éducation mademoiselle Baverel.
  • C’est pour ça que je suis là monsieur le proviseur. Apprenez-moi.

Je finis mon verre et lui le sien. Il va vers sa chaîne Hi-Fi mettre de la musique, classique, je reconnais, un tango. Il m’ouvre les bras et on commence à danser. Il est brusque et doux à la fois, il me fait rire, il est trop grand et je suis trop petite. Il me surprend, par un baiser, avant de continuer à danser et moi à rire. Un partout. Bien joué monsieur Savon. À côté ça rigole aussi. Qu’est-ce qu’elles font ? Claude se pose sur le canapé et je me blottis à côté de lui, la tête sur son épaule, à réfléchir. L’horloge sonne. Il est temps de rentrer. Je me lève et Misha entre sans frapper, elle vient me chercher. Ouaf ouaf les chiens, on y va. Misha a le visage éclairé, émerveillée elle est. Super soirée. On va bien dormir à se toucher et fantasmer sur les prochaines fois. La nuit est belle, même si il pleut un peu. On doit s’arrêter à un feu. Misha en profite pour m’embrasser. Je lui rends son baiser. On est heureuses. On continue, on rentre, en rigolant alors que le monde est en guerre à la base de nos renseignements, donnés ou pas, à notre camp ou à l’autre, en fonction.

Analyse du chapitre 90 dans le contexte de l'œuvre

Ce quatre-vingt-dixième chapitre est celui de la séduction consommée et de l'équilibre retrouvé. La scène avec Claude Savon est un chef-d'œuvre de tension érotique et de jeu de pouvoir. Béa le "ferre" avec un baiser alcoolisé, puis se retire, laissant la promesse en suspens. La danse, le rire, le second baiser ("Un partout") créent une complicité légère. Le retour avec Misha, sous la pluie, est un moment de grâce : elles sont heureuses, elles s'embrassent, elles rigolent, pendant que le monde est en guerre.

Symbolique des événements et thèmes majeurs abordés

- Le jeu de séduction : Béa manipule Claude avec une maîtrise parfaite. Le baiser alcoolisé, la jupe soulevée, la proposition implicite ("Si on se fait prendre, oui") — tout est calculé.

- Le cognac : Symbole de l'âge adulte, de l'interdit. Béa y goûte, le partage avec Claude, puis revient au jus d'ananas, son âge réel.

- Le tango : La danse, brusque et douce, symbolise leur relation à venir. Claude est "trop grand", Béa "trop petite", mais ils dansent ensemble.

- Le second baiser : "Un partout." Après le baiser de Béa, Claude prend sa revanche. L'équilibre des forces est rétabli.

- Misha : Elle est émerveillée, elle a passé une super soirée. Le baiser sous la pluie, le bonheur partagé.

- La guerre : Le monde est en guerre, mais elles sont heureuses. L'intime prime sur le politique.

Bilan

- Béa : Elle est au sommet de son art de la séduction. Elle manipule Claude avec une aisance confondante, le "ferre" avec un baiser, puis se retire. Le jeu est égal ("Un partout"). Le retour avec Misha est un moment de pur bonheur.

- Claude Savon : Il est troublé, séduit, mais il garde son sang-froid. Il répond au baiser, il danse, il rit. Il est "brusque et doux à la fois". La partie est engagée.

- Misha : Elle est émerveillée, heureuse. Le baiser sous la pluie est un moment de grâce.

Conclusion

La séduction est un jeu, un art, une danse. Béa et Claude se jaugent, se testent, s'équilibrent. Le baiser alcoolisé, le tango, le second baiser — tout cela construit une relation où les forces s'égalent.

Par ailleurs, ce chapitre célèbre la puissance du bonheur simple. Misha et Béa s'embrassent sous la pluie, rigolent, rentrent chez elles. Le monde est en guerre, mais elles sont heureuses. L'intime est plus fort que le politique.

Suite générative

Maintenant que Béa a engagé le jeu avec Claude et que le bonheur avec Misha reste intact, comment ces deux dimensions de sa vie (la séduction stratégique et l'amour simple) coexisteront-elles dans les jours à venir ?

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