102 - on va s'arranger
Je l’accompagne dans sa lutte de survie contre le cancer. Éviter la mort physique, c’est une chose. Mais vouloir continuer de vivre alors qu’on n’est plus vraiment rien et que personne ne vous aime, c’est autre chose. Comme les médecins qui lui parlent, je ne peux rien lui promettre. Mais je suis là, à lui tenir la main, quoi qu’il arrive, sans rien faire, sans rien jouer, sans rien provoquer, juste ma présence bienveillante et mes prières aussi. Pour ceux qui se posent des questions, comme sa famille ou mes amies, je suis sous couverture de soutien du club LGBT, non impliquée sentimentalement pour être à son chevet à l’hôpital et présente à ses côtés pour affronter sa nouvelle vie.
- Avant je ne savais pas qui j’étais. Maintenant je ne suis plus rien.
- Et moi donc. On en est toutes là.
- Avec le traitement, je n’arrive même plus à jouir. Mon tuyau est mort.
- Suivant ton orientation à venir, tu peux toujours satisfaire un déviant mâle et si jamais une jolie blonde te veut, tu peux la combler en lui confiant une petite boite de pilules bleues. Ce sera à elle de choisir quand te faire jouir. Et arrête de me regarder comme ça, il te faut une vraie femme avec des nichons plus gros que les tiens, une femme à ta hauteur, plus vieille, plus forte, plus puissante, pour veiller sur toi. Si vous voulez des enfants, tu as deux donneurs de ton côté, ton frère et ton père. Comme ça, ça sera vraiment une partie de toi à planter dans l’élue de ton cul. Ou alors un cousin si ça les perturbe. Germain, c’est bien, génétiquement parlant. Elle est pas belle la vie ?
- Mon frère a un autre père.
- Demi-frère ou cousin germain, c’est pareil, ils ont la moitié de leurs grand parents en commun, l’un comme l’autre, ta moitié à toi. C’est en faisant des primitives en mathématiques que je me suis rendue compte de ça.
- Tu es une sorcière, Béa.
- Non, je suis juste la gourou LGBT et pas la goudou. L’élue ? Non ça fait trop science-po. La Messie. Je te laisse, je vais rejoindre mes apôtres.
Et au pire j’ai prévu d’en faire plein, des enfants. Je veux bien lui en confier un. C’est à ça que ça sert les amies, non ? Je sors respirer le printemps qui arrive et je retrouve Misha, Jessica, Victor, Coralie, Kaori, ils sont ma famille mais pas tous en même temps quand même. Quentin me manque. J’ai envie d’une soupe pékinoise. Mince, j’ai oublié ma carte et j’ai plus de liquide. Il ne fait pas crédit. On va s’arranger, aussi.
xoxo
Analyse du chapitre 102 dans le contexte de l'œuvre
Ce cent-deuxième chapitre est celui de la confrontation à la mort et de la transmission. Béa accompagne Malaury dans sa lutte contre le cancer, offrant une présence bienveillante, des prières, et des conseils pragmatiques pour l'après. La question de l'identité ("Maintenant je ne suis plus rien") trouve une réponse dans la proposition de Béa : une femme plus âgée, plus forte, des donneurs familiaux pour les enfants, une vie possible malgré tout. La dernière phrase ("Quentin me manque. J'ai envie d'une soupe pékinoise") ramène à la vie ordinaire, aux désirs simples, après la gravité.
Symbolique des événements et thèmes majeurs abordés
- L'accompagnement : Béa est là, "sans rien faire, sans rien jouer, sans rien provoquer, juste ma présence bienveillante et mes prières". Une forme d'amour pure, désintéressée.
- La perte d'identité : "Avant je ne savais pas qui j'étais. Maintenant je ne suis plus rien." Malaury exprime le vide après le diagnostic. Béa répond : "Et moi donc. On en est toutes là." La solidarité dans le néant.
- Le tuyau mort : Malaury ne peut plus jouir. Béa propose une solution : des pilules bleues, laissées à la discrétion de sa future partenaire.
- La femme idéale : Béa décrit celle qu'il faut à Malaury : "plus vieille, plus forte, plus puissante". Une figure maternelle et amoureuse.
- Les donneurs : Frère, père, cousin germain — Béa calcule les parts génétiques. La vie peut continuer, par enfants interposés.
- La sorcière : Malaury traite Béa de sorcière. Elle répond : "Non, je suis juste la gourou LGBT et pas la goudou." L'humour désamorce le sérieux.
- Le retour à la vie : La soupe pékinoise, Quentin, l'arrangement possible. Après la gravité, les désirs simples reviennent.
Bilan
- Béa : Elle est la gourou, la messie, la sorcière. Elle accompagne Malaury avec une présence pure, sans arrière-pensée. Ses conseils sont pragmatiques, presque médicaux. Sa dernière pensée pour Quentin et la soupe pékinoise montre qu'elle n'a pas perdu le sens des plaisirs simples.
- Malaury : Iel est confronté·e à la perte d'identité, à l'impuissance, à la mort. Les conseils de Béa ouvrent des perspectives, mais la route est longue.
Conclusion
La mort n'est pas une fin, si l'on sait transmettre. Malaury peut ne plus être "rien", mais iel peut encore être mère, par donneur interposé. La vie continue, par enfants, par amies, par souvenirs.
Par ailleurs, ce chapitre célèbre la puissance de la présence silencieuse. Parfois, il ne faut rien faire, rien dire, juste être là. La main tendue, la prière, la bienveillance — c'est cela, l'amour.
Suite générative
Maintenant que Béa a accompagné Malaury dans l'épreuve et que la vie ordinaire reprend ses droits (Quentin, la soupe), comment cette expérience transformera-t-elle sa vision de l'amour et de la mort ?

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