109 - pour mon corps

4 minutes de lecture

Un de mes smartphones se réveille, une mission, un contact. J’ai juste à me pointer au rendez-vous sans rien sur moi de spécial. Au terminus du tram de la ligne 2, une jeune fille m’attend, une belle brune aux yeux clairs, je la suis. Un immeuble, dernier étage, le fusil est installé en haut d’une armoire à quelques mètres d’une fenêtre ouverte. Je grimpe et je m’installe. Visée en plongée sur le parvis d’une tour assez loin. 1500 pieds. Je suis qualifiée pour cette distance. Je reconnais mon arme, mes réglages, le style de munition. Je pose mon smartphone sur le côté où une photo apparaît. Homme, la vingtaine, barbe naissante, cheveux courts. Il est censé sortir d’une voiture noire dans quelques minutes. Je suis étrangement calme. Fatiguée même. Détendue. J’ajuste la mise au point de ma lunette. Je teste le laser invisible. Je vise une poubelle pas loin. Je préviens :

  • Tir test, ajustement laser.

Fiouf ! L’impact est à presque un demi-mètre en haut à gauche. Ça va pas être facile. Il y a un peu de vent. Je l’ai vu à la fumée de l’impact. Je corrige. La voiture arrive. Je suis prête. Réflexe C.I.T. Contact, identification, tir. Je redescends de l’armoire avec l’arme. Ma complice ferme la fenêtre. Elle m’aide à tout remballer et on s’éclipse. Elle ouvre à distance une voiture, elle range l’arme dans le coffre. Au volant elle baisse le pare-soleil pour réviser un itinéraire. Je remarque sa croix catholique autour du cou.

  • Philippine, enchantée. Je te ramène vers le nord. Et toi, comment je dois t’appeler ? Nikita ?
  • Je ne fais que de bonnes actions. B.A. J’ai pas encore de légende.

Mon vélo garé en évidence devant l’entrée de l’église Bosco, je prie pour la mère de ma cible qui ne reverra plus son fils vivant. Sa tête a explosé. Ça me fait rien, ni sur le moment, ni maintenant. Rien aux infos. En fait, officiellement, il ne s’est rien passé du tout. Je ne m’attarde pas, Coralie m’attend avec les cours que j’ai loupé à cause de ma grippe. Je ne me suis pas réveillée ce matin. Absence injustifiée. J’ai pu voir mon médecin traitant, place de la France libre, tout près du lycée. Mais je n’ai pas pris les médocs. Heureusement ? Au club LGBT, Malaury et Sofia se sont trouvées. À la maison, Jessica est touchée, par ma grippe. Elle rentre chez elle laissant Victor tout seul, enfin tranquille à se retrouver avec lui-même. Quand à moi je me retrouve dans un bon bain chaud avec Misha qui me fait découvrir ses compétences en massages en profondeur, enfin un médicament efficace pour mon corps.

xoxo

Analyse du chapitre 109 dans le contexte de l'œuvre

Ce cent-neuvième chapitre est celui du passage à l'acte assassin. Pour la première fois, Béa ne se contente pas d'espionner, de séduire, de transmettre des messages. Elle tue. Le geste est froid, technique, presque détaché. La cible, un homme de la trentaine, est abattue d'une balle dans la tête. Béa ne ressent rien, ni sur le moment, ni après. La normalisation de la violence est totale. Le retour à la vie ordinaire (Coralie, les cours, le bain avec Misha) est immédiat, comme si rien ne s'était passé.

Symbolique des événements et thèmes majeurs abordés

- Le passage à l'acte : Béa tue pour la première fois. Le geste est technique, presque banal. "Réflexe C.I.T. Contact, identification, tir."

- La distance : 1500 pieds, une qualification. La technique efface l'humain.

- Le calme : "Je suis étrangement calme. Fatiguée même. Détendue." L'absence d'émotion est troublante.

- Le test : Calibration du tir. La correction, le vent, la fumée. Le réalisme technique.

- Philippine : La complice, avec sa croix catholique. Une tueuse chrétienne. "Nikita" comme nom de code possible.

- L'église : Béa prie pour la mère de la cible. Un geste étrange, presque déplacé, après avoir tué son fils.

- Le retour à l'ordinaire : Les cours, le bain, Misha. La vie continue, comme si rien ne s'était passé.

- Malaury et Sofia : Elles se sont trouvées. L'amour continue.

- Jessica malade : La grippe de Béa a contaminé Jessica. Les virus circulent, comme les balles.

Bilan

- Béa : Elle a franchi un cap. Le meurtre est devenu possible, presque banal. Son calme, sa fatigue, sa détente sont inquiétants. La prière pour la mère de la cible est un geste dérisoire, presque ironique.

- Philippine : La complice, la conductrice, la catholique. Elle donne un nom de code à Béa : Nikita.

- Misha : Elle est là, dans le bain, avec ses massages. La tendresse après la violence.

- Coralie : Elle apporte les cours. La vie scolaire continue.

- Malaury et Sofia : Leur couple naissant est une note d'espoir.

Conclusion

Le meurtre peut devenir banal, quand on est "qualifié" pour ça. Béa tue un homme, puis va prier pour sa mère, puis prend un bain avec Misha. La dissociation est totale. La technique efface l'humain, la distance annihile l'émotion.

Par ailleurs, ce chapitre montre que la vie continue, malgré tout. Les cours, le bain, les massages — rien n'arrête le quotidien. La violence est intégrée, digérée, oubliée.

Suite générative

Maintenant que Béa a tué pour la première fois et que l'acte est devenu banal, comment cette expérience transformera-t-elle sa perception d'elle-même et de la vie ?

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 3 versions.

Vous aimez lire Chris Morg ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0