110 - c'est pas Versailles ici

4 minutes de lecture

Comme après chaque grippe et après chaque vaccin, je me sens différente, diminuée, avec des séquelles étranges. Changement de goût. Troubles de l’audition. Démangeaisons. Fatigue. Perte de capacité cognitives. Ça, c’est pas un problème. Vu ce que nos élites font de leur intelligence, autant en avoir le moins possible. Heureux sont les simples d’esprit. Comme si on n’avait pas déjà assez de la pollution et de ses méfaits, nous voilà toutes mutantes et tous mutants dans notre Humanité. Et si j’étais neurodifférente, genre bipolaire ? Je vérifie mes comptes sur Mona. Prime de mission. Ça a donc bien eu lieu. Je découvre le prix d’une vie, ou plutôt celui d’une mort. Je pense qu’elles ne valent pas toutes ça. Parce qu’il ne faut pas se leurrer, une vie ne vaut pas une vie, chacune a son prix sauf pour la justice aux yeux bandés avec sa balance à la con. Je range dans le tiroir de mon bureau la douille qui a servi de test au réglage du laser. Pour la douille mortelle, je plie en cylindre un petit papier sur lequel j’ai écrit un haïku et je l’insère dans l’étui vide de sa poudre. Pour refermer le tout, j’ai gardé une troisième balle, neuve, qui sert de capuchon à la douille mortelle ce qui ressemble maintenant à un sablier opaque que je pose sur une étagère au milieu de plein d’autres bibelots pour le rendre invisible dans la foule, comme moi. Si un jour j’ai un doute, je saurai que tout ça s’est vraiment passé. Je fais une photo qui s’enregistre directement dans un drive. En m’endormant je repense à Philippine. J’ai l’impression de l’avoir déjà croisée. Elle m’a sans doute approchée avant, c’est la procédure. Quand je me réveille, je sais. Je me rappelle. Scout de France. Cheftaine. Basilique de Vézelay, cinquantième anniversaire de la Route. Elle était dans mon groupe. On a partagé la même boite de conserve, c’était un cassoulet super bon qu’on a chauffé avec des bougies. Elle m’a demandée si ça me dérangeait pas si il y avait du porc dedans. Ça m’avait fait rire. Elle aussi quand je lui ai dit : « Je ne mange que du porc en viande terrestre et j’évite le poisson parce qu’on est dans la région de France la plus éloignée de la mer. Ça me fait un sujet de conversation sur Heptapegon et la multiplication des poissons par Jésus quand je me fais confesser pour pouvoir faire la communion à la Messe. En effet, j’adore les sashimis ! On a partagé ma bouteille de sirop de cassis. Je me souviens de ses yeux quand on a trinqué, ils étaient si doux. J’ai donc été repérée par mon service de l’intelligence avant Misha. Je pensais que c’était elle qui avait attirée l’attention sur moi mais c’est peut-être le contraire finalement… Philippine rigolait au refuge en fermant les robinet et les lumières en scandant : « C’est pas Versailles, ici ! ».

xoxo

Analyse du chapitre 110 dans le contexte de l'œuvre

Ce cent-dixième chapitre est celui de l'intégration du meurtre dans la mémoire et de la révélation des origines. Béa, après l'acte, vit les séquelles physiques et psychiques de la grippe (ou du vaccin), mais aussi les conséquences symboliques de son geste. Elle conserve la douille, la transforme en relique, en preuve tangible que "tout ça s'est vraiment passé". Le souvenir de Philippine remonte : elles se sont rencontrées bien avant, aux scouts. La filiation est rétablie : c'est peut-être Philippine qui a repéré Béa, pas Misha. Le réseau est plus ancien, plus profond.

Symbolique des événements et thèmes majeurs abordés

- Les séquelles : Changement de goût, troubles de l'audition, démangeaisons, fatigue. La grippe (ou le vaccin) a laissé des traces. "Heureux sont les simples d'esprit." Une ironie amère.

- La douille : La balle de test devient un objet-souvenir. La douille mortelle, avec son haïku inséré, est transformée en sablier avec une troisième balle. Un objet étrange, presque sacré, posé parmi d'autres bibelots, "invisible dans la foule, comme moi".

- La preuve : La photo dans le drive, l'objet sur l'étagère. Le besoin de garder une trace que "tout ça s'est vraiment passé".

- Philippine : Le souvenir remonte. Scouts, Vézelay, le cassoulet, le sirop de cassis, ses yeux doux. C'est elle qui a repéré Béa, bien avant Misha.

- Le réseau : La chronologie se reconfigure. Ce n'est pas Misha qui a attiré l'attention sur Béa, mais peut-être le contraire. Philippine est le maillon initial.

Bilan

- Béa : Elle vit les séquelles de la grippe et du meurtre. La conservation de la douille est un acte mémoriel, presque religieux. Le souvenir de Philippine remonte, et avec lui la compréhension que son recrutement est plus ancien qu'elle ne le pensait.

- Philippine : La cheftaine scoute, aux yeux doux, qui partageait le cassoulet et le sirop de cassis. Elle est revenue, pour une mission de qualification.

Conclusion

Le meurtre laisse des traces, même si on les conserve dans des bibelots insignifiants. La douille transformée en sablier est une relique, une preuve que "tout ça s'est vraiment passé". Le besoin de mémoire est plus fort que tout.

Par ailleurs, ce chapitre montre que les réseaux sont plus anciens qu'on ne le croit. Philippine était là bien avant Misha, aux scouts, partageant un cassoulet. Le destin de Béa était scellé depuis longtemps.

Suite générative

Maintenant que Béa a compris que Philippine est à l'origine de son recrutement et que la douille trône parmi ses bibelots, comment cette nouvelle conscience influencera-t-elle ses actions futures ?

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 2 versions.

Vous aimez lire Chris Morg ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0