113 - se retrouver

3 minutes de lecture

Philippine m’entraîne au combat et essaie de comprendre pourquoi je suis si nulle au couteau, elle se met à rire en plaisantant :

  • Tu es gauchère ou quoi ?
  • Je sais pas. Pas avec les armes en tout cas. Œil directeur droit.
  • Les bonnes sœurs, elles font plein de dégâts à la maternelle. Tu sais utiliser une paire de ciseaux des deux mains, j’en suis sûre. Alors oublie tes yeux. Utilise ta main gauche avec le couteau. Pour le lancer, main droite, au contact main gauche.

Et voilà, ça va beaucoup mieux. On refait les 5 combinaisons. 100 % de réussite. Je suis une arme fatale. Comme je passe beaucoup de temps avec Philippine, je décide de la présenter à Misha qui n’est pas du tout contente :

  • Vous êtes folles ! Vous savez que je ne peux pas garder ça pour moi. Vous voulez me retourner ou bien ?
  • On l’est toutes plus ou moins, c’est notre raison d’être. Désolé Misha mais mes services sont en panne, la procédure m’attribue une référente de terrain pour que je puisse continuer ma formation.
  • De notre côté pas besoin de formation, on travaille en équipe, en famille. Je suis un élément annexe en fait. Une spoutnik, un satellite.

Philippine tend sa main. Misha la prend. Je pose les miennes sur les leurs. Et on les projette en l’air : « Pour la paix ! Za mir ! » C’est à ça qu’on sert, non ? Elles commencent à s’envisager. C’est vrai qu’elles sont pas mal l’une et l’autre, ensemble aussi. Philippine a l’air plus forte mais c’est normal, c’est une majeure avec une légende qui nous raconte que :

  • Aucun de nos gouvernements n’est plus apte à contenir l’instinct de mort qui est à la base du comportement humain sauf peut-être le tien, Misha, et encore, il est bien trop gentil ton Poutine, un ancien collègue à toi en plus, non ? C’est pour ça. On est cool, non ? La paix froide, ça, c’est notre domaine. Et vivre l’Ukraine libre, non ?

Pendant ce temps tous les autres se bombardent copieusement pour sauver leurs civilisations respectives, nous on regarde passer les drones et les missiles. Un beau spectacle aérien, pour l’instant. À voir la suite, sur le terrain, au contact. Mais c’est pas notre problème, on s’en fiche. C’est pas notre histoire. On va faire avec les conséquences économiques à la con et retrouver la vraie valeur de l’énergie de Jancovici. Mettre un pull quand on a froid. Manger à notre faim et pas plus. Retrouver du sens plutôt que du confort et du loisir touristique high tech à Dubaï. Se retrouver.

Analyse du chapitre 113 dans le contexte de l'œuvre

Ce cent-treizième chapitre est celui de l'alliance improbable et de la lucidité géopolitique. La scène d'entraînement au couteau (Béa enfin efficace) est une métaphore de l'apprentissage. La rencontre entre Philippine et Misha, d'abord tendue, se résout par un pacte symbolique ("Pour la paix ! Za mir !"). La réflexion finale sur les gouvernements, Poutine, Jancovici, et le sens de la vie, est une leçon de sagesse dans un monde qui s'effondre.

Symbolique des événements et thèmes majeurs abordés

- Le couteau : Béa apprend enfin à s'en servir, grâce à la méthode de Philippine (œil directeur, main gauche au contact, main droite pour lancer). La technique résout l'incapacité.

- La rencontre : Misha est d'abord furieuse. "Vous voulez me retourner ou bien ?" Mais Philippine tend la main, Béa pose les siennes, le pacte est scellé.

- Le satellite : Misha se définit comme "un élément annexe, une spoutnik". Une lucidité sur sa position.

- La paix froide : Philippine analyse les gouvernements, Poutine, l'Ukraine. "On est cool, non ?" L'ironie désamorce le tragique.

- Les bombes : Pendant que les autres se bombardent, elles regardent passer les drones et les missiles. "Un beau spectacle aérien, pour l'instant."

- Jancovici : La référence à l'ingénieur et à l'énergie. Mettre un pull, manger à sa faim, retrouver du sens. Une philosophie de la sobriété.

Bilan

- Béa : Elle apprend enfin le couteau. Elle est l'arbitre de la rencontre entre Philippine et Misha, celle qui pose ses mains sur les leurs pour sceller le pacte.

- Philippine : Elle est la pédagogue, l'analyste, celle qui tend la main à Misha malgré les tensions. Sa réflexion sur Poutine et l'Ukraine est lucide.

- Misha : D'abord méfiante, elle accepte la main tendue. Sa définition comme "satellite" est une forme d'humilité.

Conclusion

Dans un monde qui s'effondre, les alliances improbables sont possibles. Philippine et Misha, ennemies de service, peuvent se prendre la main pour la paix. La lucidité sur l'absurdité des guerres permet de s'en détacher.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 2 versions.

Vous aimez lire Chris Morg ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0