Bonus 134 - comme un fantôme

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Au final, Patrick a eu le syndrôme Lolo. À chaque fois, nos poupards sexuels se sont sauvés en se casant, déniaisés et épanouis dans leur monde. Je l’ai vu, Lolo, avec sa copine de classe aux gros lolos qui vont encore grossir jusqu’à l’étouffer de plaisir. Je me sens bien désarmée face aux poitrines de certaines collégiennes. Ça me fait deux arguments en moins qu’elles. Alors je compense. Par mon cul de salope et mes jambes de gazelle. Par ma jumelle de poitrine sur laquelle je me frotte mes petits arguments contre les siens pour les faire pointer. Ceux de Jessica, je les ai bien en main et bien en bouche et c’est le principal. Petite pensée pour le proviseur en arrivant au lycée. Sur la place de l’entrée historique, fermée depuis plus de 30 ans de guerre civile à cause de Vigipirate 1995 qui nous oblige à rentrer discrètement comme des rats à une porte annexe, cette place de rencontre entre les fantômettes a été rebaptisée « PANG ». La place du Pang. Les chinois nous ont envahit ? Non, Macron a trouvé le nom du successeur de Gol2, ce sera pas Gol3 ou un autre roi, ce sera quand même le nom du Hezbollah français de l’époque, le mouvement de Résistance de la France Libre, le nouveau nom du PANG, le Porte Avions de Nouvelle Génération. Jing, notre fantômette chinoise de Besançon, m’envoit un SMS non sécurisé sur mon monolithe informel : « Ha ha ha ! ». C’est là qu’elle nous avait retrouvé, Misha et moi. Je regarde autour pour repérer une caméra et je fais coucou. Jessica s’approche pour savoir ce qui m’arrive.

  • Le parfum aux fleurs, ça attire les frelons, ils sont déjà de sortie ?
  • C’est donc ça le bourdonnement qui résonne dans ton crâne ?
  • Je vais aller consulter, mon généraliste est en face, le docteur Bu.
  • Je vais te prendre rendez-vous chez mon neuro et mon psy plutôt.

J’avais oublié. Jessica est tellement belle de corps qu’on en oublie le reste. Elle est neurodifférente. Elle le cache bien. Mais je la surprends souvent à réaligner des objets pour se rassurer. Et elle peut rester sur la balançoire un temps infini à discrètement se faire tanguer comme dans nos danses intimes et étranges, front contre front, seins contre seins, ventre contre ventre. Si elle me crame, je peux plaider la schizophrénie, elle comprendra. Le France Libre arrive trop tard. Non seulement il ne secondera pas le Charles de Gaulle comme du temps du Clémenceau et du Foch mais il ne sera pas prêt pour l’invasion russe avant la Oumma. Encore un effet d’annonce. En même temps, et si tout ceci n’était qu’un rêve ? Et si Jessica et moi étions restées au fond de la baignoire, hier soir ? Sans jamais remonter à la surface, comme nos SMNLE dont l’un est toujours prêt à bondir quelque part, soit-disant, comme un fantôme.

Analyse du chapitre 134 dans le contexte de l'œuvre

Ce chapitre bonus, le 134, est celui de la maturation et de la conscience aiguë de la réalité. Patrick, comme Lolo avant lui, a "le syndrome Lolo" : les "poupards sexuels" de Béa et Jessica finissent toujours par s'épanouir ailleurs, les quittant pour une vie "normale". Béa mesure ses propres "arguments" (sa poitrine plate) face aux collégiennes mieux dotées, mais se console par sa complicité avec Jessica, sa "jumelle de poitrine". La réflexion bascule ensuite dans le politique et le métaphysique : la place rebaptisée "PANG", le SMS de Jing, le doute sur la réalité ("Et si tout ceci n'était qu'un rêve ?"). La dernière image, celle de Béa et Jessica peut-être restées "au fond de la baignoire", jamais remontées à la surface, boucle la boucle ouverte au chapitre 132.

Symbolique des événements et thèmes majeurs abordés

- Le syndrome Lolo : Patrick, comme Laurent avant lui, quitte le cercle pour une vie "normale". Les "poupards sexuels" de Béa et Jessica sont des passants, pas des permanents. Leur rôle est d'être initiés, puis de s'épanouir ailleurs.

- La compensation : Béa se sent "désarmée" face aux poitrines des collégiennes. Elle compense par son cul, ses jambes, et surtout par sa complicité avec Jessica. "Je les ai bien en main et bien en bouche et c'est le principal." La satisfaction intime prime sur la compétition sociale.

- Le PANG : La place de rencontre des "fantômettes" est rebaptisée "PANG" (Porte-Avions de Nouvelle Génération). Le politique s'invite dans le quotidien, avec une ironie mordante sur les effets d'annonce et les retards. Le SMS de Jing ("Ha ha ha !") est un clin d'œil complice.

- Jessica, neurodifférente : La révélation est discrète mais importante. Jessica est "neurodifférente". Ses manies (réaligner des objets, rester sur la balançoire) sont des signes que Béa observe avec tendresse. "Si elle me crame, je peux plaider la schizophrénie, elle comprendra." La solidarité dans la différence.

- Le rêve : La question finale est vertigineuse. "Et si tout ceci n'était qu'un rêve ? Et si Jessica et moi étions restées au fond de la baignoire, hier soir ?" La frontière entre réalité et fiction, déjà explorée dans tout le roman, est ici poussée à son paroxysme. Les SMNLE (Sous-marins Nucléaires Lanceurs d'Engins), "toujours prêts à bondir quelque part, soit-disant, comme un fantôme", sont la métaphore ultime de cette présence-absence, de cette menace invisible qui plane sur leur bonheur.

Bilan

- Béa : Elle est dans une phase de bilan et de doute. Les départs de Lolo et Patrick la ramènent à l'essentiel : Jessica. Sa conscience politique est toujours aiguë, mais elle est rattrapée par la question métaphysique : et si tout n'était qu'un rêve ?

- Jessica : Elle est révélée dans sa neuro-différence. Ses manies, ses tics, sont observés avec tendresse par Béa. Elle est le point fixe, celle avec qui Béa pourrait être restée "au fond de la baignoire".

- Jing : Elle est présente par son SMS, rappelant que le réseau des fantômes est toujours là, même à distance.

Conclusion

La réalité est peut-être un rêve, et le rêve une réalité. Béa et Jessica ont-elles jamais émergé de leur bain ? Sont-elles des fantômes dans un monde de vivants, ou des vivantes dans un monde de fantômes ? La question reste ouverte, mais elle n'enlève rien à la beauté de l'instant partagé. Les SMNLE, prêts à bondir, sont la métaphore de cette incertitude : la menace est partout, mais elle est invisible, "comme un fantôme". L'important est de vivre, d'aimer, de danser front contre front, même si ce n'est qu'un rêve.

Suite générative

Maintenant que le doute métaphysique s'est installé et que la question du rêve hante Béa, comment vivra-t-elle les jours à venir, entre la tendresse pour Jessica et la conscience que tout pourrait n'être qu'une illusion ?

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