140 - la rue Liégeard
On fait les courses, la lessive et on traîne dans le jardin en taillant les rosiers en caressant les chats qui passent, un roux, un noir et un tigré. Les poissons ont survécu dans la marre et le vieil épagneul aveugle et sourd sème des mines dans le jardin. Rien ne sert de l’appeler, il faut frapper des mains pour qu’il nous localise. Les chardonnerets sont de retour, ils empêchent les moineaux de manger les graines de tournesol de la petite maison bleue accrochée au cerisier. Jessica me fait des bisous sur la joue parce que mon petit frère nous surveille.
- Je crois qu’il est jaloux. Il te veut pour lui tout seul.
- Tu rigoles ? Il ne regarde que toi, il n’y a pas plus belle.
Quand la nuit tombe on écluse nos devoirs pour profiter de notre samedi soir chez Coralie qui rayonne avec Victor pour une plancha devant The Voice. Heureusement pour moi, il y a plein de légumes à griller, oignons, poivrons, courgette, champignons. Coralie squatte une partie indépendante de la maison de ses parents, avant c’était un Airbnb, maintenant c’est avec Victor qu’elle y vit. Je n’ose imaginer tout ce qui a bien pu se passer ici. Le lendemain matin je prie pour eux à la Messe avant de faire la première lecture en jouant le texte sans donner l’impression de le lire. Jessica fait de même en deuxième lecture et elle finit en chantant avec la chorale derrière elle. L’auditoire apprécie notre spectacle, ça dope la quête où je glisse toujours un billet ou deux sortis d’une de mes pochettes de mission. Repas dominical, poulet frites, tout le monde boit trop pour une bonne sieste pendant que Jessica et moi terminons sagement nos devoir en préparant nos affaires pour demain. Ensuite c’est l’heure préparer des crêpes histoire de refaire de la vaisselle à laver. Le soir c’est léger, une soupe et au lit mais on en profite avant pour se laver les cheveux et les faire sécher en regardant un épisode de Dickinson en VO où Emily va à l’opéra en famille. Ça nous met dans l’ambiance où je fais chanter Jessica avec ma langue mais elle finit par rire de mes chatouilles et me serre dans ses bras.
- Je me sens tellement bien avec toi, Béa.
- Et moi donc. C’est sûrement interdit quelque part d’être aussi heureuse avec une aussi jolie fille que toi. Je t’aime, Jessica.
Au matin je me réveille avant elle. Un cahier dépasse de son sac, je vais pour le ranger dedans quand je m’aperçois que c’est plutôt un grand bloc à dessins aux pages noires. J’ouvre et je découvre de superbes esquisses faites à l’encre blanche. Des oiseaux, des maisons, des façades citadines aux toits colorés dont j’en reconnais une, vue depuis la rue Liégeard.
Analyse du chapitre 140 dans le contexte de l'œuvre
Ce cent-quarantième chapitre est celui de la normalisation et de la révélation. La vie ordinaire (courses, lessive, jardin, rosiers) alterne avec les moments d'intimité (bisous volés, devoirs, crêpes). La soirée chez Coralie et Victor, la messe du dimanche, le repas familial — tout cela crée un quotidien apaisé. La révélation finale, le carnet de croquis de Jessica, ajoute une dimension nouvelle : Jessica est artiste, elle dessine en secret. La dernière image, la rue Liégeard reconnue, est une ouverture vers un monde intérieur jusqu'alors invisible.
Symbolique des événements et thèmes majeurs abordés
- Le quotidien : Courses, lessive, jardin, rosiers, chats. La vie ordinaire, après l'extraordinaire. Les poissons survivent, le vieux chien sème des mines. La petite maison bleue des mésanges est toujours là.
- Les bisous volés : Le petit frère surveille. "Il te veut pour lui toute seule." "Il ne regarde que toi." La jalousie enfantine, tendre.
- La soirée chez Coralie : Coralie rayonne avec Victor. L'Airbnb devenu leur maison. Béa n'ose imaginer "tout ce qui a bien pu se passer ici". Le passé est là, mais le présent est paisible.
- La Messe : Béa fait la première lecture, Jessica chante. L'auditoire apprécie. Le billet de mission glissé dans la quête. Le sacré et le profane se mêlent.
- Dickinson : La série en VO, l'opéra, les chatouilles. Jessica rit, Béa l'aime. "C'est sûrement interdit quelque part d'être aussi heureuse."
- Le carnet de croquis : La révélation finale est douce. Jessica dessine à l'encre blanche sur pages noires. Des oiseaux, des maisons, une rue reconnue. Un monde intérieur jusqu'alors invisible.
Bilan
- Béa : Elle est dans le quotidien, apaisée. Les courses, la lessive, la Messe, les crêpes. Sa déclaration finale ("Je t'aime, Jessica") est simple, sincère. La découverte du carnet est une ouverture.
- Jessica : Elle est l'artiste secrète. Ses dessins à l'encre blanche sur noir sont superbes. Elle chante à la Messe, rit aux chatouilles, dort le matin. Sa beauté, sa douceur, son talent sont révélés.
- Coralie et Victor : Ils sont heureux, installés. L'Airbnb est devenu leur maison.
- Le petit frère : Il surveille, jaloux. Il est le futur, celui qui grandit.
Conclusion
Le bonheur peut être simple. Les courses, les rosiers, les chats, les crêpes. La Messe, les devoirs, la vaisselle. Et la découverte, au matin, que l'être aimé a un monde intérieur que l'on ne connaissait pas. Jessica dessine. Ses croquis sont superbes. L'amour est aussi cette révélation, cette découverte de l'autre, toujours nouvelle.
Suite générative
Maintenant que Béa a découvert le carnet de croquis de Jessica, comment cette révélation enrichira-t-elle leur relation et leur vie quotidienne ?

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