145 - donner aux oiseaux
Comme Dieu, nous sommes partout et nulle part. Et l’important, c’est d’y croire. À propos de Dieu, Pauline vient garer sa 2CV devant la maison pour venir me rendre compte d’un fait étrange :
- J’ai été contacté par le Vatican, les services secrets. Ils m’ont parlé de vous, Jessica et toi. Du coup, ils veulent m’enrôler, pour vous surveiller.
- Oui, Pauline, c’est la procédure, j’ai connu la même chose quand Misha m’a approchée pour me mettre Jessica dans le cœur. Comment ils ont su ?
- Tous les baptisés ont leur nom dans les listes du Vatican, il ne faut pas que la Oumma tombe dessus. Vous venez de faire votre confirmation. Ça enclenche une enquête supplémentaire, de moralité, entre autres.
- Même pour le Pape ? C’est un américain, états-unien. Il n’est pas dans le bon axe des forces du bien. Mais bienvenue au club, Pauline.
J’entre une main dans son chemisier pour caresser son sein nu qui réagit côté cœur quand je cherche sa langue de la mienne dans sa bouche sacrée de vérités occultes. Et dans occulte, il y a… je lui prends la main et on va s’enfermer au grenier. Modus operandi câlinus. De ma langue je lui fais son signe de croix sur sa bouche, entre ses cuisses, sur son sein droit et côté cœur avant de la frotter vigoureusement pour lui tirer quelques gémissements. Tendre la main. C’est ce que je fais ensuite en envoyant un message poli à la grande Diana aux cheveux courts, histoire d’attaquer nos vraies fausses alliées sur les deux fronts. Elle m’invite à un salon de thé. J’y vais. Elle est déjà là, triste et mélancolique.
- Je n’ai pas l’intention de rejoindre le club LGBT.
- D’accord. Il n’y a pas de listes. Je ne peux dénoncer personne, même pas à leurs parents ou à l’administration. Alors tu n’y es pas.
- Rien que le fait que je te rencontre, j’en suis, n’est ce pas ?
- Je ne peux rien confirmer ou infirmer, à toi de voir.
Diana commande pour moi, thé au citron et apple pie, ça va bien ensemble. Je m’approche un peu d’elle pour sentir son parfum aussi. Mais non, c’est plus une crème je crois. Elle m’explique :
- Problème dermato. Psychosomatique.
- Je connais ça, j’arrête pas de me gratter depuis le Covid. Diana, on a rien à se dire, juste à être en contact. Même Jess, elle me dit rien. On a juste à être là, présentes les unes pour les autres.
On se donne un autre rendez-vous, le temps qu’elle rende compte et qu’elle prenne ses consignes pour la conduite à tenir avec moi, avec nous. Je la vois récupérer des miettes. C’est pour donner aux oiseaux.
Analyse du chapitre 145 dans le contexte de l'œuvre
Ce cent-quarante-cinquième chapitre est celui de l'extension du réseau et de la consolidation des alliances. Pauline est approchée par le Vatican pour surveiller Béa et Jessica, mais elle rejoint leur camp. Diana, la candidate du MI6, est approchée par Béa avec douceur. La scène du salon de thé est un modèle de diplomatie intime : rien à dire, juste à être là, présentes les unes pour les autres. La fin, Diana ramassant des miettes pour les oiseaux, est un détail d'une humanité rare.
Symbolique des événements et thèmes majeurs abordés
- Dieu : "Comme Dieu, nous sommes partout et nulle part. Et l'important, c'est d'y croire." Une profession de foi, une affirmation de présence diffuse.
- Pauline et le Vatican : Les services secrets du Vatican veulent l'enrôler pour surveiller Béa et Jessica. Mais Pauline choisit leur camp. "Bienvenue au club." Le geste de Béa (la main dans le chemisier) scelle l'alliance.
- Modus operandi câlinus : L'humour latin désamorce le sérieux. Le signe de croix fait avec la langue est une liturgie intime.
- Diana : La candidate du MI6, triste et mélancolique. Elle ne veut pas rejoindre le club LGBT, mais elle est déjà dans le réseau par le simple fait de rencontrer Béa. "On a juste à être là, présentes les unes pour les autres."
- Les miettes : Diana ramasse des miettes pour les donner aux oiseaux. Un geste de douceur, de vie qui continue.
Bilan
- Béa : Elle est le centre du réseau, celle qui accueille, qui caresse, qui invite. Sa main dans le chemisier de Pauline, sa main tendue à Diana. Elle est partout, nulle part, comme Dieu.
- Pauline : Elle est approchée par le Vatican, mais elle choisit le camp de Béa. Son corps réagit, sa bouche sacrée s'ouvre. Elle est devenue une alliée.
- Diana : Elle est triste, mélancolique. Sa peau est malade, psychosomatique. Elle ne veut pas rejoindre le club, mais elle est déjà dedans. Ses miettes pour les oiseaux sont un signe d'espérance.
Conclusion
Le réseau des fantômes s'étend. Pauline rejoint, Diana approche. Le Vatican surveille, mais Pauline choisit son camp. Rien à dire, juste à être là, présentes les unes pour les autres.

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