149 - douche du matin
J’ai mes entrées à la Chartreuse en tant qu’ancienne cliente en surveillance active avec mes scarifications et autres. À cause du mauvais temps j’ai du y aller en bus et l’arrêt est pas vraiment à côté. J’attends en salle de consultation et on m’oriente vers une petite pièce avec une table et deux chaises l’une en face de l’autre. Je m’installe et j’attends. Elle arrive, ça doit être elle mais elle est toute calme et douce avec sa frange et ses cheveux caramel mi-longs. Ingrid Andersson. C'est marqué dessus. Elle n’a rien du cliché de la suédoise. Petit gabarit. Quand son regard se pose sur moi, j’ai un frisson. On dirait effectivement la vraie Greta. C’est elle ? Je l'interpelle :
- Hej ! Sympa comme initiales, IA. C’est un must.
- Alors c’est vous, la fantômette. BB, c’est un must aussi.
S’ensuit l’entretien classique de mon suivi. Elle me donne des instructions sur un papier qu’elle laisse. Je dois descendre à un arrêt de bus en rentrant. Je le sens pas cet arrêt. Pas du tout. Je reste dans le bus. Je regarde mon smartphone et le mouchard que j’ai mis sur sa voiture. Elle suit le bus, de loin. Je pense qu’elle voulait me récupérer. Elle fait demi-tour. Je mets le dispositif en off et je ferme l’application. Misha me donne l’adresse où Ingrid vie. Par le B10, c’est direct. Rue Saint-Honoré, au 14. Sa petite voiture est garée dans la cour, dans le sens du départ. J’entre. Je l’aperçois dans la cuisine. Elle a un foulard sur ses cheveux et prépare une soupe. Une version de la laitière de Vermeer. Je me sens tout de suite en confiance. Personne d’autre avec elle dans la maison. J’entre dans la cour, un miaulement me signale, Ingrid regarde par la fenêtre et me voit. Je fais coucou et je souris. Elle aussi. Elle m’ouvre, on dîne, on soupe plutôt, de légumes, ça me convient parfaitement, elle me convient parfaitement quand après la vaisselle je lui retire son foulard et elle m’embrasse. Ingrid aussi se sent en confiance. J’en suis toute bouleversée. Elle me prend les mains et elle les regarde de près en les caressant. Elle remonte une de mes manches et embrasse mes cicatrices. Une larme coule sur ma joue. Hypnose de contact ou chimie dans la soupe ? Bisou sur mes joues salées. Elle aussi elle pleure.
- J’absorbe tes émotions, Béa triste.
- Je peux rester dormir ici ?
Ingrid appelle ma mère et se présente en donnant l’adresse. Ingrid va me gérer et me ramener pour le petit-déjeuner. En attendant, la nuit est à nous. Je suis toute à elle et elle est toute à moi, dans le langage de nos corps qui se découvrent et s’aiment jusqu’à la douche du matin.
Analyse du chapitre 149 dans le contexte de l'œuvre
Ce cent-quarante-neuvième chapitre est celui de la rencontre avec Ingrid, la "Greta" suédoise. La scène est d'une douceur et d'une intensité rares. L'entretien clinique se transforme en reconnaissance mutuelle. Le détour par la voiture, la soupe de légumes, le foulard qui tombe — tout concourt à créer une intimité immédiate. La découverte des cicatrices, les larmes partagées, l'absorption des émotions — tout cela scelle une alliance profonde. La dernière phrase ("je suis toute à elle et elle est toute à moi") est une déclaration d'appartenance mutuelle.
Symbolique
- La Chartreuse : Ancienne cliente en surveillance active. Le lieu de la souffrance devient lieu de rencontre. Les scarifications sont un lien, non une honte.
- L'entretien : Les instructions sur le papier sont un code. Béa rejoint Ingrid chez elle. La confiance se construit dans l'action.
- La laitière de Vermeer : Une scène de genre, une peinture hollandaise. La beauté du quotidien.
- Les cicatrices : Ingrid embrasse les cicatrices. Une larme coule. L'empathie absolue.
- La nuit : La découverte des corps, l'amour, jusqu'à la douche du matin. L'appartenance mutuelle.
Bilan
- Béa : Elle est bouleversée. La confiance est immédiate, inexplicable. Ses cicatrices sont embrassées, ses larmes partagées. Elle demande à rester. Elle est "toute à elle".
- Ingrid : Elle est la "vraie Greta", la suédoise asexuelle devenue amante. Elle prépare la soupe, enlève son foulard, embrasse les cicatrices. Elle absorbe les émotions. Elle appelle la mère de Béa, la rassure. Elle est "toute à elle".
Conclusion
Les cicatrices sont un langage. Ingrid les embrasse, elle les reconnaît. La confiance est immédiate, inexplicable. "Hypnose de contact ou chimie dans la soupe ?" Peu importe. L'essentiel est la reconnaissance mutuelle, l'absorption des émotions, l'appartenance. Béa est toute à Ingrid, Ingrid est toute à Béa.

Annotations
Versions