150 - pour être polie
Officiellement je suis folle et je peux passer une soirée et une nuit à la Chartreuse, en fait sous surveillance de l’interne chez elle plutôt. Ça me donne un ticket de sortie pour démissionner de l’uniforme en prétextant l’inaptitude à l’emploi. Ils seront ensuite obligés de me liquider. Je leur demanderai de laisser Misha faire. La vie est éphémère et suicidaire pour soi et pour les autres aussi, il faut l’accepter. En attendant, ma mère a bien profité de Jessica la nuit dernière, prétextant à son mari qu’il fallait qu’elle comble mon absence et dormir avec elle. On en est là. Mais on a gagné notre contact Europe du Nord, notre réseau fantôme est bouclé. Jessica, Diana, Misha, Pauline, Ingrid, elles dansent toutes dans mes fantasmes sexuels à me donner le tournis, j’imagine une partouze avec Philippine. Non, sans Philippine justement. Pas de doublons dans le réseau caché à l’intérieur du réseau secret officieux des services secrets officiels. On en est là. Jessica arrive à jouir avec ou sans moi, Diana me réclame et je ne pense qu’à Ingrid, l’attrait de la nouveauté ? Mes notes baissent, mais pas dans les matières importantes. Je me lasse du groupe de parole au club LGBT. Plus qu’une semaine à tenir avant les vacances de printemps. Misha se pointe pour avoir des nouvelles, on regarde le programme court homme où le français Fa se qualifie deuxième derrière le meilleur mondial avant de repasser en direct pour le programme libre couples où la française s’évanouit.
- Merci Misha, tu es une fantômette ressource humaine, ça a marché avec ta Greta, elle est vraiment trop géniale. Je te ferai une demande de légion d’honneur après la guerre.
- Je te devais bien ça, tu m’as laissé ta Philippine, c’est pas rien.
Après la tempête d’hier, le soleil se repointe enfin. Les oiseaux vident la maison bleue de ses graines en moins d’une journée. Je vérifie dans la cave que j’ai bien un sac de 4 kg d’avance. Je remonte prendre l’apéro sans alcool, la fête est plus folle avec Coralie. Qu’est-ce qu’on fête ?
- La francophonie. On vient de passer quatrième devant la Oumma.
- Ils sont déjà en perte de vitesse avant d’avoir commencé ?
- On ne verra pas la fin de notre civilisation de notre vivant.
- D’autres fantômettes prendront le relais pour la dixième croisade.
Ma mère est rassurée que j’aie une psy traitante intime. C’est peut-être ça qu’il me fallait, un traitement de choc avec une Ingrid autiste végétarienne qui travaille jour et nuit pour devenir folle professionnelle. Plutôt que d’apprendre à vivre seule avec Ingrid, je peux toujours partager Jessica devenue pour ma mère sa fille de cœur, pour être polie.
Analyse du chapitre 150 dans le contexte de l'œuvre
Ce cent-cinquantième chapitre est celui de l'aboutissement du réseau et de la normalisation de l'extraordinaire. Le réseau fantôme est "bouclé" avec Ingrid pour l'Europe du Nord. Les relations se stabilisent : Jessica avec la mère de Béa, Diana qui réclame, Ingrid qui attire, Misha qui veille. Les notes baissent, mais pas dans les matières importantes. Le groupe de parole au club LGBT lasse. La vie continue, entre les oiseaux qui vident la maison bleue, l'apéro sans alcool, et la réflexion sur la fin de la civilisation. La dernière phrase ("pour être polie") est un pied de nez ironique.
Bilan
- Béa : Elle a bouclé le réseau. Ses fantasmes sont une constellation. Ses notes baissent, mais elle s'en fiche. Elle accepte la mort, la liquidation, la fin de la civilisation.
- Misha : Elle est la "fantômette ressource humaine". La légion d'honneur après la guerre. Elle a trouvé Ingrid, en échange de Philippine.
- Jessica : Elle est devenue pour la mère de Béa "sa fille de cœur". Le partage est poliment organisé.
- La mère : Elle profite de Jessica, elle est rassurée par Ingrid.
Conclusion
Le réseau est bouclé. Les fantômes sont en place. La civilisation ne finira pas de leur vivant, mais d'autres prendront le relais. La vie est éphémère, suicidaire. Il faut l'accepter. En attendant, les oiseaux vident la maison bleue, et l'apéro sans alcool est une fête. La politesse est une forme d'amour.

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