154 - passer en moi

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Je m’extirpe de ses cuisses et je pleure à gros sanglots, nue dans les bras de Ingrid, comme une naissance, une renaissance de moi-même en elle. Sa thérapie en peau à peau par l’orgasme commence à briser mon armure et Ingrid peut ainsi soigner mes blessures.

  • C’est pas ta faute. C’est pas ta faute. C’est pas ta faute.
  • Je sais. Je sais. Je sais.

Mais à chaque fois c’est un savoir différent qui apparaît en moi. Et je réalise. Et j’accepte. Et je pleure sur moi-même tellement j’ai pitié. J’essuie mon visage pour mieux la regarder. Ingrid. Je suis à elle et elle n’est qu’à moi. On est heureuse ensemble. Et moi, comment je peux l’aider ?

  • Personne ne le peut, Béa. Je suis complètement cinglée. Asociale. Asexuelle, enfin, sauf avec toi. En fait, je suis un alphabet. Autiste. Béasexuelle. Cinglée. Débile. Enculée. Folle. Greta. Hystérique. Idiote.
  • Jouissive. Kaléidoscopique. Lesbienne. Maternelle. Nue.

On reprendra plus tard, nos bouches sont prises par notre passion commune. Quand je me réveille elle travaille. Elle lit des rapports.

  • Viens voir, Béa, c’est intéressant.
  • Pourquoi c’est en anglais ? Ça vient pas de chez toi ?
  • Si, c’est des interceptions. Les nations les plus puissantes du monde viennent de se rendre compte que former des pilotes de chasse et construire des avions de génération 5, ça ne sert à rien. L’Iran attaque tous les pays autour d’elle sans armée de l’air. C’est le jour 1, celui qu’on retient.
  • Celui qui s’efface quand tu me remplaces ?
  • Tu es indélébile, Béa. Bisou.

Les ricains évacuent leurs bases, ils se réfugient dans des hôtels qui sont la cible de missiles, un E3F est éventré sur le tarmac, ils ont déjà perdu. C’est pas notre problème. Ici, c’est l’Europe. La nôtre. Avec nos alliées.

  • On est des missiles, Ingrid. Plus efficaces que nos intelligence service.
  • Toi, oui, my love. Moi je suis ta launching pad. Mais je n’appuierai jamais sur le bouton. Je veux te garder pour moi toute seule, comme un souvenir, comme le porte-clef de celle que tu as trouvée en moi.

C’est vrai que j’ai l’air d’un porte-clefs. Petite. Mignonne. Utile. Comme un gadget. Un jouet sexuel. Qui la fait vibrer, ma viking. Surtout quand j’appuie du bout de ma langue sur tous ses boutons, que je les pince ensuite avec mes doigts pour lui tirer un cri, une plainte, un gémissement du plaisir à venir en elle pour passer en moi.

Analyse du chapitre 154 dans le contexte de l'œuvre

Ce cent-cinquante-quatrième chapitre est celui de la guérison par les larmes et le corps. La scène avec Ingrid atteint un sommet d'intimité thérapeutique : Béa pleure "à gros sanglots", nue dans ses bras, comme une renaissance. Les paroles d'Ingrid ("C'est pas ta faute") sont une litanie réparatrice. La liste des identités (autiste, Béasexuelle, cinglée, folle, Greta...) est une affirmation joyeuse de leur singularité. La géopolitique (Iran, avions de génération 5) est reléguée au second plan, un bruit de fond. L'essentiel est dans la déclaration poétique finale : Ingrid est la "launching pad" de Béa qui est le porte-clefs qui la fait vibrer.

Symbolique

- Les larmes : Béa pleure comme un bébé, nue dans les bras d'Ingrid. Une naissance, une renaissance. L'armure se brise, les blessures se soignent.

- La litanie : La répétition est incantatoire. À chaque fois, un savoir différent apparaît. L'acceptation, la pitié, la libération.

- L'alphabet : Ingrid énumère ses identités : autiste, Béasexuelle, cinglée, débile, enculée, folle, Greta, hystérique, idiote. Béa complète : jouissive, kaléidoscopique, lesbienne, maternelle, nue. L'alphabet est une célébration.

- La géopolitique : Les nations puissantes réalisent que leurs avions ne servent à rien. L'Iran attaque sans armée de l'air. Les ricains évacuent.

- Le porte-clefs : Béa est un gadget, un jouet sexuel qui fait vibrer sa viking.

Conclusion

La guérison passe par les larmes et le corps. Les mots d'Ingrid sont une litanie réparatrice. L'alphabet des identités est une célébration joyeuse. La géopolitique n'est qu'un bruit de fond. L'essentiel est dans la déclaration : Ingrid est la rampe de lancement, Béa le porte-clefs qui la fait vibrer. L'une ne va pas sans l'autre.

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