155 - sa copine tordue
La vie au lycée me paraît irréelle et futile mais je tiens mon rôle en retrouvant Jess entre deux cours pour des bisous et en animant mon groupe de paroles LGBTQIA+ et alliés, la dernière société de notre civilisation décadente et décroissante. Avec Jess on est la convoitise aussi bien des filles que des garçons, sans parler des professeurs et du personnel administratif et technique. On fait notre liste éventuelle.
- La femme de ménage, la grande brune aux cheveux courts qui s’habille comme un garçon, j’aime bien sa ligne androgyne et sa façon de marcher, de parler, d’être. Son aura regroupe les deux genres. Tu crois qu’elle le sait ?
- Brigitte ? Elle est connue pour ça. Et elle a un compte genre Tinder où elle fait payer ses prestations à des hommes, les retours sont très négatifs parce qu’elle les brutalise. Ça attire une autre clientèle qui arrondit ses fins de mois, de semaine, de journée même, elle est pas chère et elle aime ça. On peut peut-être lui révéler toute la douceur qu’elle a en elle pour et avec les filles, c’est la clef de son âme.
Mais notre quotidien est déjà assez glauque, on ne va pas en rajouter, on a notre dose de déviance avec des adultes femelles, Jess avec ma mère et moi avec une interne en psychiatrie. On scanne plus haut, les terminales, les filles, une qui a son permis et une voiture pour nous promener dans les bois.
- La petite latino, Rodriguez. Très discrète. Pas de mec. Elle traîne toujours avec une fille bizarre qui n’ose pas venir nous voir au club, une grosse qui mange tout le temps et qui coiffe mal ses longs cheveux ondulés, elle s’habille bizarre aussi alors que Jenna est très classe.
- Jenna R. C’est la pouliche à Ouges, il la prépare à Lettres Sup. Je me demande à quel point c’est pas elle qui le prépare.
On pouffe de rire. On se met en mode jumelles ambivalentes et on va les voir, Jenna et Gladys. Elle s’arrêtent de parler en nous voyant approcher. Ça veut dire qu’elles nous calculent, qu’on n’est pas fantômes pour elles. Avec Jess on se regarde et avant même le premier contact, on sait. Pas la peine de parler mais Gladys gâche tout :
- Nous approchez pas on a une réputation à tenir. Sauf si vous vendez des cookies au chocolat pour la tombola que votre club. J’ai la dalle.
- Bonne fête Gladys, du pays de Galles. Notre club a sa réputation à tenir aussi. Tu n’es pas assez déviante pour nous. Je t’emprunte Jenna ?
- Merde, j’ai oublié ta fête, désolée mon cœur.
Gladys est surpise, sous le choc. Jenna en profite pour prendre ma main et me suivre en laissant ma jolie Jess avec sa copine tordue.
Analyse du chapitre 155 dans le contexte de l'œuvre
Ce cent-cinquante-cinquième chapitre est celui de l'extension du cercle et du jeu des apparences. La vie au lycée est "irréelle et futile", mais Béa tient son rôle. Le groupe de parole LGBTQIA+ est "la dernière société de notre civilisation décadente". Le projet de recruter Brigitte, la femme de ménage, est abandonné — "on a notre dose de déviance". L'attention se porte sur Jenna et Gladys, deux terminales. La scène est un chef-d'œuvre de manipulation douce : Gladys est écartée, Jenna est prise par la main. Le réseau s'étend.
Bilan
- Béa : Elle est la stratège, celle qui manipule avec douceur. Sa main prend celle de Jenna, laissant Jess avec Gladys.
- Jessica : Elle est la jumelle, celle qui reste avec Gladys. Sa beauté, sa douceur, sont des armes.

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