160 - s'amuser ensemble
On se fait une séance à 4 dans le bureau du grenier. Ma peau glisse sur un nouveau corps, Gladys, qui s’avère chaude, douce et voluptueuse, elle bouge bien, elle jouit bien, elle est très agréable pendant que Jess s’occupe de Jenna, à moins que ce soit l’inverse. On se rejoint et on mélange nos bras et nos jambes qui gigotent comme dans un nid de vipères. De nos mains en cercle je frotte Jenna qui frotte Jessica qui frotte Gladys qui me frotte et on change de sens. De nos bouches on se lèches nos intimités dans le même protocole. Finalement on se disloque pour finir comme on a commencé où je me gave de la bouche de Gladys et de sa poitrine avant de m’asseoir sur son visage avec ma tête entre ses cuisses en essayant de m’appliquer aussi bien qu’elle. Quand je reviens sur son visage, elle est essoufflée et son cœur bat contre le mien, on se respire et on se finit main dans la main ventre contre ventre à s’agiter sous les regards médusés de Jess et Jenn qui se sont arrêtées pour admirer le spectacle de nos orgasmes l’une dans l’autre à mélanger nos sueurs qu’on se lèche avant de s’embrasser comme dans un shot de salive à s’en mordre les lèvres. Je veux rester sur elle pour le reste de mes jours et elle me serre comme sa poupée d’amour, fermement et tendrement. À côté de nous, les deux J se font jouir en douceur. Il est évident que nous nous sommes trouvées, nos corps ont parlé. Entre deux caresses intimes, on apprend à faire connaissance, la Gladys sauvage se révèle subtile derrière la passion délurée qu’elle affiche. Et terriblement romantique aussi à glisser des phrases secrètes d’amour dans un murmure en léchant mon oreille, gauche parce que de la droite j’entends moins bien, trauma sonore à l’entraînement. On arrive pas à se lâcher, Jenna me la prend dans une rafale de bisous et quand elles partent je pleure à chaudes larmes dans le réconfort de Jessica qui maîtrise mieux sa passion pour Jenna. J’ai du mal à m’en remettre, même sous la douche. Que se passe-t-il ? Je décompense ou un truc du genre ? Quelque chose s’est brisé en moi. Et il est évident que Gladys n’est pas une solution raisonnable à ma vie sexuelle. Je ne suis pas assez forte pour supporter l’intensité de nos ébats. Quand on se revoit on essaie de mettre les choses à plat.
- C’est trop entre nous, Gladys. Je ne suis pas de taille.
- Et tu n’es pas mon style. Mais je suis comme envoûtée.
- Moi aussi. Enfin, j’adore ton style en fait. Je me sens tellement bien dans tes bras, à être guidée plutôt que de guider. J’adore ça. J’adore toi.
- On doit en profiter, Béa, avant que l’absolu de cette passion nous glisse entre les cuisses, on doit cueillir toutes les fleurs écloses de nos désirs comme dans un jeu. On va bien s’amuser, ensemble.
Analyse
Ce chapitre marque l'apothéose de la relation avec Gladys et Jenna, mais aussi un tournant dans la conscience de Béa. La scène à quatre est un sommet de fusion corporelle et de plaisir partagé. Mais l'après est brutal : Béa pleure, elle sent que quelque chose a changé. L'intensité de l'expérience la dépasse. La mise au point avec Gladys révèle une passion réciproque mais impossible à inscrire dans la durée. Gladys propose d'en profiter tant qu’elle existe. Le chapitre explore les limites de l'intensité : trop de plaisir, trop de fusion, peut briser autant que guérir.
Symbolique
- Le nid de vipères : La métaphore est forte. Le corps à corps à quatre devient un enchevêtrement dangereux, où les corps se mélangent, s'emmêlent, se confondent. La vipère est à la fois séduction et danger. Le plaisir extrême a un prix.
- La dislocation : Après la fusion, les corps se séparent mais le lien persiste. Béa et Gladys finissent main dans la main, ventre contre ventre, sous le regard médusé des deux autres. L'orgasme partagé est un spectacle, une performance, mais aussi une vulnérabilité exposée.
- Le trauma sonore : Le détail de l'oreille gauche, moins entendante à cause d'un traumatisme, est une brèche dans l'intimité. Le corps de Béa porte les marques de son activité d'espionne et d'enfant soldate. Même dans la fusion, la fragilité persiste.
- Les larmes : Béa pleure après le départ de Gladys et Jenna. Jessica, qui se maîtrise mieux, la console. Le contraste est saisissant : Béa, si souvent en contrôle, se révèle la plus vulnérable face à l'intensité du lien.
- La décompensation : La formulation est clinique, presque médicale. Le langage de la psychiatrie (Ingrid) s'invite dans l'intime. La guérison n'est pas linéaire, l'armure peut se fissurer.
- Le renversement des rôles : Béa avoue aimer être soumise. C'est un aveu majeur. Jusqu'ici, elle était la stratège, celle qui posait les règles. Avec Gladys, elle découvre le plaisir de l'abandon, de la passivité choisie.
- L'absolu qui glisse : Fugace, il ne se retient pas. Il faut en profiter tant qu'il dure, accepter sa précarité.
Bilan
- Béa : Elle est traversée par une intensité qui la dépasse. La fusion à quatre, le plaisir partagé, l'abandon entre les mains de Gladys — tout cela ouvre une brèche dans son armure. Ses larmes ne sont pas de tristesse, mais de dépassement. Elle n'était pas préparée à être la disciple sexuelle de cette presque inconnue. La découverte de cette passivité désirée est un tournant dans sa conscience de son propre désir.
- Gladys : Elle est romantique, elle murmure des secrets d'amour. Elle est celle qui guide, celle qui envoûte. Sa proposition finale est une promesse de poursuivre l'aventure, mais aussi une reconnaissance de sa précarité éphémère de vie qui les traversent.
- Jessica : Son regard médusé sur l'orgasme de Béa et Gladys est une admiration, peut-être une reconnaissance. Elle est le pilier vers lequel Béa retourne après la tempête.
- Jenna : Elle est présente, mais en retrait. Son rôle est d'être le pont, la complice, celle qui lie et relie.
Conclusion
L'intensité extrême a un coût. La fusion absolue, la passion dévorante, le plaisir partagé à quatre — tout cela peut briser autant que guérir. Béa, qui a construit sa guérison sur une série de conquêtes maîtrisées, découvre avec Gladys une passivité désirée, un abandon qui la dépasse. Ses larmes sont le signe que son armure n'est pas si solide, que la vulnérabilité persiste. La proposition de Gladys est une philosophie de l'éphémère. L'absolu ne se retient pas, il se vit, et il passe. L'important n'est pas de le fixer, mais de ne pas en avoir peur.

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