169 - pour une danse

3 minutes de lecture

Gladys sort ou cache sa croix, en fonction, aujourd’hui on navigue de repas de famille en repas de famille pour la chasse aux œufs des petits. Victor et Coralie forment un couple magnifique. Jessica et Jenna aussi, la terriblement blonde et la terriblement brune. Misha, toute orthodoxe qu’elle est, s’est déguisée en sœur de son obédience pour rester avec Pauline au couvent pour la messe et plus car affinités pendant que Philippine est invitée à consoler Diana chez elle. Pendant ce temps, Gladys me promène sur sa monture de maison en maison. Ma tenue de bikeuse me vieillit mais je la tombe vite pour afficher ma robe légère tellement il fait beau et chaud aujourd’hui. Gladys, elle, assume et rayonne de force et d’amour droite dans ses bottes en me trimballant comme sa fille immature en chaussures de sport assorties à ma robe blanche. Derrière les arbres du jardin on s’embrasse pour faire rire les enfants qui cherchent les œufs et tombent sur nos bisous. Face à la famille de Gladys, au premier abord, ma tresse arc-en-ciel et ma croix catholique refroidissent un peu mais j’arrive vite à les réchauffer par ma gentillesse, ma politesse, mon respect et tout mon amour qui se reflète sur une Gladys envoûtée qui rassure tout le monde. Heureusement, elle a remis son étoile de David en cachant l’autre dans son dos. Pour tous je ne suis qu’une frasque éphémère de Gladys, prête à être oubliée. On verra. Peu importe. Aujourd’hui, c’est le bonheur. Demain, c’est encore Pessa’h chez Gladys où je discute à table avec une dame, brune, la trentaine : Sarah.

  • Mon jumeau est avec la grande gazelle basanée. Moi je suis avec son jumeau à elle. Et les bambins, c’est les nôtres, fille et garçon, garçon et fille, dans cet ordre, fini les jumeaux, on a dû accoucher deux fois.
  • Gladys n’est pas la seule à ne pas respecter les traditions. Ils sont catholiques, les basanés ? Ça ne se voit presque plus vos enfants.
  • Même pas cathos, juste rien, athées. On s’est rencontrés à un speed dating de faux jumeaux divergents, bien trop proches l’un de l’autre. On s’est mis avec les moins compatibles pour avoir un alibi et continuer à faire nos affaires sans êtres tentés. On se revoyait une fois par semaine. Les premiers enfants, on les a fait en PMA. Ça a tout changé.
  • Les suivant ont été conçus au naturel, je suppose. Vous avez succombé. Ça vous a guéri de vos jumeaux. Vous vous revoyez quand même ?
  • Très occasionnellement. C’est plus pareil. On est tristement guéris.
  • Vous devriez vous revoir tous les quatre ensemble. Pour voir.

Sarah me sert des bulles et on trinque. Gladys me lève pour une danse.

xoxo

Analyse

Ce chapitre dépeint un moment de vie familiale élargie, où les multiples constellations amoureuses se répartissent entre les différents repas de Pâques. La "chasse aux œufs" des petits enfants, les déplacements à moto, les tenues qui s'adaptent aux circonstances — tout cela crée un tableau de normalité apparente, traversé par des tensions invisibles (la croix cachée, l'étoile de David remise). La conversation avec Sarah, une inconnue rencontrée chez Gladys, introduit une réflexion en abyme sur les couples de jumeaux, les PMA, les arrangements familiaux, la "guérison triste".

Symbolique

- La répartition des couples : Chacun a trouvé sa place pour les fêtes. La constellation s'est stabilisée, chaque relation a son territoire.

- La tenue de bikeuse : Le contraste des tenues dit leur différence d'âge et de rôle : Gladys est la mère, Béa l'enfant.

- La conversation avec Sarah : Cette inconnue raconte une histoire en miroir de celle de Béa et Gladys. Les "faux jumeaux divergents", le speed dating, l'alibi, la PMA, puis la conception naturelle, la "guérison triste" — tout cela évoque la difficulté à faire coexister un amour véritable avec des arrangements sociaux. La proposition de Béa est une provocation douce, une tentative de réconciliation des contraires.

- La danse : Gladys lève Béa pour une danse, sur fond de bulles servies par Sarah. L'instant est léger, presque banal. Le bonheur du présent est célébré, l'avenir est incertain.

Conclusion

La vie est faite d'arrangements. Les identités se cachent ou s'affichent selon les circonstances. Gladys remet son étoile de David, cache sa croix. Béa sourit, est polie, respectueuse. La "frasque éphémère" est une fiction acceptable pour la famille. Mais l'amour, lui, n'est pas éphémère. Il est dans les bisous derrière les arbres, dans la danse, dans les bulles partagées. L'histoire de Sarah est un miroir : des jumeaux qui s'aiment, des arrangements, des enfants conçus en PMA puis au naturel, une "guérison triste". La proposition de Béa ("tous les quatre ensemble") est une tentative de dépasser la tristesse, de réconcilier ce qui a été séparé. Aujourd'hui, c'est le bonheur. Demain, on verra.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 3 versions.

Vous aimez lire Chris Morg ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0