173 - dans sa couche

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On s’aime tellement que si j’étais un gars, elle tomberait enceinte de moi, ou moi d’elle. J’ai bien un frère qui traîne pour servir de donneur et elle a le sien aussi pour moi, l’avantage des grandes familles où les filles s’aiment à pouvoir se procréer leur propre descendance génétique. Je rêve. On n’en est pas là, pas encore. Oublions le futur et vivons notre présent, comme un cadeau permanent.

  • Béa, avec Misha, Philippine et Pauline tu m’as présenté tes correspondantes de l’Est, de l’Ouest et du Sud. Et pour celle du Nord ?
  • C’est la meilleure. Ingrid Andersson, 23 ans, interne en psychiatrie, agente du MUST. Elle a l’âge et le physique de son activiste nationale.

On dirait même la vraie quand elle nous reçoit, Gladys et moi, chez elle, au 14 rue Saint-Honoré pour une salade de printemps accompagnée d’un rosé pamplemousse. Mais on est venues en moto et c’est tolérance zéro pour les jeunes conductrices. Ingrid prépare alors une limonade maison et on s’installe en terrasse sous le soleil.

  • Tu ne travailles pas aujourd’hui ?
  • Je suis de nuit. Là, j’étais juste en train de réviser les protocoles chimiques préconisés en fonction de l’âge des patients. Je travaille beaucoup plus depuis que tu n’es plus là. Maintenant je comprends pourquoi, tu es très belle, Gladys.

Ingrid aussi, elle s’est encore coupée les cheveux et cette fois-ci sa frange lui va à merveille. Elle fait un peu garçonne mais elle n’est pas moins attirante, dans son genre. Sa poitrine, sans soutien, est mieux mise en avant dans sa robe légère. Je pense qu’elle n’a pas de culotte non plus. Gladys se mord la lèvre inférieure en admirant Ingrid qui lui plaît beaucoup. On parle de tout et de rien, Ingrid descend la moitié de la bouteille mais elle tient bien l’alcool. Gladys me demande du regard si elle peut s’approcher plus d’elle. On y va ensemble et on la couvre de bisous. Ma main me confirme que ses fesses son à nu. On lèche sa bouche qui passe de la mienne à celle de Gladys. Ingrid se lève et on la suit à l’ombre de son lit où sa robe vole pour nous offrir son corps qu’on s’applique à lécher dans ses moindres recoins. Je les regarde s’embrasser avec passion et elles me ramènent entre elles pour se goûter à travers moi. Une sacrée rencontre entre les deux, aussi forte que dans mes souvenirs. Ingrid est toujours aussi magique quand elle fait l’amour où elle est une autre, encore plus autiste mais complètement impliquée dans son plaisir à partager avec l’autre, les autres en l’occurrence, nous, dans sa couche.

Analyse

Ce chapitre élargit la constellation amoureuse en intégrant Ingrid, la "correspondante du Nord", dans le cercle intime de Béa et Gladys. La scène est d'une douceur rare : un déjeuner en terrasse, une limonade maison, puis une lente progression vers l'intimité à trois. Ingrid, l'autiste asexuelle devenue amante de Béa (chapitre 149), séduit immédiatement Gladys. Le chapitre célèbre la circulation du désir entre les femmes du réseau, sans jalousie, dans un esprit de partage et de découverte mutuelle.

Symbolique

- La procréation par les frères : L'évocation du frère donneur est un rêve, une projection dans un futur hypothétique. L'avantage des "grandes familles" où les filles s'aiment est de pouvoir "se procréer leur propre descendance génétique" avec le patrimoine de leurs frères respectifs comme outil au service de l'amour lesbien, une manière de contourner les limites biologiques. Mais "on n'en est pas là, pas encore". Le présent prime.

- Les correspondantes géographiques : Le réseau des fantômes couvre l'Europe : Misha pour l'Est, Philippine pour l'Ouest, Pauline pour le Sud, Ingrid pour le Nord. Chacune a sa spécialité, son territoire. Le réseau est une contre-géographie, une Europe intime parallèle à l'Europe officielle.

- Ingrid comme sosie de Greta : La référence à "son activiste nationale" (Greta Thunberg) est explicite. Ingrid a "l'âge et le physique" de la célèbre militante écologiste. Le détail n'est pas anodin : Ingrid est une "vraie" Greta, une copie conforme, une légende vivante. Son authenticité est double : elle est elle-même et elle est l'autre.

- La limonade et le rosé : L'alcool est refusé (la moto, la tolérance zéro), remplacé par une limonade maison. Le soin, l'attention, la convivialité sont dans les détails. Ingrid "tient bien l'alcool" (elle en boit, pas elles). Les règles sont claires, respectées.

- Le regard de Gladys : Gladys se mord la lèvre inférieure en admirant Ingrid. Le désir est immédiat, reconnu, partagé. Béa ne le vit pas comme une menace, mais comme une évidence. Elle demande confirmation du regard, puis ensemble, elles couvrent Ingrid de bisous.

- L'absence de culotte : Le détail (Ingrid n'a pas de culotte) rappelle la disponibilité permanente des corps dans l'univers du roman. La pudeur n'existe pas, ou plutôt elle est déplacée : ce qui compte est la transparence, l'absence de barrières.

- La magie d'Ingrid : Son autisme, loin d'être un handicap, devient une qualité : L'intensité de sa présence absente dans un autre monde, sa capacité à se donner entièrement, est ce qui la rend magique.

Bilan

- Béa : Elle est la passeuse, celle qui présente Ingrid à Gladys, qui orchestre la rencontre. Son regard est bienveillant, presque maternel. Elle regarde Gladys et Ingrid s'embrasser "avec passion", puis les rejoint. Elle est le point fixe autour duquel les désirs circulent.

- Gladys : Elle est conquise par Ingrid. Son désir est immédiat, physique. La morsure de la lèvre inférieure est un signe de trouble, d'admiration. Elle accepte la proposition de Béa, se laisse guider. Son plaisir est dans la découverte, dans l'échange.

- Ingrid : Elle est l'hôtesse, la "correspondante du Nord". Son autisme, sa beauté androgyne (cheveux courts, frange, poitrine sans soutien, absence de culotte) en font une figure fascinante. Elle boit, elle révisait des protocoles chimiques, elle est de nuit. Sa vie professionnelle (interne en psychiatrie) contraste avec l'intimité partagée.

Conclusion

Le réseau des fantômes est une Europe intime. Chaque correspondante a son territoire, sa spécialité, sa beauté. Ingrid est celle du Nord, la sosie de Greta, l'autiste magique. Le désir circule entre elles sans jalousie, sans possession dans une atmosphère de douceur, de confiance, d'abandon. L'évocation des frères donneurs est un rêve, une projection lointaine. Le présent, lui, est un "cadeau permanent". Et ce présent, c'est l'amour partagé, la découverte de l'autre, la magie d'Ingrid. L'amour ne se divise pas, il se multiplie.

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