175 - nouer un contact
Mon stage de seconde est du 15 au 26 juin. Comme Kaori a disparu, j’ai refilé le mien à une élève qui n’arrive pas à en trouver, ça lui ira très bien, mieux que moi. Je ne suis plus sûre de vouloir non plus rempiler à Vaillant. Jessica reste sur son stage d’assurance de l’immobilier sacré. Je demande à Claude de me décrocher un stage d’observation à la Mairie de Dijon, service communication avec une tournée de toutes les publications, métropole, département et région incluses avec un passage au Bien Public, le tout centré sur l’écriture car le reste (infographie, photographie, vidéo, web, réseaux sociaux) n’est qu’une décoration de support au propos écrit, je suis en mode hypokhâgne au lycée Carnot après le Bac, il me faut mes 14,5 de moyenne générale pour y arriver même si venant de Gol2, qui a un niveau trop élevé, il y a une tolérance vers le bas. C’est une sécurité. Avec mon mode de vie je peux vite décrocher scolairement, il faut limiter les dégâts pour ne pas compromettre le profil de ma future légende. Je zappe ma planification pour en revenir à mon présent de vacancière de seconde au printemps de la floraison de mes passions intrinsèques, j’ai envie de me faire butiner mais je n’intéresse aucun garçon, les autres sur le marché sont bien plus attrayantes que moi sauf si je tombe sur un déviant qui aime bien les petites filles. Mais je ne fais rien sans Gladys qui est loin d’être vierge aussi.
- Mon amour, si tu as envie de te faire troncher, ne le fais pas sans moi.
- Si il y a un mec qui te plaît, je veux bien étudier la question.
On passe en mode chasse. Il nous faut un faux mâle, un gentil. Pas au lycée : no zob in job. Ou alors, un vieux de pouvoir. Pourquoi pas le président de la métropole, histoire de rajouter du piment à son âme, histoire de consoler le papy qui a survécu à ses multiples cancers ? Je me le garde sous le coude pour assaisonner mon stage. Je vais laisser Gladys choisir. Je ne peux rien lui demander directement mais elle peut me proposer indirectement de rentrer en contact, avec l’ennemi suprême, en choisissant de me présenter son homologue fantôme du nouveau monde.
- Béa, c’est pas toi qui veut travailler à la Banque de France plus tard ?
- Mince, ils sont infiltrés jusque là ? Pourquoi ça ne m’étonne pas ?
- J’ai fait mon stage de troisième et de seconde avec lui. Ça a été, hot et j’étais une vraie chienne à l’époque. Voilà sa fiche Linkedin.
Un Business Analyst Tests Fonctionnels T2S. Ça ne s’invente pas. Le CV de sa légende est d’un ennui abyssal, aussi. Il fait plus jeune que son âge. Ça me dit bien que ma lionne de Gladys me ramène à lui en chair fraîche d’offrande à quelques galipettes histoire de nouer un contact.
Analyse
Ce chapitre marque une pause dans les vacances de printemps et la préoccupation des obligations (stage de seconde, projet d'hypokhâgne). Béa renonce à son stage chez Kaori (disparue) et à la caserne Vaillant, pour se tourner vers un stage d'observation à la mairie de Dijon, centré sur l'écriture. La "chasse" à un "faux mâle, un gentil" réactive la dimension stratégique de leur sexualité : il s'agit de nouer des contacts utiles, d'infiltrer les réseaux de pouvoir. Le candidat retenu (un Business Analyst de la Banque de France, ancien contact de Gladys) est présenté comme une "offrande" à offrir en échange d'un accès.
Symbolique
- Le renoncement au stage : Kaori a disparu, Vaillant ne tente plus Béa. Le réseau des fantômes se resserre, certaines branches se coupent. Le stage à la mairie, centré sur l'écriture, est un choix stratégique pour préparer l'hypokhâgne, pour construire la "légende" de Béa, son identité officielle. La note de 14,5 de moyenne est une sécurité, une exigence minimale pour ne pas compromettre l'avenir.
- La chasse au mâle : L'expression est crue, assumée. Béa et Gladys ne cherchent pas un amant, elles cherchent un "faux mâle, un gentil" à utiliser. "No zob in job" (pas de sexe au travail) est la règle, mais un "vieux de pouvoir" (le président de la métropole) est envisagé comme une cible. La sexualité devient un outil de réseautage, une monnaie d'échange.
- L'offrande à Gladys : Béa se propose comme "offrande" pour le contact que Gladys a déjà utilisé. La relation de pouvoir est inversée : Gladys a déjà été "une vraie chienne" avec cet homme, elle connaît le terrain. Béa sera "la chair fraîche" qui renouvelle le contact. La jalousie est absente, remplacée par une complicité stratégique.
- Le CV comme légende : Le CV de l'homme est "d'un ennui abyssal". La banalité est une couverture. Un Business Analyst Tests Fonctionnels T2S — le titre est absurde, mais c'est précisément ce qui le rend inoffensif, invisible. Il "fait plus jeune que son âge", comme Béa, comme Gladys. Les fantômes se reconnaissent.
- La Banque de France infiltrée : La révélation que la Banque de France est "infiltrée" par les réseaux de fantômes est un clin d'œil à l'ambition de Béa (travailler aux finances publiques, chapitre 112). Le monde de l'argent, comme le monde du renseignement, est poreux, traversé par des allégeances invisibles.
Bilan
- Béa : Elle est dans une phase de recentrage stratégique. Le stage, les notes, l'hypokhâgne — tout cela construit la "légende" qui protégera son activité secrète. Sa proposition de se faire "butiner" par un garçon est immédiatement conditionnée par Gladys ("ne le fais pas sans moi"). La chasse au mâle est un jeu à deux, une aventure partagée.
- Gladys : Elle est l'ancienne, celle qui a déjà exploré ce territoire. Son expérience avec l'homme (son stage de troisième et de seconde) est un atout. Elle propose indirectement, laissant Béa deviner. La "lionne" ramène sa "chair fraîche" à l'ancien contact, renouvelant ainsi une alliance.
Conclusion
La sexualité est une arme, un outil de réseautage, une monnaie d'échange. Béa et Gladys ne cherchent pas un amant, elles cherchent un contact, un "faux mâle" qui pourra leur ouvrir des portes. Le "vieux de pouvoir", le président de la métropole, le Business Analyst de la Banque de France — tous sont des cibles potentielles. L'offrande de Béa à Gladys (se donner à l'homme que Gladys a déjà connu) est un acte de confiance et de stratégie. Le réseau des fantômes s'étend aux institutions financières, aux collectivités locales, aux médias (le Bien Public). Partout, des infiltrés. La "légende" de Béa (ses études, son stage, son futur métier) est la couverture qui lui permettra de rester invisible tout en agissant. Le présent des vacances est un répit, mais la rentrée approche, avec ses obligations et ses opportunités. La chasse est ouverte.

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