180 - un chargeur plein

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Jour et nuit avec Gladys, en couple mal assorti on se complète, on s’emboîte, chaque jour je renais d’entre ses cuisses qui pousse ses orgasmes en moi qui les relâche par un cri de nouvelle née de son amour telle une célébration occulte où nos religions et le reste se mêlent et s’emmêlent telle deux semelles qui nous offrent le confort vers la marche de nos destins communs, ensembles pour toujours et à jamais. La semaine a été très active pour moi et demain, c’est déjà le dernier week-end avant la rentrée. Alors on s’offre une dernière pause en regardant Alien 5 sur Netflix et Alien 6 sur Prime pour se mettre à jour et pouvoir regarder Cailee Spaeny dans le 7.

  • L’être vivant parfait n’a rien de sympathique.
  • Nous sommes l’art d’être imparfaites.

J’ai pas envie de retourner au lycée. On peut disparaître, sans laisser de traces, juste Gladys et moi. Échapper à l’alien. Ou continuer de faire semblant. Pas de vagues. Jouer notre rôle, le vrai et le faux. Alors personne n’a à nous faire la leçon. Philippine a besoin de moi. Elle n’arrive pas à convaincre certains OQTF de partir. C’est ma qualification d’accident regrettable. Les pompiers n’arrivent pas à passer pour éteindre et sauver quatre cibles dans une voiture. C’est beaucoup plus efficace qu’une prière d’un monde en paix de voir disparaître des parasites, avec beaucoup d’argent et de drogue dans les cendres également. Il y a en d’autres qui seront aussi peut-être retrouvés un jour au fond de la Saône, notre lac Léman à nous. J’arrive plus à tenir les comptes. Ils étaient pas tous le même nombre dans chaque voiture. Mais personne n’est mort noyé. Je ne m’étais jamais rendue compte de l’efficacité des roquettes perforantes au phosphore blanc. Mieux vaut ne pas survivre à ça. Notre clémence est une bénédiction pour nos cibles. Dans les rapports, on parle d’une nettoyeuse. Je crois qu’il s’agit de moi. Je dois repasser par Vaillant pour me mettre en uniforme et échanger ma Def Nat contre la médaille de la Défense Nationale Or avec étoile de bronze. J’en ai trois autres qui attendent d’être portées à ma majorité par ma légende, sans doute. Si je fais toujours aussi jeune, il y a déjà plein de projets pour moi, ambiance 21 Jump Street. Plus d’une médaille par jour de mission, on peut dire que je suis une agente dormante efficace pour une fantômette qui n’existe pas. La devise de la maison est simple : « Il ne s’est rien passé du tout. » On est toutes d’accord avec ça, hiérarchie comprise. La faim justifie les moyens et j’ai la dalle. Si la violence ne résout rien, c’est qu’on a pas tapé assez fort. On ne ment jamais, c’est la vérité qui se trompe. Mes cibles jouent toutes seules à la roulette russe avec un chargeur plein.

Analyse

Ce chapitre est l'un des plus sombres du roman. Il juxtapose l'intimité amoureuse avec Gladys (la renaissance "d'entre ses cuisses", la célébration occulte) à la violence crue des missions d'élimination. Béa évoque les "roquettes perforantes au phosphore blanc", les cibles brûlées vives dans leurs voitures, les corps disparus au fond de la Saône. Elle se reconnaît comme "nettoyeuse". La médaille de la Défense Nationale Or avec étoile de bronze est une récompense pour ces actions. La devise ("Il ne s'est rien passé du tout") est un rappel que leur existence officielle est une fiction, même pas, une vague légende.

Symbolique

- La renaissance par l'orgasme : "Chaque jour je renais d'entre ses cuisses." L'image est puissante : la naissance est un acte sexuel, l'orgasme est une venue au monde. Les religions (judaïsme, christianisme, paganisme) se mêlent dans cette célébration occulte. L'amour est un syncrétisme, une fusion.

- Alien comme métaphore : L'être vivant parfait (le xénomorphe) "n'a rien de sympathique". Béa et Gladys sont "l'art d'être imparfaites". Contre la perfection monstrueuse (la violence pure, l'efficacité mortelle), elles opposent leur imperfection assumée, leur humanité, leur fémunité.

- La tentation de la disparition : "On peut disparaître, sans laisser de traces, juste Gladys et moi." Le fantasme de l'évasion, de l'abandon du rôle social, est immédiatement contredit par la réalité des missions. Philippine a besoin d'elle. Le devoir la rappelle.

- Les OQTF : Les "cibles" sont des Obligations de Quitter le Territoire Français (déjà évoquées au chapitre 111). La rhétorique officielle (expulsion) est remplacée par une élimination physique. "Notre clémence est une bénédiction" — l'ironie est glaciale. Mieux vaut mourir brûlé vif que survivre à une roquette au phosphore blanc.

- La nettoyeuse : Béa se reconnaît dans ce titre. Les rapports parlent d'elle. La violence est légitimée par l'institution, décorée.

- 21 Jump Street : La référence à la série/film où des jeunes policiers infiltrés dans les lycées est ironique. Béa, qui "fait toujours aussi jeune", est une candidate idéale pour des missions d'infiltration. Son apparence est une arme.

- La roulette russe : "Mes cibles jouent toutes seules à la roulette russe avec un chargeur plein." La formule est une litote terrible : elles n'ont aucune chance. Le jeu est truqué. La violence ne résout rien, "c'est qu'on a pas tapé assez fort". La maxime est une justification, un aveu, un hommage aussi à Chuck Norris mort depuis peu.

Bilan

- Béa : Elle est partagée entre l'amour (la renaissance d'entre les cuisses de Gladys) et la violence (les missions d'élimination). La médaille d'or est une reconnaissance officielle de son efficacité meurtrière. Son ton est froid, détaché, presque professionnel. La "faim justifie les moyens".

- Gladys : Elle est présente dans l'intimité, mais absente de la partie violente. Son rôle est d'être le refuge, le lieu de la renaissance. Elle est la vie, pendant que Béa est la mort.

- Philippine : Elle a besoin de Béa pour "convaincre" les OQTF de partir. La "conviction" est une élimination. Philippine est la hiérarchie, la donneuse d'ordres.

Conclusion

L'amour et la violence sont les deux faces d'une même médaille. Béa renaît entre les cuisses de Gladys, et elle tue au nom de la France. La médaille d'or avec étoile de bronze récompense cette double vie. La devise ("Il ne s'est rien passé du tout") est un mensonge officiel, mais une vérité intime : leur existence n'existe pas. Les cibles jouent à la roulette russe avec un chargeur plein. La "clémence" de Béa est une mort rapide (ou du moins plus rapide que l'alternative). La logique est implacable. Le chapitre est un vertige : l'amour le plus pur côtoie la mort la plus crasse. Béa est à la fois déesse de la vie et faucheuse. Les deux rôles sont inséparables.

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