183 - pleines de promesses

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C’est plus pareil. Ma perception de la réalité est différente. Autour de moi tout le monde croit et j’ai perdu la foi, de parcoursup, de l’écrit blanc, du stage à trouver, chaque classe d’âge a sa fiction à gérer.

  • Je suis inscrite pour un stage dans le monde de la presse écrite et imprimée de l’agglomération capitale de région. J’ai pris l’habitude de collectionner toutes les publications, je récupère même le bien public chez ma grand-mère, pas chez papy parce que à chaque fois il essaye de me toucher là où il faut pas.

Ça fait rire toute la classe et ça met mal à l’aise le professeur d’histoire qui demande à me voir après les cours pour me faire la leçon.

  • Ça mérite une heure de retenue pour propos déplacé.
  • Je vais la mettre à profit pour diffuser la bonne parole, celle des statistiques, celles du 119, celles de mon groupe de parole où les victimes sont devenues déviantes, comme moi.

Mais rien ne se passe. Mon prof est intelligent et il me connaît, il me fait confiance même. D’ailleurs, la porte est fermée, il a même pas peur. Ou alors c’est moi qui devrait avoir peur ?

  • C’est juste un avertissement. Que ça ne se reproduise plus.
  • Il y a une chance sur deux pour que vous soyez aussi une victime.
  • Comme pour tout. Zéro ou un. Pile ou face. Vrai ou faux.
  • Vous avez raison. Je ne suis pas de taille. Merci, monsieur.

Je me lève, sans son autorisation et je m’approche doucement de lui. Il recule pour garder sa distance d’intimité mais il bute contre le bureau alors je m’arrête pour ne pas l’acculer, j’aime bien ce verbe. Je m’amuse à le conjuguer à tous les temps dans ma tête. La peur est de son côté. Je l’épargne en me glissant vers la sortie. Je manœuvre la poignée de la porte mais je fais comme si le verrou était actif et je commence à la secouer puis j’arrête et je me retourne avec un air de panique mais ça le fait rire. Je reste collée à la porte et il s’approche, tout près et actionne la poignée mais ça s’ouvre vers l’intérieur et je ne peux que me coller à lui pour ouvrir le passage. Je me baisse et je passe sous son bras pour ressortir de ce piège en lui souriant avant un clin d’œil d’au revoir. Il sent super bon. Un parfum d’excellente facture qui ne se propage pas et qui reste sur lui. Marié. Deux enfants. Un amant qu’il voit en cachette parce que c’est un de ses élèves. Il est à voile et à vapeur dans la région de France la plus éloignée de la mer mais il ne dirait pas non, non plus au souffle de ma jupe qui sous mon string laisse apparaître la courbure de mes fesses pleines de promesses.

Analyse

Ce chapitre marque le retour au lycée et la reprise du jeu de séduction avec les figures d'autorité. Béa, qui a "perdu la foi" dans les fictions sociales (Parcoursup, les stages, les examens), provoque en classe avec une allusion familiale sordide et intime. La confrontation avec le professeur d'histoire est un face-à-face tendu où le pouvoir vacille : Béa manipule, joue la panique, se colle à lui pour ouvrir la porte. La révélation finale est un retournement : le chasseur est aussi une proie.

Symbolique

- La perte de la foi : Béa a perdu la foi dans les fictions collectives (Parcoursup, les stages, les examens). Chaque classe d'âge a "sa fiction à gérer". La lucidité est un isolement : autour d'elle, "tout le monde croit".

- La provocation en classe : L'allusion au grand-père qui tente de la toucher est une bombe. La classe rit, le professeur est mal à l'aise. La retenue est une formalité, un prétexte.

- Le face-à-face avec le professeur : La porte fermée, le professeur "n'a même pas peur". Béa joue la panique, se colle à lui, passe sous son bras. Le jeu de pouvoir est inversé : "La peur est de son côté."

- Le parfum : "Il sent super bon. Un parfum d'excellente facture qui ne se propage pas et qui reste sur lui." Le détail olfactif est une signature, une intimité.

- La révélation : Marié, deux enfants, un amant élève. Le professeur est "à voile et à vapeur" (bi). La région la plus éloignée de la mer (la Bourgogne) n'empêche pas les désirs. Béa devine qu'il ne dirait pas non "au souffle de ma jupe".

Conclusion

Le pouvoir est une danse. Béa et le professeur d'histoire se mesurent, se jaugent, se frôlent. La porte fermée, le verrou qui n'en est pas un, la panique jouée — tout cela est un théâtre. Le professeur sent "super bon", mais son secret le fragilise. Béa a perdu la foi dans les fictions scolaires, mais elle n'a pas perdu son talent pour la manipulation. La courbure de ses fesses est une promesse, et le professeur ne dirait pas non. Le jeu continue.

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