185 - social et autre
L’explosion de l’usine AZF en septembre 2001 n’était pas un attentat, tout comme l’incendie de Notre-Dame en 2019. L’opération Harmattan était justifiée en 2011. La République n’a pas tremblé pendant les gilets jaunes en 2018 et 2019. Les confinements de la Covid étaient justifiés, surtout la vaccination. Dieu existe et les extra-terrestres n’existent pas. Il y a une justice. On peut faire confiance à tous ceux qui ont travaillé pour Nicolas Sarkozy. Dieudonné est une bête immonde. Israël va gagner la paix. Epstein n’a rien fait de mal, en France. Nous allons tous survivre. Je continue ? La liste est longue et notre histoire paraît si courte, de quoi écrire une nouvelle, à peine. Pour nous distraire, Ingrid nous demande de participer à des lectures en musique d’autoportraits dans un événement culturel à la Chartreuse. On souhaite bon courage à Sofia et Misha pour leur écrit blanc de français, elles qui ne le sont même pas, c’est drôle. Après, pour leur petit bac de maths le 13 juin, elles ne sont pas non plus mathématiciennes. Cette épreuve est nouvelle, aucune académie n’est vraiment prête. C’est le « yaka focon » des ministères qui changent tout le temps de ministre. L’important, c’est l’effet d’annonce et il faut y croire, comme Artemis 2 qui tente de nous démontrer que si, si, on sait aller sur la Lune. Ah bon. Et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier alu. Chacun sa vérité dans le mensonge ambiant. Tous les matins on se lève en décidant du scénario de nos propres vies, c’est le pouvoir des forts contre les faibles qui subissent et on subit les règles de la République démocratique locale dans l’Europe des 28 qui en fait compte 44 pays dans le Conseil de l’Europe où il en manque 7 qui prétendent à l’être. Et la France dans tout ça ? Laquelle ? La métro, les drom avec ou sans les territoires ? Ma France à moi, c’est PDL, Paris Dijon Lyon. Le reste me paraît loin et ailleurs. Voilà de quoi on parle pendant l’amour avec le prof d’Histoire. Je lui ai mis une capote avant de le chevaucher. Je fait durer le plaisir sans même me stimuler. Lui non plus ne me touche pas, ni les fesses, ni les seins. Je ne fais que danser sur son plaisir. Pas de sentiment. Pas de cochonneries non plus. Ça reste clinique. Je suis devenue casher depuis Gladys.
- Alors, vous me mettez, combien, sur 20 ?
- L’épreuve n’est pas terminée. C’est un oral blanc. C’est pas noté.
Je ralentis et j’arrête. Lui comme moi, on a d’autres façons de jouir. Il ramollit. Je me retire. Je remonte ma culotte et il range son outil. J’ai échoué à l’examen. J’ai pas le profil sciences Po. On n’est pas du même monde, sexuel, social et autre.
Analyse
Ce chapitre est un triptyque : d'abord une litanie de vérités officielles contestées (AZF n'était pas un attentat, l'incendie de Notre-Dame non plus, Harmattan justifiée, etc.), énoncées sur un ton mécanique qui les expose comme autant de mensonges. Puis une scène de préparation aux examens (Sofia et Misha passent l'écrit blanc de français et préparent le "petit bac de maths"), avec une critique de l'incompétence ministérielle. Enfin, une scène sexuelle avec le professeur d'histoire, froide, clinique, sans sentiment, où Béa se compare à Gladys ("je suis devenue casher") et échoue à son "examen oral".
Symbolique
- La litanie des vérités officielles : La liste est une provocation. Chaque affirmation (Dieu existe, les extra-terrestres n'existent pas, Israël va gagner la paix, Epstein n'a rien fait de mal en France, etc.) est énoncée comme un fait, mais le contexte ironique (et l'accumulation) les expose comme des mensonges ou des illusions. Le "mensonge ambiant" est le cadre de leur existence.
- L'incompétence des ministères : Le "yaka focon" (il n'y a qu'à, il suffit de) moque les effets d'annonce. Les ministres changent, les épreuves sont nouvelles, personne n'est prêt. Artemis 2 (la mission lunaire) est une autre fiction, comme la marmotte qui met le chocolat dans le papier alu. "Chacun sa vérité dans le mensonge ambiant."
- Le sexe clinique : La scène avec le professeur d'histoire est à l'opposé des ébats passionnés avec Gladys. Béa lui met une capote, le chevauche sans se stimuler, ne le touche pas, ne se fait pas toucher. Le sexe devient une prestation, un oral blanc.
- "Je suis devenue casher depuis Gladys" : La formule est un clin d'œil à l'identité juive de Gladys. Être "casher", c'est suivre des règles, des interdits. La relation avec Gladys a purifié Béa, lui a donné une discipline. Ce qui était auparavant sauvage (les ébats avec Victor, Gouges, Dior, Quentin) est devenu ritualisé.
- L'échec à l'examen : Le professeur lui demande une note sur 20. L'épreuve n'est pas terminée, mais Béa arrête. La séduction est ratée, le jeu est fini.
Bilan
- Béa : Elle se définit par rapport à Gladys. Son corps est désormais soumis à des règles. La scène avec le professeur est une prestation, un test qu'elle échoue volontairement. Elle n'est "pas du même monde" que lui.
- Le professeur d'histoire : Il est l'examinateur, celui qui note. Sa mollesse physique accompagne l'échec de la communication. Il range son outil, elle remonte sa culotte. Il ne s’est rien passé, du tout.
- Sofia et Misha : Elles sont évoquées, préparant des examens qu'elles ne maîtrisent pas. Leur présence en arrière-plan rappelle que la vie scolaire continue, absurde, mal préparée.
- Ingrid : Elle propose des lectures musicales d'autoportraits à la Chartreuse. La culture comme distraction, comme autre manière de dire "qui suis-je ?" au milieu de monde de dingues ?
Conclusion
Le mensonge ambiant est le cadre de toute existence. Les vérités officielles sont des fictions nécessaires. Béa les énumère sur un ton mécanique, les exposant comme ce qu'elles sont : des croyances collectives, pas des faits. Dans ce monde de mensonges, chacun choisit sa vérité. La France de Béa est réduite à trois villes, le reste est ailleurs. L'échec avec le professeur d'histoire est un échec voulu : elle n'est pas du même monde que lui. Être "casher" depuis Gladys, c'est avoir accepté une discipline, une règle. Le sexe clinique, sans sentiment, sans cochonneries, est une prestation ratée. Mais l'échec est une libération : elle n'a pas besoin de cet examen-là. D'autres examens, d'autres épreuves, l'attendent. Le mensonge ambiant continue, et elles, les fantômettes, dansent sur ses ruines.

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