190 - votre jeu aussi

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Les devoirs sont faits. Les exposés sont prêts. J’arrête de prendre de l’avance sur mon doctorat, je ne soutiendrai certainement pas ma thèse sur la fin de notre civilisation. Le soleil est revenu et je suis libre, jeune et fraîche comme la rosée du matin, consciente de ma condition même et surtout après ma méditation transcendantale quotidienne. Avec les filles dans le grenier, j’observe le spectacle magnifique de la vanille qui se mélange au chocolat, Jessica et Jenna sont vraiment belles et faites l’une pour l’autre. J’immortalise leur amour et je leur envoie les images. Leurs smartphones vibrent et twittent, je résiste à l’envie de les rejoindre, rester spectatrice, respecter Gladys la grande absente prise par ses obligations d’adulte responsable. Elles arrêtent de s’embrasser pour me regarder. Comment ne pas succomber à leur doléance ? Jenna se retrouve avec deux blondes en stéréo d ans la douceur naturelle de nos ébats innocents de jeunes filles, du plaisir sans conséquence, assumé. On en profite avant de devenir comme toutes ces mamans de lotissements à essayer de gérer nos progénitures, à supporter le divorce et les problèmes, on est avant tout ça, ensemble et fortes, sûres et certaines de ne jamais avoir une vie de merde, aussi courte soit-elle, à en prendre tous les risques dans ce monde où la quantité prime que la qualité. Je suis réveillée par mon Mono R, le monolithe de renseignement, le smartphone midnight black. Ma comptable m’informe que mon identifiant et mon mot de passe a changé avec la mise à jour de MonaBanq. J’accède aux comptes pour choisir mon code de sécurité et paramétrer la lecture d’empreinte. Il y a encore un compte en plus et ils sont tous à 5 chiffres. Je fais quelques virements vers une banque chinoise. Leur monnaie est indexée sur l’or, c’est la plus sûre au monde. Je retrouve Gladys, qui ne m’a pas oubliée, je lui ai même manqué.

  • On peut pas se marier mais je peux peut-être t’adopter ?
  • T’en a rien à faire des convention sociales et des vrais papiers.
  • La vérité est ailleurs, à ce propos, mon ventre mouille ma culotte.
  • Je n’en ai pas. Enlève la tienne, je veux la sentir sur moi, en moi.

Et on commence ainsi les retrouvailles de nos corps. Au delà de son cul, je le vois dans son regard, je crois qu’elle m’aime dans son cœur. On va certainement souffrir de devoir se quitter un jour. Mais on s’en fout, nous on vit dans le présent, notre présent, comme un présent. Quid de son absence ?

  • Des démêlés avec la justice, maintenant que je suis majeure, j’ai des comptes à rendre. J’ai aussi déniaisé de trop jeunes garçons. Comme Jessica et toi, c’était votre jeu aussi.

Analyse

Ce chapitre est un moment de célébration et d'inquiétude. La scène au grenier avec Jessica et Jenna est un intermède sensuel. Mais le réveil par le "Mono R" ramène à la réalité : les comptes bancaires, les virements. Gladys, revenue de son absence, révèle ses ennuis judiciaires. Le parallèle avec Béa et Jessica est troublant, mais elles sont innocentes car par vues pas prises, il ne s’est rien passé du tout. La proposition d'adoption, rejetée, est une tentative d'institutionnaliser leur lien.

Symbolique

- La préparation au doctorat abandonné : "Je ne soutiendrai certainement pas ma thèse sur la fin de notre civilisation." L'ironie est amère. La thèse est prête dans sa tête, mais le futur est incertain. La fin de la civilisation, c'est maintenant.

- Les mères de lotissements : La projection dans l'avenir est grotesque, presque comique.

- Les comptes bancaires : Béa fait des virements vers une banque chinoise. L'argent des missions est placé à l'abri des effondrements occidentaux.

- La proposition d'adoption : Ce serait un simulacre, un papier. L'amour n'a pas besoin de papiers.

- L'aveu de Gladys : L'aveu est brutal. Gladys, comme Béa et Jessica, a joué le jeu de l'initiation. La justice s'intéresse à elle mais peu importe, il suffit d’avoir un bon avocat pour être innocente.

Bilan

- Béa : Elle est spectatrice, puis participante. Son corps est "libre, jeune et frais". Sa méditation transcendantale quotidienne lui donne une distance. Les comptes bancaires, la banque chinoise, le doctorat abandonné — tout cela montre une jeune femme qui gère son avenir financier et stratégique, même si elle vit au présent.

- Gladys : Ses démêlés avec la justice rappellent que ses pratiques passées sont illégales. Son aveu est une confession, une mise en garde.

Conclusion

Le présent est un cadeau ("présent"), mais l'avenir frappe à la porte. Les comptes bancaires, les virements vers la Chine, les démêlés de Gladys avec la justice — tout cela rappelle que le monde réel n'a pas disparu. Les "mamans de lotissements" (le futur banal) sont une menace comique. La proposition d'adoption est une tentative de sécuriser l'avenir, mais Béa la refuse. L'amour n'a pas besoin de papiers. La justice s'intéresse à Gladys. Béa, elle, est encore mineure, protégée par son âge. Le temps passe. Les devoirs sont faits, les exposés sont prêts. Le doctorat sur la fin de la civilisation n'aura pas lieu. La civilisation se termine sans thèse. Et elles, les fantômettes, continuent de danser.

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