193 - la grande ou la petite

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Tout est clair entre nous. Ingrid et moi. On se surprend cependant à se regarder d’amour. Après tout, je lui suis destinée. Mais en attendant, rien ne nous empêche de nous amuser à nous aimer. J’ai l’impression qu’elle me façonne et plus on est ensemble, plus je la comprends. Ingrid est magique, elle est mon monde, mon refuge, mon jardin d’Éden où je dédaigne à croquer sa pomme, intriguée par le serpent. Je préfère ses poires à la forme de ses seins que j’embrasse comme un rituel sacré, nos moments rien qu’à nous. Debout face à elle, on fait la même taille. On se correspond. Nos corps se parlent en braille par de fines caresses. Un moment de communion où nos bouches se respirent. Dans ces moments, on semble être la même entité, vivante. Nos identités, nos histoires, la réalité, tout paraît si loin que c’en n’est plus qu’une légende par rapport à notre vérité actuelle et présente de pleines consciences, la sienne et la mienne. Je reste dormir chez elle pour une nuit torride à se réveiller dans nos senteurs passionnelles qu’on mélange aux odeurs du petit déjeuner avant de passer sous la douche recommencer à s’aimer avant de s’apprêter en blanc pour aller à la Messe juste à pieds, juste à côté à Saint-Joseph où l’on est toujours dans le temps pascal à écouter Jésus nous dit qu’il est le Chemin et que la Vérité, c’est la Vie. Une pensée pour le Liban qui fête sa Notre-Dame sur le chemin du chaos, comme d’habitude depuis longtemps. Quand on rentre il fait toujours frais :

  • Ta Greta nous a mis la clim, dehors. C’est un Miracle.
  • Elle devrait venir en pèlerinage vivre notre refroidissement climatique.

Vu la nuit qu’on a passé, on n’y a pas trop contribué. Mais il suffit qu’un super volcan explose en Indonésie pour nous plonger dans un hiver de 70 ans, à regretter de ne pas avoir assez pollué. Par le CO2 de que dégage sur Ingrid, je contribue à alléger nos factures de chauffage à venir, vu le prix du gaz qu’on s’interdit d’acheter aux russes et dont le cours flambe depuis le blocage d’Ormuz. En attendant, j’assiste Ingrid dans la préparation de notre repas dominical, c’est le retour de la soupe, chaude à stimuler nos corps pour la sieste crapuleuse de l’après-midi que l’on passe aussi dans son jardin à attacher les rosiers alourdis de leurs fleurs qui éclosent de façon exponentielles comme un feu d’artifices en plein jour et au ralenti, à son rythme qui devient le nôtre. Bisous tout pleins, Ingrid est de garde à partir de 18H00 ce qui me laisse aussi du temps pour préparer mes affaires pour demain . Encore une semaine de 4 jours, c’est la bonne dose de référence de temps à perdre avant la retraite, cette promesse d’une vie après la mort, la grande ou la petite ?

Analyse

Ce chapitre est une déclaration d'amour à Ingrid, une célébration de la fusion des corps et des âmes. La phrase liminaire ("Tout est clair entre nous") établit une transparence absolue, qui n'exclut pas le "regard d'amour" – la surprise, l'émerveillement. L'Éden est réinventé : Béa préfère les poires d'Ingrid (ses seins) à la pomme du savoir. La messe dominicale, la soupe chaude, le jardin, les rosiers – tout cela est une liturgie intime, une vie à deux. La politique (Greta, le gaz russe, Ormuz, les super volcans) n'est qu'un bruit de fond, une menace lointaine. L'essentiel est dans la synchronisation des corps dans les rosiers du jardon dont le "rythme (...) devient le nôtre".

Symbolique

- La transparence et la surprise : "Tout est clair entre nous. On se surprend cependant à se regarder d'amour." La transparence n'exclut pas l'émerveillement. L'amour n'est pas une évidence, c'est une découverte continue.

- Le jardin d'Éden revisité : Béa "dédaigne à croquer sa pomme, intriguée par le serpent". Elle préfère les poires d'Ingrid. Le péché originel est détourné : ce n'est pas le savoir qui attire Béa, c'est le corps de l'autre, sa beauté.

- La même entité : La fusion des corps (même taille, braille par fines caresses, bouches qui se respirent) efface les identités, les histoires, la réalité. Seule compte la "vérité actuelle et présente".

- La messe à Saint-Joseph : "Jésus nous dit qu'il est le Chemin et que la Vérité, c'est la Vie." La liturgie chrétienne est un décor, un rythme. La vérité n'est pas dans les mots, elle est dans la vie partagée.

- Le miracle de Greta : "Ta Greta nous a mis la clim, dehors." La militante écologiste est ironiquement invoquée comme responsable du refroidissement climatique. Le "miracle" est une blague, mais il dit aussi l'absurdité de la situation : on se plaint du froid alors qu'on a besoin de chaleur.

- Le super volcan : L'hiver de 70 ans, le regret de "ne pas avoir assez pollué". La menace apocalyptique est détournée en ironie. Le CO2 qu'Ingrid et Béa dégagent (leurs respirations, leur amour) contribuera à alléger les factures de chauffage. L'amour est une solution à tous les maux, une ressource énergétique face à l’adversité.

- Le repas dominical : Le retour de la soupe, chaude. La sieste crapuleuse. Les rosiers qui éclosent "comme un feu d'artifices en plein jour et au ralenti, à son rythme qui devient le nôtre". La nature, l'amour, la croissance – tout est synchronisation.

- La retraite : "Encore une semaine de 4 jours, c'est la bonne dose de référence de temps à perdre avant la retraite, cette promesse d'une vie après la mort, la grande ou la petite ?" La retraite (la cessation du travail) est une "promesse d'une vie après la mort" – mais la mort est la grande (la fin) ou juste la petite (l'orgasme) ?

Bilan

- Béa : Elle est en fusion avec Ingrid. La déclaration ("je lui suis destinée") est une profession de foi. Sa participation aux tâches (préparer le repas, attacher les rosiers) est un apprentissage de la vie commune. Son ironie sur Greta, le gaz russe, les super volcans, est une manière de garder le sens de l'humour face à l'apocalypse.

- Ingrid : Elle est le centre, le refuge, le "jardin d'Éden". Ses poires (ses seins), son rythme, sa soupe, ses rosiers – tout contribue à créer un univers. Sa garde à 18h00 est une échéance, mais elle ne trouble pas l'instant présent.

Conclusion

L'amour est une synchronisation. Les corps de Béa et Ingrid sont à la même taille, se parlent "en braille". Le rythme du jardin d'Ingrid devient "le nôtre". La messe, la soupe, les rosiers – tout cela est une liturgie partagée, une vie à deux. La politique (Greta, le gaz, Ormuz) n'est qu'un bruit de fond. Le super volcan en Indonésie pourrait plonger le monde dans un hiver de 70 ans, mais Béa s'en moque : le CO2 qu'Ingrid dégage (son souffle, son amour) réchauffera leur maison. La retraite (la promesse d'une vie après la mort) est une ironie : la "petite mort" de l'orgasme est déjà une vie après la vie. Le chemin, la vérité, la vie – Jésus l'a dit. Mais pour Béa, la vérité, c'est Ingrid. Le chemin, c'est son corps. La vie, c'est maintenant.

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