195 - mélanger nos plaisirs
Heureusement, il le prend bien, en catholique confirmé qui a échappé au curé lubrique. Il m’invite chez lui pour me faire goûter des trucs, à manger je précise. Sa mère est aux petits soins avec moi, c’est la première fois qu’il amène une aussi jolie fille toute maigre à sa table.
- Avant j’étais LGBT. Votre fils m’a convertie. Mais en tant qu’ancienne anorexique, je vais avoir du mal à prendre un peu de poids. En plus je fais trop de sport. Le pire. De la course.
- Tu as l’air agressive, sur la défensive. Mais avec Olivier tu es toi-même, toute douce dans ta communication corporelle, non dite.
Une psy. Ça me poursuit. Mais elle a raison. J’aime bien enfoncer mes os pointus sur le corps tout mou et confortable de son fils. Mais avec mes bras j’arrive pas en faire le tour, je suis un trop petit gabarit, du coup il souffle sur ma frange et il m’embrasse sur le front. On est trop mignons. Béatrice Ravenel et Olivier Rondot. Il n’a pas peur de moi, je n’ai pas peur de lui. Comme on n’est pas dans une saga de telenovela, on n’attend pas plusieurs saisons à se tourner autour alors on se débarrasse de la formalité du sexe. Je vérifie ses vaccins et j’examine la marchandise avant de le faire rentrer en moi.
- Sans protection les deux semaines qui suivent la fin de mes règles. Avant ça, il te reste ma bouche et après ça tu peux passer par derrière.
- Comme c’est romantique. Tu sais parler aux hommes.
J’ai peur qu’il m’écrase alors je le chevauche. Je suis sa princesse lubrique, il est mon prince charmant. C’est surtout le plus beau moment de sa vie, j’ai l’impression, à le voir pleurer après l’amour. Je lèche ses larmes salées de bonheur. On passe sous la douche et j’arrive à le convaincre de me pisser dessus. Il panique un peu quand je me relève pour me frotter à lui alors j’allume vite la douche pour le soulager, ça fait beaucoup d’un coup pour son petit cœur rempli d’amour pour moi, en attendant qu’il le vide dans mon c… Sa mère ne le reconnaît plus. Elle voit son gros garçon en homme déniaisé maintenant, plus sûr de lui et encore plus gentil qu’avant. Défrustré. Comblé. Accompli. Avec une vision de la vie différente d’avant maintenant que je suis dans son paysage, de face ou de dos, il est même prêt à me prendre sur le côté, droit. Mais au-delà de nos ébats on se sent bien ensemble aussi. Assez pour le présenter à ma mère qui demande à rencontrer la sienne, elles vont bien s’entendre je pense. En attendant, on traîne avec Victor et Coralie, un autre couple normal et amoureux, tellement compatibles entre nous qu’on finit vite dans la même couche à mélanger nos plaisirs.
Analyse
Ce chapitre marque l'entrée d'Olivier dans le cercle intime de Béa, et la normalisation de sa vie affective. La rencontre avec la mère d'Olivier est un test réussi. Le sexe est traité avec une franchise quasi administrative. La douche, l'urine, sont des étapes supplémentaires, mais Olivier panique un peu. La transformation d'Olivier est célébrée. La présentation aux mères, les sorties avec Victor et Coralie et la conclusion dans la "même couche" scellent l'intégration.
Symbolique
La religion, souvent source de honte et de répression, est ici une garantie d'ouverture. Olivier a échappé aux violences cléricales, il est sain. La mère d'Olivier est psychologue. Béa, qui a vu défiler les psys, est d'abord sur la défensive. Le contraste des corps est une complémentarité. La maigreur de Béa rencontre la rondeur d'Olivier. "On se débarrasse de la formalité du sexe." La phrase est choquante, mais elle dit aussi la banalisation de la sexualité pour Béa. Ce n'est plus un enjeu, c'est une étape, un préliminaire à la vraie intimité. Les pleurs d'Olivier : Les larmes de bonheur, de gratitude et d'émotion sont un contraste avec la froideur clinique de Béa. La douche et l'urine : La scène est une répétition (avec Victor, chapitre 13, puis avec Gladys, chapitre 191) mais avec un nouveau partenaire. Olivier panique, Béa rassure, allume vite l'eau salvatrice qui les lave de leurs péchés. La mère d'Olivier voit son fils transformé. Béa a opéré une métamorphose, comme elle l'avait fait avec Victor, avec Éric, avec d'autres. Le couple normal : Victor et Coralie. La normalité est une conquête. Les quatre finissent ensemble. L'échange, le partage, sont la norme.
Bilan
- Béa : Elle est dans une phase d'exploration tranquille. Olivier est une découverte, une surprise. Elle le traite avec une franchise qui pourrait être brutale, mais qui est aussi une forme de respect.
- Olivier : Il est le nouveau venu, le "gros garçon" devenu homme. Sa naïveté, ses pleurs, sa panique sous la douche, tout cela le rend touchant. Il est l'opposé des hommes d'expérience (Gouges, Dior, Claude). Il apprend, il découvre, il est reconnaissant.
- Victor et Coralie : Ils sont le miroir, le couple témoin. Leur présence rassure, normalise.
xoxo
Conclusion
La normalité est une conquête. Béa, après des mois d'explorations extrêmes, d'amours dévorantes, de missions dangereuses, découvre le plaisir simple d'être avec un garçon de son âge, rondouillard, naïf, qui pleure après l'amour. Le sexe est une "formalité" – ce qui compte, c'est le reste : les repas chez la mère, les présentations, les sorties avec Victor et Coralie. Olivier n'a pas peur d'elle, elle n'a pas peur de lui. C'est une première. La douche, l'urine, sont une transgression supplémentaire, mais Olivier panique – et c'est cette panique qui le rend humain. Béa le rassure, le guide, le transforme. La mère d'Olivier voit son fils "défrustré, comblé, accompli". Béa, elle, voit un garçon qui l'aime, simplement. La normalité n'est pas l'absence de transgression, c'est la capacité à la partager, à la dépasser, à en rire. "On est trop mignons." dit-elle. Et c'est peut-être la première fois du roman qu'elle se dit mignonne, comme une ado ordinaire.

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