196 - notre bonne action

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Maintenant elle sait qui je suis. Sa mère. Qui a parlé à la mienne. Mais elle veut ma confirmation. Je lui fais un complément bonus :

  • Je suis une bi, catholique, de droite, De Villiers, Knafo, tout ça. Un peu raciste sur les bords, aussi. Je suis une souverainiste de la Grande France et de la Petite Europe, de l’Ouest. Adepte de la théorie des anciens astronautes et du mouvement FIRE, financial independence retire early. Scout de France, survivaliste. Antivax. On ne peut pas dire non à la mort. Contre l’avortement. On ne peut pas non à la vie.
  • Tout ça, c’est ton armure. Tu n’es pas que ça.
  • Je ne suis qu’une jeune fille de 15 ans qui ne s’est pas encore trouvée.
  • Avec mon fils, vous vous êtes trouvés. J’en suis heureuse. Vous aussi.

Elle a un peu peur de savoir vraiment qui je suis. Moi, je ne sais pas qui je suis et je m’en fiche. Je ne sais pas qui je voudrais être ou qui je m’imagine être. Je suis ce que je suis, pour Olivier, pour Ingrid et les autres. Chacun a sa version de sa Béa. J’ai leur version à tous. C’est ça que je suis, à travers les autres. Mais fini la psychologie de comptoir, me voilà dans une nouvelle famille avec un père absent, comme d’habitude. Divorcé ? Disparu ? Mort ? En prison ? Le résultat est le même, la menace a été éradiquée. Et je suis là pour les protéger et leur apporter de l’amour. Il lui en faut peu pour être heureux à mon Olivier et je profite de mon emprise sur lui pour lui inculquer un peu de discipline en surveillant son alimentation et en le faisant marcher à côté de moi, de plus en plus vite, jusqu’à ce qu’il soit prêt à courir. Je lui trouve même un vélo pour joindre l’utile à l’utile. Je m’organise même pour le faire jouir en moi plusieurs fois par jour. Fini la branlette. Tel Macron à la cérémonie du 8 mai, je le mets au garde-à-vous en le passant en revue. Il caresse mes fesses comme on frotte une lampe magique, je lâche un vent et je lui demande son vœu. Revoir Victor et Coralie dont le corps lui correspond mieux et à voir son envie à nous voir les faire jouir en bouche, on devine vite son fantasme en accompagnant sa bouche vers la tige tendue de Victor. Dans notre monde, tout est permis. Et depuis Olivier et Victor sont de très bons amis. On ne peut pas faire plus proches. Et ça me plaît bien de passer du temps avec eux et redécouvrir de mon côté les formes généreuses de Coco, revenir en famille avec mon promis demi-frère par alliance, le futur père d’un de mes enfants, dans un avenir aussi loin que mon âge. Je suis une bi à mi-vie.

  • Coralie, Victor, Olivier, on va être heureux ensemble. Tellement.
  • Tellement on t’aime, Béa, tu es notre bonne action.

Analyse

Ce chapitre est un coming-out politique et identitaire devant la mère d'Olivier, suivi d'une célébration de la vie normale recomposée. Béa énumère ses "étiquettes" (bi, catholique, de droite, souverainiste, scout, survivaliste, antivax, contre l'avortement) avec une ironie qui les désamorce. La mère d'Olivier voit dans cette liste une "armure". Béa conclut : "Je ne suis qu'une jeune fille de 15 ans qui ne s'est pas encore trouvée." Mais elle s'est trouvée dans les regards des autres ("chacun a sa version de sa Béa"). Le chapitre se termine par une déclaration d'amour au quatuor (Béa, Olivier, Victor, Coralie), une promesse de bonheur partagé.

Symbolique

Béa énumère ses identités politiques et religieuses avec une certaine fierté provocante. La liste est un tissu de contradictions mais elle assume. La mère d'Olivier voit dans cette liste une "armure". Béa n'est "pas que ça". L'identité est une protection, pas une essence. Mais l'identité est fluide, le futur est ouvert. Béa n'existe pas en soi, elle existe dans le regard des autres. Son identité est relationnelle. Béa est là pour "protéger" et "apporter de l'amour". La métaphore militaire ("je le mets au garde-à-vous", "je le passe en revue") est ironique, mais elle dit aussi la discipline, la transformation de Olivier.

Bilan

Béa est dans une phase de consolidation. Les étiquettes qu'elle énumère sont un jeu, une provocation, mais aussi un aveu. Sa conclusion (je ne me suis pas trouvée) est une sagesse. Sa décision d'être "ce que je suis pour Olivier, pour Ingrid et les autres" est une acceptation de la multiplicité.

Conclusion

L'identité est une armure, mais l'armure n'est pas le soi. On n'est pas obligé de se trouver tout de suite. On peut exister dans le regard des autres. L'amour, alors, c'est accepter toutes les versions, les additionner, les célébrer. La "bonne action" (B.A.) est le nom de Béa, son pseudo, sa mission. Elle est la bonne action de tous. Et c'est ainsi, dans le don de soi, qu'elle se trouve – non pas comme une essence, mais comme une relation.

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