197 - jusqu'à l'extase

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Olivier reste lui-même et Coralie en a assez pour satisfaire au moins deux jeunes hommes pleins d’envies qui s’aiment bien aussi. Je vais me consoler dans les bras de Ingrid, au 14 de sa rue à portée de vélo. J’ai son agenda partagé et je devine à quels moments elle est disponible pour moi. Je vois où est sa voiture, où elle est avec son smartphone et il y a des micros dans chaque pièce où l’IA retranscrit tout et analyse. Elle fait sans doute la même chose sur moi. Pas la peine de se raconter nos vies ainsi. On gagne du temps à s’entreprendre directement. Mais en fait, non. Ingrid m’impose une séance. De psy. Pour savoir où j’en suis, dans ma normalité. Est-ce que je suis perdue pour la France ? C’est une évaluation.

  • Tu fais exactement ce qu’il faut faire, Béa. Redevenir normale. Te reconnecter à la réalité. C’est ta force. Ainsi, tu ne te perds pas. Tu restes droite et solide. Pleine de promesses.
  • Avec un beau potentiel, je sais, mais pour quoi faire ? La partie est perdue d’avance, dans tous les domaines. À quoi bon s’acharner ? Mieux vaut profiter de ce qu’on a encore. Il n’y a plus de Bruce Willis pour sauver le monde. Même Chuck Norris est mort. Dans mille ans, on croira que Starsky et Hutch ont vraiment existé.

L’Europe a encore une chance. Mais pas n’importe laquelle. La mienne, d’Europe, la mienne de chance. Avec une affinité particulière pour ma Joconde du Nord, ma jeune fille à la perle, ma Greta à moi, Ingrid Andersson et son écologie qui mène à la guerre, comme dans Avatar, comme dans Dune, chacun en tryptique. On termine la séance sous la pluie dans le jardin à attacher les rosiers alourdis de fleurs et d’eau et comme elles, heureuses nous sommes de ne faire que passer dans cette civilisation qu’on ne verra pas s’éteindre. En attendant, on aura existé, comme ces roses venues des croisades et qui au départ n’étaient que des églantiers qu’on a croisé aussi, génétiquement, comme les Bene Gesserit que nous sommes. On rentre préparer la soupe, Ingrid met son foulard, nue dans sa trop grande chemise qui lui sert de tablier de cuisine, droite dans ses bottes qu’elle a gardé du jardin. Je l’embrasse sur la joue, dans le cou, sur la bouche et je lui avoue un je t’aime : « yoelska deï » comme le dit google trad et Ingrid me répond :

  • Jag älskar dig också, Beata.

L’eau chauffe dans la bouilloire, on coupe les légumes, elle choisit un cube de bouillon bio et on se fait plein de bisous tendres. Nos corps réchauffés et nourris sont alors prêts à se mélanger. Ingrid s’applique avec sa langue et me secoue les trous avec ses doigts jusqu’à l’extase.

Analyse

Ce chapitre est une méditation sur la normalité retrouvée, l'évaluation et l'amour comme refuge face à l'absurdité du monde. L'évaluation est rassurante : Béa se reconnecte à la réalité décevante. La cuisine, la soupe, le jardin, les rosiers – tout cela est une liturgie domestique, une célébration de l'instant.

Symbolique

Ingrid impose une séance de psy. L'évaluation est un test de réalité, une vérification que Béa n'est pas perdue d'avance, dans tous les domaines. La lucidité est amère. La fiction deviendra réalité, la réalité sera oubliée. L'Europe de Béa n'est pas une abstraction, c'est une construction personnelle, affective. Ingrid est l'incarnation de cette chance. Les roses "venues des croisades" étaient des églantiers. La génétique, l'histoire, la guerre – tout cela a produit la beauté. Béa et Ingrid sont des femmes qui contrôlent leur corps, leur esprit, leur descendance. La référence à Dune est à la fois savante et intime. La soupe, le foulard, les bottes : Ingrid, nue sous une chemise trop grande, met un foulard (rappel de la laitière de Vermeer, chapitre 149) et garde ses bottes du jardin. Le tableau est bucolique, presque classique. La cuisine est un rituel d'amour.

Bilan

- Béa : Elle est évaluée, rassurée, mais lucide. La partie est perdue mais elle continue de jouer. Son amour pour Ingrid est une réponse à l'absurdité du monde.

- Ingrid : Elle est la psy, l'évaluatrice, mais aussi l'amante. Sa déclaration en suédois est une réponse à l'aveu de Béa. Son corps est une œuvre d'art vivante. Sa cuisine est une médecine.

Conclusion

La normalité est une conquête, mais la partie est perdue d'avance. Béa le sait. Les héros qui sauvaient le monde, sont morts. La réalité est une fiction, la fiction une réalité. Alors à quoi bon s'acharner ? Ce qu'elle a, c'est Ingrid. La guerre est inévitable, mais les rosiers fleurissent. Les roses viennent des croisades, des églantiers génétiquement modifiés. Béa et Ingrid sont de la même lignée. L'amour n'est pas une illusion, c'est une méthode qui résiste à l'absurdité du monde. La fin du chapitre, l'extase, est une réponse organique : les corps savent ce que les esprits oublient.

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