198 - belle mais pas trop

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Un virus hanta nos mémoires en l’an 7 après la Covid. Le tourisme viendra à bout de l’Humanité par son absurdité à faire le tour du monde afin d’aller voir ailleurs à quel point c’est moins bien. Je prône l’immobilité énergétique, sans déplacement carboné ou radioactif. Mais au contraire, des races qui ont mis des dizaines de milliers d’années à se constituer, les noirs, les jaunes et nous, se mélangent et s’annihilent en un instant à l’échelle géologique, comme un reset de l’évolution. Mais à mon niveau, je me retrouve bien seule, démunie de mon arbre qui offre ses fruits et son corps au lit de Coralie, sa victoire est ma défaite alors je ne rêve qu’à Saint Honoré et sa rue au 14 où Ingrid n’a que moi pour s’épanouir en dehors de son travail, de ses études, de son jardin et de sa cuisine. À la tombée de la nuit je vais me réfugier chez elle et je l’attends à la lumière des bougies parfumées à la vanille. L’odeur se mélange au papier d’Arménie. Dans cette atmosphère sacrée, je suis réveillée par l’apparition de Ingrid qui me fait ressentir la douceur de chaque partie de son corps sur le mien dans un câlin intime qui n’a rien à voir avec le sexe bestial hétéro. On se mélange dans des caresses sans même avoir besoin de jouir. Je repars au lever du jour en zigzagant entre les averses et j’ai encore le temps de me préparer pour ma journée fictive de lycée. Sans envie de profs ni de garçons, je ne dirais pas non à certaines au club LGBTQIA+ et alliés mais je me concentre autrement sur mon corps par le sport. Course. Natation. Gymnastique pour compléter ma musculation et pour la souplesse. Un entraînement masqué pour être prête en cas de mission. J’ai l’impression que ma vie s’est arrêtée. Je m’ennuie. Et j’aime ça. Ne rien faire, ne rien être. Voilà la réponse, c’est la bonne direction. Il n’y a que celui qui fait rien qui ne fait pas de connerie, a dit Adolph Hitler. Il en a trop fait. Moins on en fait, mieux on se porte. Pour me distraire, Philippine me met en contact avec un élève du lycée Notre-Dame.

  • Un seconde, comme toi. C’est un fantôme du Vatican, un spectre. C’est juste un correspondant de l’antenne française et provinciale des services secrets en question.
  • Tant qu’il n’a pas une choucroute sur le front, ça me va.
  • Non, il a les cheveux un peu long et les idées un peu courtes.
  • Je parie qu’il s’appelle Augustin.

Philippine reste coite mais je l’ai déjà repéré sur les listes dont je n’ai normalement pas connaissance, j’ai piraté Pauline. Le fait que le prénom du spectre soit le même que le groupe scolaire m’avait interpellé. Bref, on va faire équipe. Le mieux est qu’on sorte ensemble, pour les modalités sociales. Je passe en mode déniaisement et je me fais belle mais pas trop.

Analyse

Ce chapitre est une méditation sur l'ennui et l'immobilité, contrastant avec les années de frénésie sexuelle et de missions. Béa prône "l'immobilité énergétique" contre le tourisme absurde qui détruit l'Humanité. La solitude est à la fois une perte et un refuge. L'atmosphère sacrée chez Ingrid est un lieu de réconfort, de tendresse sans nécessité de jouissance. Mais l'ennui est aussi une méthode. La citation d'Hitler est provocante, mais elle dit l'essentiel : l'action est source d'erreurs.

Symbolique

Le virus hanta nos mémoires : "L'an 7 après la Covid." Le temps biblique (Genèse, les 7 jours) est détourné. La mémoire collective est malade, le tourisme absurde est un symptôme. Béa prône l'absence de déplacement, le rejet du tourisme. Les races (noirs, jaunes, blancs) se mélangent, "s'annihilent en un instant à l'échelle géologique". Le "reset de l'évolution" est une prophétie, mais elle n'y participe pas. Coralie a gagné, Béa a perdu. La métaphore de l'arbre qui offre ses fruits et son corps est une image de la générosité amoureuse. La "défaite" de Béa est acceptée. La rue d'Ingrid, le 14. La référence au gâteau (le Saint-Honoré) est un jeu de mots. Ingrid est le dessert, la douceur. La religiosité est détournée du culte vers l'intime. Ingrid apparaît, Béa se réveille. Les caresses sont tendres, sans objectif de jouissance. Le corps s'entraîne pour les missions, mais l'esprit est ailleurs. L'ennui est une conquête, une sagesse. La citation d'Hitler est une provocation. L'apologie du renoncement à l'action est une réponse à la frénésie des mois précédents.

Bilan

Béa est dans une phase d'ennui, de retrait. L'immobilité est une philosophie. La tendresse avec Ingrid est un modèle d'intimité non sexuelle. L'entraînement physique est une préparation, mais l'esprit est en veille. La mission avec Augustin est une distraction, pas une passion. Ingrid est le refuge, l'apparition dans la lumière des bougies. L'amour est devenu une présence, pas une performance.

Conclusion

L'ennui est une méthode. Béa, après des mois de frénésie (sexuelle, missionnaire, amoureuse), découvre le plaisir de ne rien faire, de ne rien être. L'immobilité énergétique (ne pas voyager, ne pas se déplacer) est une réponse à l'absurdité du tourisme, au mélange des races qui s'annihilent. La tendresse avec Ingrid (les caresses sans jouissance) est un modèle d'intimité non performative. La citation d'Hitler est une provocation, mais elle dit l'essentiel : l'action est source d'erreurs, la connerie est dans le faire. Alors Béa attend. Elle s'ennuie. Et elle aime ça. La mission avec Augustin est une distraction, pas un engagement. L'esprit est ailleurs, dans la lumière des bougies, dans le papier d'Arménie, dans l'attente. La vie s'est arrêtée. Et c'est bien ainsi.

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