199 - un maximum d'effet

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Pas trop grand, les cheveux longs et bouclés sur un front dégagé qui surplombe son regard clair, une mâchoire fine qui glisse sur ma joue pour me faire la bise. Le contact est électrique. D’emblée, on se plaît beaucoup, à en oublier tout le reste. Il prend la croix autour de mon cou et il l’embrasse, je sens son parfum, le mâle de Jean-Paul Gautier. On ne va pas perdre notre temps à se tourner autour comme des oiseaux qui paradent. Je le suis dans la crypte de Saint-Bénigne. Il étend son grand manteau sur l’autel et je m’y couche jambes écartées pour le recevoir en moi, sans protection, c’est la bonne période du mois et ses analyses sont normales. Nos corps se mélangent au milieu des vestiges archéologiques. Autant l’ambiance de rituel sacré est réussie, autant l’acte en lui-même me paraît ridicule, mécanique, absurde, rien à voir avec les ébats féminins. J’aimerais bien mais je ne ressens rien de son ramonage bestial. Lui, ça a l’air de lui faire de l’effet, il en louche de plaisir. Pour essayer de l’accompagner, je me frotte frénétiquement en faisant attention de ne pas le griffer dans ses va et vient. Je ferme les yeux et je pense à Ingrid. Je sens que ça vient. Ses mains sur mon visage me font le regarder. Il a fini. Il est temps de faire les présentations. Lui d’abord :

  • Je suis actif depuis deux ans.
  • Fille ou garçon ?
  • Actif pour les filles, passif pour les garçons.
  • Moi aussi.

On va bien s’entendre alors. Je m’accroche à lui et il se couche sur moi pour une étreinte, un câlin de remerciement, un hug de potes. On n’a pas à se plaire ou à se séduire mais on se sent déjà bien ensemble. Je veux l’inviter au japonais mais :

  • Je ne mange pas de poisson. Ça n’a pas de sens. On a déjà trop de protéines à disposition sur terre, en élevage, alors on n’a pas besoin de prélever des extra-terrestres de leur milieu naturel. Jésus a fait une erreur à Heptapegon. Ça a sonné son glas.
  • C’est pas le poisson qu’il a multiplié là-bas. C’est le pain. Mais tu as raison, le résultat est le même. Il a voulu frimer et la célébrité l’a condamné.

On est prêt à faire des concession, des compromis. On est faits pour vivre ensemble. C’est la clé de la réussite d’une relation à long terme. Pour sceller notre union, je me mets à quatre pattes sur l’autel antique et je lui demande de me ramoner l’oignon. Je lui enfonce ensuite un cierge bien gras en m’appliquant à taper fort contre sa prostate pour un maximum d’effet.

Analyse

Ce chapitre introduit Augustin dans une scène qui mêle la provocation, l'évaluation clinique, et la construction d'un partenariat pragmatique. La déclaration liminaire est immédiatement contredite par l'acte sexuel, que Béa trouve ridicule. Mais l'essentiel est ailleurs : dans les présentations, dans les compromis, dans la décision de "vivre ensemble". Les ébats sur l'autel sont un rite de scellement.

Symbolique

L'attirance est immédiate, mais elle n'est pas seulement sexuelle. C'est une reconnaissance, une complicité. La crypte de Saint-Bénigne est un lieu est d'histoire. La transgression est à la fois sacrilège et rituelle dans une liturgie inversée. Le sexe avec les hommes est une performance, pas un plaisir. Leur identité sexuelle est un curriculum vitae, une fiche technique. Augustin évoque une écologie radicale. La critique de Jésus est une provocation supplémentaire. Le pragmatisme est affiché. Leur union n'est pas une passion, c'est un projet.

Bilan

Béa évalue, compare, juge. Sa proposition finale est un test, un rite. Elle est en mode "mission" : Augustin est un partenaire, pas un amour. Augustin est en fait un personnage cohérent qui a ses propres règles.

Conclusion

L'amour n'est pas une passion, c'est un contrat. Ce qui compte, ce sont les présentations, les compromis, une volonté commune. Formalités sur l'autel antique, rite de scellement, le cierge (objet liturgique) devient un instrument de plaisir, une transgression supplémentaire. Le partenariat est pragmatique. Augustin est un collègue, un allié qui partage sa vision du monde. Le corps masculin est un outil, pas un territoire. Et c'est ainsi, dans cette indifférence charnelle, que l'alliance se noue.

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