Ekö

2 minutes de lecture

L’horizon semblait s’étendre à l’infini. Aussi loin que pouvait porter son regard, des nuages crème oscillaient dans un mouvement lent. Le ciel s’étirait sans commencement ni fin, hésitant entre aube et crépuscule. Un calme presque irréel se dégageait de cette vue.

Sa main se resserra délicatement sur son précieux compas. Loin d’être ordinaire, il lui était nécessaire et le suivait où qu’il aille. Sans lui, il ne pouvait plus rien, sa quête se retrouverait liée à l’oubli.

Il comportait trois branches : deux pour la navigation et une dernière pour le dessin. Il rassemblait ce qui lui était essentiel.

Alors qu’il allait se détourner de cette vue qu’il connaissait par cœur, des sons vinrent troubler le silence. Une île se détachait de l’horizon, flottant au-dessus des nuages. Dans un champ de blé, une famille s’amusait, source des rires qui lui parvenaient. Les deux parents faisaient tournoyer leurs enfants dans les airs, débordant de joie.

Il passa quelques secondes à les contempler avant de leur tourner le dos. Sa quête devait reprendre.

Ses pas résonnèrent sur le bois du pont le menant à la passerelle. Le navire n’était pas très grand, mais il s’en dégageait une aura chaleureuse rappelant la douceur d’un foyer. Ses immenses ailes de tissus fixées de part et d’autres de la coque donnaient l’impression qu’il planait au-dessus des nuages. Tout en haut du mât, la voile se balançait tranquillement au rythme d’une légère brise. L’Horizon, tel était son nom.

Il gravissait les marches menant à la passerelle lorsqu’un coup de vent vint taquiner quelques mèches de cheveux gris mi-long s’invitant sur ses joues. Les replaçant négligemment dans son dos, il gravit les dernières marches pour déboucher sur un petit pont dont l’unique usage résidait en l’observation du bateau. Ce dernier commença doucement à s’ébranler vers sa destination.

Poussant la porte de la passerelle, il se dirigea immédiatement vers une grande table sur laquelle s’étalait une carte dessinée à la main ne semblant pas avoir de fin. Chaque amoncellement de feuilles se reliait aux autres, extension infinie d’un univers en constante évolution.

Laissant retomber les manches de sa lourde robe, dévoilant des bras d’une grande maigreur, il se saisit de son compas et commença à esquisser le contour d’une petite île rocheuse quelque part dans les nuages.

Aussitôt le dernier trait tracé, il laissa retomber ses manches. Dissimulant à nouveau ses bras rachitiques, il se posta près de la fenêtre donnant sur le pont.

Le verre lui renvoyait son reflet tandis qu’il plongeait son regard dans le lointain. Une peau grise maladive, des joues creusées, un visage fin. Toute son apparence criait la maladie, et pourtant il n’en était rien. Ses yeux onyx débordaient d’une lueur brillante à nulle autre pareil. Ses gestes étaient sûrs, affirmés. Nulle souffrance ne se dégageait de lui. Tout n'était qu'illusion.

Il s’assit sur un fauteuil, son regard toujours tourné vers l’horizon. Autour de lui, chaque objet se retrouvait adapté à sa taille de jeune adolescent. Pourtant son visage exprimait une gravité qui n’était pas de son âge. Ni garçon ni fille, ni enfant ni adulte. Il existait et cela lui suffisait.

Le navire dépassa l’île où la famille s’amusait encore, le faisant brièvement détourner la tête. Ils n’étaient pas prêts. N’étaient pas sa quête. Pas pour l’instant.

Le frêle bateau glissa sur la brise, s’éloignant en direction de celui ayant besoin de lui.

Annotations

Vous aimez lire Sylvana Créations ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0