Samedi 18 Avril, 9h30
Je me suis retrouvée toute seule comme une conne. Finalement il m'avait quand même fait le coup du type au calbute sale. Il était certes resté, lui, toute la nuit et même jusqu'au petit déj. Coup de fil réel ou imaginaire d'un pote, conversation décousue et départ en courant « Désolé, une urgence ! ». Je ne savais toujours pas son nom de famille, je n'avais pas son 06, il n'avait pas pris le mien. Fin de l'histoire.
J'ai rangé la table du petit déj. Je suis allée m'affaler dans le canapé. J'ai consulté mon téléphone. Un message d'Amanda dans notre groupe WhatsApp : « Alors ? ». Pas envie de répondre. J'ai commencé à zapper sur la télé mais le samedi matin à 9h30, il n'y a rien. J'ai navigué sur Netflix dans l'espoir de trouver un film ou une série qui me changerait les idées. J'ai opté pour une comédie et suis tombée sur un navet où le scénario était nul, couru d'avance et où les acteurs jouaient mal. Ils surjouaient, on se serait cru dans une pièce de boulevard avec la femme, le mari, l'amant et les portes qui claquent sur des quiproquos. Ça m'a rappelé François quittant l'appart en claquant la porte et ça m'a encore plus déprimée. Je ne suis même pas allée au bout du premier épisode de la série. En éteignant la télé, j'ai vu qu'il y avait un post-it qui trainait sous la table de la cuisine. Je suis allée le ramasser : c'était celui ou François avait écrit « Je suis parti chercher les croissants. A tout' ! » suivi d'un petit cœur.
Trop chou ! Ça ne l'avait pas empêché de se barrer un peu plus tard après avoir demandé à un pote de l'appeler à 9h30 précise pour lui permettre de se tirer.
Les filles m'avaient laissé plusieurs messages sur WhatsApp. Plutôt que de continuer à me lamenter sur mon sort, j'ai décidé de commencer à leur répondre.
Julie : On est resté au bar jusqu'à la fermeture.
Amanda : Et ensuite ?
Julie : Je suis rentrée chez moi.
Je n'allais quand même pas tout leur dire d'un coup. Amanda a mis quelques temps à réagir.
Amanda : Seule ?
Julie : Il a insisté pour me raccompagner.
Rebecca : Tu ne l'as pas laissé monter chez toi au moins.
Julie : Il avait envie de pisser.
Rebecca : La belle excuse !
Amanda : Et ensuite ?
Je n'ai rien répondu. Elles sont parties à faire des hypothèses toutes les deux.
Amanda : Il a cherché à t'embrasser ?
Julie : Non !
Rebecca : T'as choppé son 06 ? Tu vas le revoir ? Tu connais la règle des 3-3. Attendre trois jours avant de le rappeler. Attendre trois appels de sa part pour accepter un rendez-vous. Attendre trois rendez-vous pour accepter de coucher.
Amanda : T'es toujours aussi vieux jeu Rebecca.
Comme je ne répondais pas, Amanda a relancé.
Amanda : Alors ? Tu l'as ou tu l'as pas son 06 ?
Non je ne l'avais pas et c'est bien pour cela que je ne voulais rien dire de mon humiliation
Rebecca : Tu ne vas pas le revoir ? Le mec est un gros nul ?
Amanda : Elle ne serait restée jusqu'à la fermeture du bar avec un nullos !
Rebecca : Alors ? Raconte !
Amanda : Moi je sais, il n'est pas allé dans les toilettes pour pisser mais pour vomir car il avait trop bu. Deux bières c'était trop pour le gamin ! Elle l'a foutu dehors et a passé la nuit à nettoyer les chiottes.
Ce qu'elles peuvent être méchantes !
Julie : Il n'a pas vomi.
Amanda : Et donc ? Allez accouche !
Julie : Il n'a pas cherché à m'embrasser. C'est moi qui l'ai embrassé !
Rebecca : Non ! Tu es folle !
Amanda : Super ! C'est bien toi ça ! T'es vraiment allée au bout du délire ! Il a réagi comment ?
Il s'est écoulé quelques minutes avant que Rebecca n'écrive :
Rebecca : Tu t'es fait téj !
Je savais bien qu'elle provoquait. Qu'elle prêchait le faux pour avoir le vrai. J'ai laissé passer quelques minutes. Elles devaient voir de leur côté que j'étais en train d'écrire. Vu le temps que j'ai mis à appuyer sur la touche envoi, elles imaginaient sans doute que j'allais leur pondre un pavé avec moult détails. Je les ai laisser mariner et ai simplement écrit.
Julie : Il baise comme un dieu.
Julie : Faut que je vous laisse. J'ai à faire.
Ce qui coupait court aux questions. Pas envie de leur dire qu'il s'était barré ensuite que je ne le reverrai sans doute jamais. Plus tard, je prétendrais, quand elles me le demanderaient, que c'était juste un coup d'un soir et que c'est moi qui n'avais pas voulu le revoir.
« Je suis parti chercher les croissants. A tout' » suivi d'un petit cœur. Pourquoi ce message ? Pourquoi être allé chercher les croissants, les avoir ramenés pour les partager avec moi et se barrer ensuite ? Pourquoi le petit cœur ?
Bon aller ! On arrête de déprimer ! Grand ménage hebdomadaire ! Changement des draps du lit, passer l'aspirateur (les croissants ça fait des miettes). Vers 14h, j'ai mangé un yaourt. Rien dans le frigo et de toute façon as faim. Il faudrait que j'aille faire des courses mais la flemme. Je suis retombée dans mon canapé. Déprimée.
Pourquoi le petit cœur ? J'ai relu le post-it que, allez savoir pourquoi je n'avais pas eu le cœur de mettre à la poubelle. La seule trace de lui : son écriture, huit mots, un cœur. Machinalement je l'ai retourné. Au dos, un numéro de téléphone et écrit « Appelle moi ! ». C'était donc ça qu'il avait griffonné quand il était au téléphone !
Et maintenant que faire ?

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