Vendredi 15 mai
Fañch, puisqu'il faut l'appeler ainsi désormais, dormait encore à poings fermés quand je me suis réveillée. Il était encore tôt, mais j'avais mal au ventre. Deuxième jour des règles, prévisible. Je me suis levée pour aller prendre un Spasfon. Normalement ça marche, mais il faut attendre que cela fasse effet.
J'ai regardé mon Fañch qui dormait. Je l'ai trouvé beau. De plus en plus beau en fait. Ses cheveux avaient poussé en un mois et ça lui allait bien mieux que sa coupe en brosse ridicule. Il faudrait que je n'oublie pas de lui dire, qu'il ne retourne pas trop vite chez le coiffeur. Ou alors qu'il aille chez un autre qui lui ferait une coupe plus sympa.
Il était couché sur le ventre, serrant son oreiller dans ses bras, comme il l'aurait fait avec un doudou. Il avait rejeté la couette et j'avais vue sur son dos (pas mal) et même le haut de ses fesses qui dépassait de la couette. On voyait jusqu’au début de sa raie. Ah ses petites fesses rondes ! J'avais remarqué à plusieurs reprises qu'il aimait bien que je les caresse. Il n’était même pas contre le fait que mon doigt s'aventure vers son petit trou. Est-ce que j'oserais, là maintenant ?
Non, pas ce matin ! Je n'allais pas le chauffer pour lui interdire ensuite d'aller plus loin pour cause de douleurs menstruelles. Je suis sortie de la chambre presque à regret. Je suis allée prendre une douche. L'eau très chaude appliquée sur le bas de mon ventre permet parfois de faire passer la douleur. Je suis restée longtemps sous la douche, à savourer le moment. J’ai mis du temps à me rendre compte qu'il était là, appuyé sur le chambranle de la porte, à m'observer les bras croisés, la bite et les couilles pendantes. Ce n'est vraiment pas beau leur truc. Je comprends que les sculpteurs grecs, par souci d'esthétisme, faisaient de toutes petites bites à leurs modèles. Presque des sexes d'enfants. Plus c’est petit moins ça jure sur un corps d’’homme.
Je lui ai proposé de lui laisser la place dans la douche. Il semblait déçu. Il aurait sans doute bien aimé la partager avec moi. Surtout que mon appart est équipé d'une grande douche à l'italienne où l’on tient à deux sans problème. Mais ce matin, je n'avais vraiment pas l'humeur à la bagatelle.
Après le petit déj, nous sommes partis faire des courses. Il voulait aller au marché de la Criée, Boulevard de la Liberté, où il était certain de trouver les viandes qu’il voulait, un os à moelle et des légumes anciens dont des navets boule d'or et des panais. Quand on est revenu à l’appart, il m'a rédigé une liste pour aller chercher à la superette ce qui manquait encore pendant que lui prendrait le bus pour aller récupérer chez lui chercher une grande marmite et ses sacs à kig a far. On a mangé vite fait des tartes salées que nous avions acheté au marché et que nous n’avions eu qu’à réchauffer. Sitôt après manger, nous nous sommes mis en cuisine pour éplucher les légumes. Il y avait du taf. J'espérais que les filles allaient apprécier le menu parce que Fañch se donnait vraiment du mal.
Elles sont arrivées ensemble vers vingt heures avec une bouteille de vin. Elles lui ont fait la bise :
« Bonjour François !
- En fait il s'appelle Fañch ».
J’ai dû leur ressorti toute l'explication qu'il m'avait donné la veille pendant que lui finissait de tartiner des canapés pour l’apéro. Alors qu'Amanda s'extasiait sur la chance que j'avais d'avoir mis la main sur un mec qui cuisine, Rebecca répliqua qu'elle ne voyait pas ce qu'il y avait d'extraordinaire à cela.
« Pourquoi on se pâmerait devant un mec qui cuisine ou fait le ménage alors qu'on trouve normal voire même indispensable qu'une femme sache le faire ?
- Tout comme on trouve extraordinaire qu'une femme sache changer une roue de voiture alors que tous les hommes sont censés être câblés pour. Comme si c’était un instinct uniquement codé dans le chromosome Y », a répliqué mon Fañch en ramenant les toasts dans une assiette.
Le ton était donné. Ces deux-là n'étaient pas faits pour s'entendre. Rebecca a passé la soirée à lui envoyer des pics et Fañch à lui répondre. Qu'est-ce qu'elle avait à l'agresser comme cela ? Elle était jalouse ou quoi ? Jalouse de lui et du fait qu'il m'avait accaparé depuis un mois ? Jalouse de moi et du fait que j'ai trouvé un mec plus que bien (à mon avis) en osant, qui plus est, aller à l'encontre de tous ses principes et recommandations à la noix sur l'art d’entamer une relation entre un homme et une femme sur de bonnes bases ?
En tout cas moi je me suis régalé avec son pot-au-feu / kig a farz, la semoule de sarrazin et surtout les oignons confits dans le beurre qui l'accompagnaient. La recette de sa grand-mère Rose, nous a-t-il dit, une grand-mère décédée il y a une dizaine d'année et dont visiblement il gardait un souvenir plein de tendresse. Fañch lui s’est régalé en grattant son os à moëlle malgré l’air dégouté d’Amanda et sous les quolibets de Rebecca qui le traitait de barbare, d’homme des cavernes.
Comme dessert, Fañch avait préparé un far aux raisins secs qu'il avait fait cuire dans la même gamelle que le kig a farz, juste dans un sac à part. Je n'avais jamais vu cela mais lui prétendait cela faisait partie intégrante de la recette de sa grand-mère. Le kig a farz pour lui cela se prépare avec deux fars, un salé au sarrazin, un sucré à la farine de froment. Et sa grand-mère faisait toujours le sucré avec des raisins secs. Peut-être parce que lui-même n'aimait pas les pruneaux.
Je lui ai demandé s'il n'avait pas une photo de cette fameuse sa grand-mère. Il en avait toujours une dans son téléphone qu'il gardait précieusement. Il nous a montré une photo d’une vieille dame en train d’étaler une pâte avec un rouleau à pâtisserie. « Là elle préparait son Kouign Amam, un régal que je n’ai pas eu le temps d’apprendre à faire aussi bien qu’elle » a-t-il précisé. En face d'elle, un garçon tout blond l'observait attentivement, les deux coudes posés sur la table, son menton sur ses poings.
« Et le gamin en face, c'est qui ? a demandé Amanda
- C'est moi ! Je devais avoir huit-neuf ans à l'époque.
- Mignon comme tout, ai-je commenté. Ça ne me déplairait pas d'avoir un enfant qui ressemble à ça !
- Tu vas peut-être un peu vite en besogne, ma vieille, a riposté Rebecca. Je sais que t’approche de ta date limite de péremption, mais ce n’est pas une raison pour baisser le niveau d’exigence ! »
Quand elles sont reparties, elles ont fait la bise à Fañch. Amanda l'a même remercié en lui disant qu'elle s'était régalée. Rebecca, elle, n'a fait aucun commentaire mais au moins elle n'a pas lâché une dernière vacherie. En m'embrassant Amanda m'a glissé à l'oreille :
« C'est vrai qu'en plus il baise comme un dieu ou tu as juste dit cela pour faire enrager Rebecca ?
- Je confirme.
- Si tu t'en lasses un jour, file-moi son 06. Je veux bien récupérer tes restes sur ce coup-là ».
Elle pouvait toujours rêver !

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