Chapitre 2

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Apolline resta debout près du berceau quelques instants encore, Izia contre elle, à sentir son poids minuscule s’ajuster peu à peu à la courbe de ses bras. Le nourrisson avait cessé de pleurer complètement maintenant, mais son souffle demeurait irrégulier, comme si son corps gardait encore le souvenir de l’inconfort qui l’avait réveillée.

La chambre, elle, était retombée dans un silence étrange, moins lourd que précédemment, mais pas apaisé pour autant. Il s’y mêlait trop de choses contradictoires : l’odeur discrète des tissus neufs, la chaleur résiduelle des lampes, l’éclat presque immobile de la clé posée sur la table, les caisses entrouvertes, le berceau, le tapis d’éveil aux couleurs trop douces pour un lieu aussi tendu. Tout semblait à la fois déplacé et déjà installé.

Apolline baissa les yeux sur Izia.

Ses cheveux, très fins encore, accrochaient légèrement la lumière. Leur teinte, dans la pénombre dorée de la chambre, n’était ni vraiment claire ni vraiment sombre ; elle portait déjà quelque chose de particulier, une nuance froide presque irréelle qui rappelait à Apolline la rivière de son rêve, même si elle repoussa aussitôt l’association.

Pas maintenant.

Elle n’avait pas envie de penser à ça maintenant.

Elle voulait quelque chose de simple. Un problème simple. Quelque chose que l’on pouvait résoudre avec des mains, de l’eau, du tissu propre, un geste juste.

Pas une marque gravée dans la peau. Pas un enfant apparu au cœur du palais. Pas un cristal devenu fou.

— Elle est plus légère que je l’imaginais, murmura-t-elle sans lever les yeux.

Elyndra, restée à quelques pas, tourna légèrement la tête vers elle.

— C’est un nourrisson.

— Je sais.

Apolline esquissa un souffle, entre le rire et la fatigue.

— Je veux dire… elle a l’air de peser plus lourd que ça. Avec tout le reste.

Le regard d’Elyndra glissa vers la clé, puis vers le berceau vide.

— Oui, dit-elle simplement. Elle pèse déjà plus qu’elle ne devrait.

Un silence suivit. Pas un silence hostile. Un de ceux qui existent quand deux personnes pensent à la même chose sans vouloir la nommer.

Apolline s’approcha du lit et s’assit sur le bord, Izia toujours serrée contre elle. L’enfant remua légèrement, replia un doigt, puis l’autre, avant de se calmer de nouveau.

Elyndra s’approcha à son tour. Elle tendit la main, non pas vers le bébé, mais vers l’un des tissus pliés sur la table.

— Nous pouvons au moins improviser pour cette nuit, dit-elle.

Apolline releva enfin les yeux vers elle.

— “Nous”.

Elyndra suspendit son geste.

— Quoi ?

— Tu as dit “nous”.

Le ton d’Apolline n’était pas moqueur. Pas vraiment. Il y avait surtout de la fatigue, et cette légère surprise que l’on n’arrive pas tout à fait à masquer lorsqu’un mot semble plus lourd que prévu.

Elyndra la regarda quelques secondes avant de reprendre lentement le tissu.

— Oui.

— Ça te surprend pas, tout ça ? demanda Apolline plus bas.

— Quoi exactement ?

— De dire “nous”. Pour elle.

Elyndra déplia le tissu, vérifia sa texture d’un geste machinal, puis se pencha légèrement vers le lit.

— Ce qui me surprend, répondit-elle, c’est à quelle vitesse elle a déjà trouvé une place ici.

Apolline sentit quelque chose se contracter, très légèrement, derrière ses côtes.

Elle ne répondit pas.

Parce qu’elle pensait la même chose.

Et parce que cette pensée était dérangeante.

Comme si le palais, qui rejetait tout ce qu’il ne contrôlait pas, avait accepté cet enfant avec une facilité presque suspecte. Ou comme si certaines choses, au contraire, attendaient son arrivée depuis longtemps.

Elle secoua mentalement cette idée.

Non.

Pas maintenant.

— Il faut vraiment la changer, dit-elle finalement, en revenant à la seule réalité qu’elle supportait encore.

Elyndra hocha la tête.

— Donne-moi le linge blanc près du plateau.

Apolline tendit la main sans lâcher Izia, attrapa le tissu du bout des doigts et le lui passa. Leurs mains se frôlèrent brièvement. Le contact fut trop court pour être commenté, mais pas assez bref pour être totalement ignoré.

Elyndra le remarqua.

Apolline aussi.

Ni l’une ni l’autre n’en parla.

Elyndra s’agenouilla alors devant elles. Ce simple mouvement surprit Apolline plus qu’il n’aurait dû. Elle avait encore l’habitude de voir Elyndra debout, au-dessus des choses, dans la maîtrise, dans l’autorité. À genoux au bord d’un lit, au milieu de tissus froissés et de problèmes domestiques improvisés, elle semblait soudain moins lointaine — sans être moins impressionnante.

— Je n’ai jamais fait ça, dit Elyndra avec une franchise presque sèche.

Apolline cligna des yeux.

— Quoi ?

— Changer un enfant.

Le silence dura une seconde.

Puis, malgré tout, Apolline sentit un rire lui remonter à la gorge.

Fatigué. Incrédule. Mais réel.

— Tu es sérieuse ?

Elyndra leva vers elle un regard parfaitement plat.

— Est-ce que j’ai l’air de plaisanter ?

Apolline secoua la tête, un peu trop vite pour cacher le sourire très bref qui lui échappa.

— Non.

— Bien.

Elyndra prit une inspiration.

— Toi non plus, j’imagine.

— Non plus.

Cette fois, le silence n’était plus tout à fait le même.

Toujours tendu, mais traversé d’autre chose. Une forme maladroite d’humanité qui n’avait pas de place dans la salle du trône, ni devant les conseillers, ni devant le cristal, mais qui, ici, dans cette chambre encombrée par une nuit impossible, avait soudain le droit d’exister.

Apolline ajusta Izia dans ses bras.

— D’accord… alors on improvise vraiment.

— C’est ce que j’ai dit.

— Oui, mais tu l’as dit comme si ça venait d’un plan solide.

— Et toi, tu parles comme si paniquer améliorait quoi que ce soit.

Apolline haussa légèrement un sourcil.

— Je ne panique pas.

Elyndra posa un linge sur le lit et leva brièvement les yeux vers elle.

— Tu cours dans les couloirs au premier pleur, tu fixes la marque comme si elle allait parler et tu m’interroges depuis une heure sans respirer correctement.

Apolline resta immobile une seconde.

Puis :

— Je ne panique pas beaucoup, corrigea-t-elle.

Cette fois, ce fut Elyndra qui eut un souffle presque imperceptible, l’ombre d’un rire qui ne se laissa jamais tout à fait devenir un vrai.

Elles s’occupèrent d’Izia avec une maladresse méthodique.

Apolline tenait, Elyndra dépliait, ajustait, remplaçait ce qui devait l’être avec une concentration presque militaire. Izia protesta une fois, deux fois, ses petits bras s’agitant dans l’air avec l’indignation floue de ceux qui ne comprennent pas encore ce qu’on leur fait subir. Puis elle se calma. Encore.

Toujours cette façon étrange de redevenir paisible trop vite.

Apolline le remarquait à chaque fois.

Chaque réaction d’Izia semblait s’interrompre juste avant d’atteindre sa pleine intensité. Comme si elle reculait d’elle-même devant le désordre. Comme si une autre force en elle rétablissait immédiatement l’équilibre.

— Tu le vois aussi, n’est-ce pas ? demanda-t-elle doucement.

Elyndra ne releva pas immédiatement la tête.

— Quoi ?

— Le fait qu’elle… s’arrête.

Elyndra plia soigneusement le tissu usagé avant de répondre.

— Oui.

— Ça ne t’inquiète pas ?

Cette fois, Elyndra releva les yeux.

— Tout m’inquiète.

La réponse tomba avec une simplicité si nue qu’Apolline en resta brièvement silencieuse.

Elyndra se redressa, tenant le linge plié entre ses mains.

— Mais je choisis l’ordre dans lequel je m’autorise à l’être.

Apolline la regarda longuement.

Puis acquiesça, lentement.

Oui.

Bien sûr.

C’était exactement elle.

Tout contenir. Tout hiérarchiser. Tout maintenir debout tant qu’il restait quelque chose à sauver de l’effondrement.

Izia fut finalement rallongée quelques instants sur le lit, le temps qu’Elyndra dispose des tissus propres dans le berceau. L’enfant cligna des yeux, encore réveillée cette fois, et son regard passa de l’une à l’autre avec cette attention troublante qu’Apolline n’arrivait pas à considérer comme normale.

Elle se pencha, presque malgré elle.

— Quand les tenues d’Izia arriveront-elles ?

Elyndra lissa l’intérieur du berceau d’une main, comme si le geste lui permettait de réfléchir en même temps.

— Celles qu’on a demandées cette nuit viendront au matin. Mais elles ne suffiront pas.

Apolline regarda les caisses à moitié ouvertes.

— Non.

— Nous irons acheter le reste demain.

Le mot glissa dans la pièce avec une étrange banalité.

Demain.

Comme s’il existait encore un lendemain simple après ce qui s’était produit.

Comme si le monde allait accepter qu’elles se lèvent, s’habillent, traversent la ville, choisissent des vêtements pour un enfant apparu avec une clé impossible et une marque ancienne.

Et pourtant, cette banalité même avait quelque chose de salvateur.

Apolline releva les yeux.

— Nous irons nous-mêmes ?

— Oui.

Elyndra fit une courte pause avant d’ajouter :

— Les tenues. Le nécessaire. Et une poussette.

Apolline sentit un sourire lui venir, petit, bref, presque incrédule.

— Une poussette.

— Oui.

— Tu le dis comme si tu avais déjà passé ta journée à y penser.

Elyndra replaça un pan de tissu et haussa légèrement une épaule.

— J’ai passé la dernière heure à repenser tout ce qui devait être déplacé, annulé, caché ou préparé. Une poussette me paraît presque raisonnable, dans le lot.

Apolline laissa échapper un souffle.

— D’accord.

Puis, plus bas, en regardant Izia :

— D’accord. Demain.

Et, à sa propre surprise, elle approuva réellement.

Pas parce que l’idée d’aller acheter des affaires d’enfant avait quoi que ce soit de logique dans le chaos qui les entourait. Au contraire. Mais parce que cette idée lui donnait soudain quelque chose à faire qui ne relevait ni du mystère, ni du pouvoir, ni de la peur. Quelque chose de concret. Quelque chose de presque tendre.

Quelque chose qui ressemblait à un choix.

Elyndra prit Izia et la redéposa dans le berceau.

Cette fois, l’enfant protesta à peine. Ses doigts s’ouvrirent lentement, se refermèrent sur le vide, puis sa main marquée demeura visible quelques secondes, posée sur le tissu clair.

Apolline sentit immédiatement son regard y revenir.

Le cercle.

Le trait.

La lumière plus profonde qu’une simple lueur.

Tatouage, pensa-t-elle soudain.

Ou quelque chose qui y ressemblait assez pour troubler.

Pas une marque venue de l’extérieur.

Quelque chose d’incrusté.

Appartenant déjà au corps.

Comme si Izia était née avec une mémoire dans la peau.

Apolline détourna brusquement les yeux.

Elle n’aimait pas cette pensée.

Pas du tout.

Elyndra, debout au bord du berceau, avait suivi son regard.

— Ne recommence pas.

Apolline releva la tête.

— Quoi ?

— À la fixer ainsi.

Le ton n’était pas accusateur, mais il n’était pas doux non plus.

— Je ne la fixe pas.

Elyndra la regarda sans répondre.

Puis, après un court silence :

— Quand tu regardes la marque, tu oublies le reste.

Apolline soutint son regard une seconde, puis détourna légèrement le sien.

— Peut-être parce que le reste n’a aucun sens.

— Justement.

Elyndra s’approcha de la table et prit la clé, qu’elle fit tourner une fois entre ses doigts avant de la reposer immédiatement.

— Si nous laissons chaque chose nous happer séparément, nous perdrons le peu de contrôle qu’il nous reste.

Apolline serra les bras contre elle.

— Tu parles comme si on en avait encore.

— Nous en avons suffisamment pour choisir ce que les autres verront.

Le mot “les autres” ramena aussitôt autre chose dans la pièce.

La cour.

Les rumeurs.

Le cristal.

Le mariage à venir.

Tout ce qui attendait derrière les murs, ignorant encore ce qui dormait à quelques pas d’eux.

Apolline baissa les yeux vers le berceau.

— Et s’ils découvrent qu’on leur a menti ?

— Alors, dit Elyndra, nous ferons en sorte qu’ils aient besoin de notre mensonge plus que de leur vérité.

Apolline releva lentement la tête.

Cette phrase-là la frappa plus qu’elle ne l’aurait dû.

Parce qu’elle était à la fois froide, politique, parfaitement lucide… et, d’une certaine manière, protectrice.

Le silence revint.

Plus long.

Plus dense.

Puis Elyndra s’assit enfin, pour la première fois depuis leur retour, dans le fauteuil près de la fenêtre. Le geste était discret, presque prudent, comme si elle s’autorisait à peine à céder à la fatigue.

La clé demeurait sur la table, dans l’angle de son regard.

Apolline, elle, restait debout.

Elle ne savait pas encore si elle avait trop d’énergie ou plus aucune. Son corps oscillait entre la tension et l’épuisement, incapable de choisir.

— Tu devrais dormir un peu, dit Elyndra sans la regarder.

Apolline eut un petit rire sans joie.

— Après cette nuit ?

— Oui.

— Je fermerai les yeux et je reverrai la lumière.

Elyndra ne répondit pas tout de suite.

Les rideaux bougèrent légèrement sous un courant d’air presque imperceptible. Au-dehors, le palais dormait encore, ou faisait semblant.

— Moi aussi, finit-elle par dire.

Apolline tourna la tête vers elle.

Elyndra regardait la fenêtre, mais ses traits avaient changé. À peine. Juste assez pour laisser passer quelque chose de plus nu que d’habitude.

— Je reverrai aussi ma mère, ajouta-t-elle plus bas. Et cette clé. Et le moment exact où tout est devenu impossible à ignorer.

Apolline ne bougea pas.

Elle n’aurait su dire si ce qu’elle ressentait alors relevait de la compassion, de la proximité ou d’une inquiétude plus sourde encore.

Peut-être tout en même temps.

Elle s’approcha lentement et s’assit sur le bord du second fauteuil, non loin d’Elyndra, mais pas trop près non plus.

— Tu penses vraiment qu’elle peut être vivante ? demanda-t-elle.

Elyndra garda le silence plusieurs secondes.

Assez pour qu’Apolline se demande si elle allait simplement refuser de répondre.

Puis :

— Je pense que quelqu’un veut que je me pose la question.

— Ce n’est pas pareil.

— Non.

Le mot tomba avec fatigue.

— Et c’est ce qui me dérange le plus.

Apolline hocha légèrement la tête.

Oui.

Elle comprenait ça.

Trop bien même.

La question n’était pas seulement de savoir si quelque chose était vrai, mais de comprendre pourquoi quelqu’un choisissait précisément cette vérité-là pour frapper, au moment exact où elle ferait le plus de dégâts.

— Si tout cela est lié… commença-t-elle.

Elle s’interrompit aussitôt.

Parce qu’elle n’avait aucune idée de ce que “tout cela” recouvrait réellement.

Le cristal.

La clé.

La marque.

La lumière.

Izia.

Le vide qu’elle avait ressenti.

Le regard d’Elyndra glissa vers elle.

— Oui ?

Apolline passa une main sur son visage.

— Alors je ne sais même plus par quoi commencer.

Elyndra la fixa quelques secondes.

Puis, d’une voix plus calme :

— On commence par ce qui a besoin de nous maintenant.

Apolline suivit son regard.

Izia.

Toujours endormie.

Toujours là.

Simple, en apparence.

Impossible, en vérité.

— Et demain ? demanda-t-elle.

— Demain, nous agirons comme si nous pouvions encore décider du rythme des choses.

Le ton était presque sec, mais pas cruel. C’était simplement sa manière de tenir debout.

Apolline laissa sa tête s’appuyer un instant contre le dossier.

Ferma les yeux.

Une seconde seulement.

Pas davantage.

Mais durant cette seconde, elle sentit toute la fatigue retomber sur elle d’un seul coup, lourde, profonde, inévitable. Ses épaules lui faisaient mal. Ses jambes aussi. Même ses mains semblaient chargées d’un poids invisible depuis qu’elles avaient touché la marque.

Elle rouvrit les yeux aussitôt.

Non.

Pas dormir.

Pas encore.

Son regard revint vers le berceau.

Izia s’était légèrement tournée. Sa main marquée reposait maintenant contre le tissu clair, paume à demi visible, comme offerte malgré elle à la lumière.

Apolline sentit son ventre se contracter.

Le besoin de la regarder.

Le refus de le faire.

Les deux coexistaient maintenant sans cesse en elle.

Elle se leva finalement.

Lentement.

S’approcha du berceau.

Cette fois, elle ne tendit pas la main.

Elle se contenta d’observer.

Les cils presque transparents d’Izia. Le mouvement subtil de sa poitrine. La finesse de sa bouche. Ses cheveux, encore un peu humides de chaleur et de sommeil, qui prenaient sous la lampe cette teinte improbable, si proche de l’eau de son rêve qu’Apolline en détourna presque les yeux aussitôt.

Puis la marque.

Toujours là.

Toujours trop présente.

Mais elle ne la fixa pas cette fois.

Elle força son regard à voir le reste.

Le nourrisson.

L’enfant.

La fragilité.

Pas seulement l’énigme.

Et quelque chose se calma, très légèrement, en elle.

Pas complètement.

Mais suffisamment pour lui laisser une respiration entière.

— Nous irons demain, répéta-t-elle doucement, sans se retourner.

Derrière elle, Elyndra répondit d’une voix plus basse qu’avant :

— Oui.

— Les tenues. Le nécessaire. La poussette.

— Oui.

Apolline hocha lentement la tête.

Comme si énumérer ces choses simples leur donnait une forme de réalité plus stable que le reste.

Elle resta encore un moment debout près du berceau.

Puis, sans quitter Izia des yeux, elle murmura :

— Je ne sais pas encore ce que tu es. Mais je crois que tu as déjà commencé à changer tout ce qui t’approche.

Cette fois, Elyndra ne répondit pas.

Peut-être parce qu’elle pensait la même chose.

Peut-être parce qu’aucune réponse n’aurait été à la hauteur.

Le silence s’épaissit de nouveau, mais il n’avait plus la violence des précédents. Il y avait maintenant, sous la peur, sous le secret, sous l’incompréhension, quelque chose d’autre. Une organisation fragile. Un début de rythme.

La nuit avançait.

Le palais, au-dehors, gardait encore son masque.

Et dans cette chambre trop calme, entre le berceau, la clé, les étoffes neuves et les ombres mouvantes, deux femmes veillaient un enfant qui n’aurait jamais dû se trouver là.

Apolline finit par reculer d’un pas.

Puis d’un autre.

Elle prit une couverture restée pliée sur une chaise et la posa sur ses épaules sans même s’en rendre compte. La fatigue, désormais, ne la quittait plus. Elle s’installait dans ses muscles, derrière ses yeux, au creux de sa nuque.

Elle jeta un dernier regard à Izia.

Puis à Elyndra.

Et, dans ce regard-là, il y avait déjà plus que de la simple tension.

Pas encore de paix.

Pas encore de confiance entière.

Mais quelque chose avait bougé.

Quelque chose de discret, d’obstiné.

Comme si, au cœur même du désordre, elles avaient commencé à choisir le même centre de gravité.

Apolline détourna enfin les yeux.

Et sans qu’elle puisse expliquer pourquoi, une pensée s’imposa alors à elle, calme et glacée à la fois :

ce n’était pas la marque qui l’effrayait le plus.

C’était la vitesse avec laquelle Izia avait commencé à lui sembler nécessaire.

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