Les murs qui respirent

de Image de profil de Amelia EverbrookAmelia Everbrook

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Il y a des nuits où la maison ne dort pas.
Celles où les murs semblent s’épaissir, où le parquet gémit même quand personne ne marche dessus.
Depuis quelques semaines, ces nuits se répètent. Et chaque fois, je me dis que je m’habituerai. Que ce n’est rien d’autre que le bois qui travaille.

Au début, je mettais ça sur le compte de la solitude. Après tout, depuis le départ de Louise, je n’ai plus vraiment parlé à qui que ce soit. Je travaille de chez moi, je fais mes courses aux heures creuses, et quand le facteur sonne, je me fais discret, comme si je craignais qu’on me surprenne.

Mais quelque chose a changé.
Les bruits se sont organisés.
Ce n’était plus un craquement isolé dans le couloir, mais une suite précise : trois pas, un souffle, puis le léger froissement d’un tissu qu’on traîne.
Toujours dans cet ordre. Toujours à la même heure : 3h12.

La première fois que j’ai entendu ce rythme, je suis resté cloué au lit, les mains crispées sur les draps. Le silence qui suivait était pire que les bruits eux-mêmes. J’avais l’impression qu’« elle » m’écoutait respirer.

Je ne sais pas pourquoi j’ai dit « elle ».
Peut-être à cause de ce parfum. Oui… un parfum ténu, comme du jasmin fané, qui se glissait sous la porte de ma chambre après le bruit.

Au fil des nuits, je me suis mis à attendre ce moment.
C’était devenu un rendez-vous. Je restais éveillé exprès. Je fixais le plafond, guettant les trois pas, le souffle, le froissement.
Puis je les suivais.
Toujours jusqu’au salon.

Au salon, il y avait cette chaise vide. Enfin, pas vide… vide pour les autres, peut-être. Moi, je voyais très bien l’ombre qui s’y asseyait, le pli discret de la robe sur les accoudoirs, la courbe fine du cou.

J’ai commencé à lui parler. De petites phrases, d’abord. Puis de longues discussions, à voix basse, pour ne pas réveiller la maison. Elle ne répondait pas, mais je savais qu’elle m’écoutait. Et c’était suffisant.

Hier soir, elle s’est levée.
C’était la première fois.
Elle a marché lentement vers moi, et je me suis rendu compte que j’avais peur… mais une peur douce, presque agréable. Comme un frisson qu’on attend depuis longtemps.

Elle m’a pris la main. Sa peau était glaciale. Elle m’a conduit jusqu’au mur du couloir. Et là… le mur a respiré. Lentement, comme une bête endormie. La tapisserie s’est gonflée et affaissée, et j’ai compris qu’il y avait quelque chose derrière.

Elle a commencé à pousser ma main contre le mur. Ma peau s’y est enfoncée comme dans de l’argile tiède. Le parfum de jasmin s’est fait plus fort, étouffant.

J’ai senti mon visage s’enfoncer à son tour. J’ai fermé les yeux.
Et quand je les ai rouverts…

… j’étais assis dans la chaise du salon, à t’attendre.

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En réponse au défi

Point de rupture

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Écris une nouvelle dans laquelle le protagoniste sombre lentement dans la folie. Le défi : tu ne dois en révéler toute l’ampleur qu’à la toute dernière ligne… et cette ligne doit frapper comme un coup de tonnerre.


« Ce n’est que lorsque j’ai vu mon propre cadavre sourire dans le miroir que j’ai compris qu’il était trop tard pour revenir. »

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Les murs qui respirentChapitre1 message | 2 semaines

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