9. Bois
*ding-dong*
— Salut maman !
— Comment ça va ma petite Pistache ? Bonjour Basile. Venez. Entrez.
Marta, la mère d'Élise paraissait fatiguée. Le sourire qu'elle arborait tant il y a un mois pour Élise, et il y a six ans pour Marta, s'était évanoui dans le souffle du temps.
Comme à son habitude, la maison était parfaitement propre, pas un grain de poussière, pas une trace de saleté ni sur les vitres, ni sur les écrans muraux. Il pourrait se passer cent ans que la maison résisterait sans sourciller.
— Je te prépare du thé ?
— Laisse maman, va t'asseoir un peu. Je m'en occupe. Basile, du thé ou une bière ?
— Je laisse parler mon cœur, je vais prendre une bière bien sûr !
De l'autre côté de la porte translucide étaient parfaitement superposés une dizaine de boîtes de thé de tout horizon.
Comme à son habitude, Élise attrapa deux boîtes, au pollen bleu des régions venteuses de venus pour sa mère, et du thé d'Allemagne pour elle et son père. Depuis toute petite, elle partageais les mêmes goûts que lui.
— Vous voulez votre thé à l'ancienne ou normal ?
— Peu m'importe ma chérie.
— Et papa, il le veut comment ? Il est en haut.
— Oui. Il est en haut.
— Bon ! Tout le monde à l'ancienne, on a beau dire, les vielles méthodes sont meilleures. Plus lentes, mais meilleures. D'ailleurs pendant que ça chauffe, Basile, je vais chercher ta bière.
La bouilloire émis son sifflement caractéristique au moment où Élise revenait. Elle disposa sur la table la bière et les trois tasses.
Basile attrapa le décapsuleur après avoir regardé la bouteille un instant.
— Voilà ton thé maman.
— Merci. Ce n'est pas la peine de servir ton père, il est en haut.
— De toutes façons, l'eau est trop chaude pour la boire pour l'instant. Le temps qu'il descende, son thé sera prêt.
— Je suis désolée ma fille. Tellement désolée pour toi. Ton père est bien trop haut pour redescendre. Il est tout là-haut, avec ses propres parents.
*Élise ne souriait plus, ne riait plus. Akène était si loin.*
Basile posa sa main dans la main de sa femme. Élise sanglotait.
— Comment. Comment est-ce arrivé ? Quand ?
— C'était il y a deux ans. Ton père a fait une crise cardiaque. Je n'étais pas à la maison. Je n'ai rien pu faire. À l'heure où on vivre jusqu'à cent cinquante ans en pleine forme, il décède d'une vulgaire crise cardiaque. J'aurai été là, j'aurai pu faire quelque chose. Une crise cardiaque ! J'avais mon kit dans la trousse à pharmacie. J'aurai été là...
— Maman.
— Tais-toi, tu m'as laissée toute seule !
*silence*
— Je suis désolée ma chérie. Je ne t'en veux pas. Tu n'y es pour rien. Je suis si contente que tu sois enfin revenue. C'était si long, six ans sans toi.
Le soir même, Élise se tenait debout, devant la tombe de son père, en se disant que son corps était là, sous terre dans une caisse en bois.
Les choses s'écoulaient comme le temps, chacune à leur rythme, toutes dans le même sens.

Annotations
Versions