11. Armoire
La maison portait quelques stigmates de sa colonisation pendant ces six ans. Les locataires avaient repeint les murs, abîmé le plan de travail, et tout chamboulé dans les cartons du grenier. C'était là que Élise avait caché la clé de son armoire. C'était là que Élise avait perdu la clé de son armoire. Elle aimait tellement ses vêtements qu'elle s'était refusée de stocker ailleurs.
C'était une vieille armoire en bois brut, symbole d'une tradition passée, avec une ancienne serrure en métal. Elle s'en voulait un instant de ne pas voulu la changer par une plus moderne. Au moins, elle n'aurait pas perdu la clé, à moins de perdre ses doigts ou ses yeux.
Elle tenta plusieurs approches. D'abord appuyer sur la porte, mais sans prendre de risque de l'abîmer. De toutes façons, elle n'aurait pas cédée. Elle essaya ensuite de passer une feuille de carton dans l'interstice, mais la cartonnette céda avant.
Alors remonta au grenier et retourna toutes ses affaires. Pourquoi les locataires avaient tout déplacé ? Demain matin elle commençait sa mission sur Ganimède, les satellites de Jupiter étaient réputés froids, il lui fallait ses vêtements d'hiver.
Elle retourna devant son armoire, tenta de la secouer, de la tambouriner.
Le bruit attira Basile.
— Que se passe t-il ?
— C'est cette fichue armoire, je n'arrive pas à l'ouvrir. J'en ai marre. Tout m'échappe.
Basile chercha quelque chose dans une boîte de la commode, trifouilla la serrure. Elle céda. La porte s'ouvrit dans un grincement.
— Voilà, c'est ouvert.
Basile tenait un gros trombone tordu entre ses doigts.
— Parfois, on a l'impression que tout nous échappe. Parfois, il suffit juste de regarder les choses sous un autre angle. Parfois, il faut juste accepter l'aide de quelqu'un. Quoi qu'il arrive, je serai toujours là pour toi. Si tu as besoin d'une oreille pour parler, je suis là. Si tu as besoin d'une épaule pour pleurer, je suis là. Si tu as besoin de te blottir, de dormir, de marcher, de rire, de partir, je serai là.
— Merci, mais ce n'est qu'une armoire.
*Oui. Mais il existe dans nos cœurs d'autres armoires, plus difficiles à ouvrir, qui renferment des souvenirs et des traumatismes qu'il faut savoir libérer au moment opportun.*

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