23. Cheminée
La sorcière terrestre regardait Élise droit dans les yeux.
— Oui, ton fils.
— C'est n'importe quoi, je ne suis pas enceinte.
— Donne-moi ta main.
— Pourquoi je ferai ça ?
— Discutes pas et donne-moi ta main. Tu verras bien.
Convaincue ou résignée, Élise tendit timidement sa main.
La sorcière l'attrapa immédiatement.
— Tu as une jolie main. Elle transmet douceur et colère. Tu es en colère Élise ? Contre l'humanité ? Contre les gens qui ont cessé de te faire confiance ? Tu es douceur mais tu ne penses pas que nous pouvons nous redresser. Ta foi est tournée vers Akène. Laisse moi te bercer.
Élise eut une envie irrépressible de fermer les yeux. Elle sentit son corps s'élever, flotter dans un bain chaud, voler dans un océan primordial.
Tout se figea soudainement à l'intérieur d'un salon chaleureux, les murs étaient de pierre, un bois épais encadrait la fenêtre, du chêne ou du châtaignier, dehors la nuit commençait à tomber. La vue dégagée révélait un paysage enneigé parsemé de grands pins. Un craquement la fit revenir au salon, le feu crépitant d'une cheminée était hypnotique. Elle y ressentit les souvenirs joyeux du bois se consumant, des grandes forêts de la Terre, les innombrables espèces vivantes qui les peuplaient, les rivières et les fleuves qui les traversaient.
Un sentiment de confort parcourait Élise qui continuait de naviguer dans une rivière de vie, celle de la Terre.
Un jour, jadis, elle avait été magnifique, tout était encore possible.

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