Chapitre 5

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Chapitre 5. Séparation

À peine l’envoyer sorti de la pièce, je me sentais à bout de nerfs. L’angoisse m’envahissait alors que j’observais Lucas, qui me regardait avec un air grave.

  • Rosalia, Lucas, écoutez-moi. dit notre père d’une voix empreinte de solennité.
  • Oui, père ? répondit Lucas, visiblement inquiet.
  • Vous devez quitter le pays immédiatement.
  • Quoi ? s’exclama Lucas. Pourquoi devons-nous partir ?
  • Il est hors de question que Rosalia vive tout ça.
  • Mais père ! J’en suis capable ! Je ferai ce qu’ils me diront.
  • L’envoyé a menti. Aucune menace n’est aux portes du pays. On en aurait entendu parlé, crois-moi. La seule raison pour laquelle ils veulent te récupérer, c’est pour agrandir le pouvoir du roi. Et comment penses-tu qu’ils feront ?
  • Par un mariage. souffla mon frère, le ton grave.
  • La famille royale tente d’unir nos deux familles depuis plusieurs siècles. Mais je refuse, en tant que mère, que je laisse ma fille aux mains du roi.

Je voyais la colère danser dans les yeux de mes parents. Jamais je n’aurais pensé que le roi nous mentirait. Mais j’ai toute confiance en mes parents. Je les crois.

  • Et vous, que va-t-il se passer pour vous ?

Lucas a raison. Si nous partons, comment vont-ils expliquer ça ? Que va-t-il leur arriver ?

  • Votre mère et moi avons décidé qu’en cas de danger imminent pour Rosalia, elle partirait avec toi.
  • Mais où irons-nous ? demandai-je, le cœur battant.
  • Vous devrez trouver un endroit où vous installer. Un parent éloigné n’est pas une option viable.

Lucas m’échangea un regard anxieux. La perspective d’une fuite nous plongeait dans l’incertitude.

  • Nous mettrons en scène votre fuite, expliqua notre père. Nous avons préparé de fausses identités pour vous, pour le cas où cette situation se présenterait. Vous devrez vous faire passer pour des roturiers.

Pourquoi avaient-ils tout préparé en avance ? Connaissaient-ils les projets de la famille royale ?

  • Quand partirons-nous ? demanda Lucas.
  • Ce soir. Il est crucial de ne pas perdre de temps. Le roi est impitoyable, et il ne faut pas le sous-estimer, ajouta notre mère, visiblement bouleversée.
  • Comment allons-nous faire pour nous revoir ? demandai-je, ma voix se brisant.
  • Je ne sais pas, répondit notre père avec une tristesse palpable. Vous ne devez pas donner de nouvelles. Changez de lieu de résidence régulièrement. Le roi est bien plus dangereux que n’importe quel noble.

Les larmes me montaient aux yeux.

  • Je ne veux pas vous perdre, dis-je d’une voix tremblante.
  • Oh, ma petite fille, nous sommes désolés, répondit ma mère en me prenant dans ses bras. Promets-moi de toujours écouter ton frère et de ne jamais t’éloigner de lui.
  • Je te le promets, murmurai-je, les yeux pleins de larmes.
  • Je protègerai Rosalia, dit mon frère avec toute la détermination dont il disposait.
  • Mon fils, tu es un homme courageux et plein de noblesse. Je suis fier de ce que tu es et de ce que tu deviendras. Ne l’oublie jamais, dit notre père avec une émotion contenue.
  • Merci, papa, répondit Lucas, la voix rauque.
  • Ça faisait si longtemps que tu ne m’avais pas appelé ainsi, ajouta mon père avec un sourire mélancolique.
  • Vous changerez aussi d’apparence. Personne ne doit voir tes vrais yeux Rosalia.

Mes yeux ? C’est vrai que s’ils lancent un avis de recherche, une jeune fille aux yeux dorés sera facilement reconnaissable. J’ai encore du mal à y croire. J’étais si heureuse d’avoir une famille et je dois déjà la quitter.

  • Souvenez-vous, vous ne serez que deux, alors restez liés.
  • Tenez, tous les papiers concernant vos nouvelles identités.
  • Rosalia, depuis combien de temps maitrises-tu tes pouvoirs ?
  • Vous étiez au courant ? Ça doit faire deux ans.

Ils étaient au courant et ne m’ont jamais posé de questions ? Ça doit être pour ça qu’ils avaient préparé tous ces faux papiers. Ils savaient que ce jour arriverait.

  • Rosy, nous sommes au courant de tout ce qui se passe dans notre maison. Et Lucas, tu aidera ta sœur à maîtriser ses pouvoirs.
  • Promis, mère.
  • Vous ne serez plus des nobles à partir de ce soir. Adaptez-vous dès maintenant à un langage plus simple. Vous devez vous y habituer.
  • D’accord maman.
  • Devenez aventuriers ou marchands. Les passeports de ces professions vous permettront de voyager plus facilement et de gagner de l’argent.

J’ai toujours été du genre stoïque et imperturbable. Mais cette famille… J’y tenais tellement.

  • Tenez. Cette bourse contient assez d’argent pour tenir 3 mois. Vous en aurez besoin pour survivre.
  • Maman, j’aurai 10 ans ? Demandai-je en consultant ma nouvelle fiche d’identité.
  • Oui. Au vu de ta taille et de ta capacité à parler, ce sera plus crédible.
  • Prenez ses sacoches et mettez vos objets de valeur dans vos inventaires. Lucas, prends la bourse.

Ils sont vraiment au courant de toutes mes capacités. J’aurais tellement voulu grandir à leur côté.

  • Le soleil se couche, il est temps de partir.
  • Mets cette bague Rosalia. Le jour où nos initiales sur cet anneau disparaîtront, cela signifiera que nous ne sommes plus de ce monde.
  • Je ne devrais pas la porter plutôt ?
  • Nous te connaissons et nous savons que si nous venions à mourir, tu le cacherais à ta sœur.
  • Vous en avez également une?
  • Oui, elle nous rassurera.
  • Vous maîtrisez tous les deux la télépathie ?
  • Oui, papa.
  • Très bien, ça vous permettra de communiquer en cas de pépin.
  • Évitez les secrets, ça pourrait vous être fatal.
  • D’accord.
  • Le soleil est couché, partez le plus vite possible.
  • Venez, c’est peut-être notre dernier câlin.

C’est si bon et en même temps si triste. Nous savons tous que le danger plane sur nous.

  • Je vous aime.
  • Nous aussi. Rester en vie, mes enfants, et ne vous attachez à personne.
  • Promis.
  • Il faut que vous partiez.
  • Allons-y, Rosy. Si on veut être loin au lever du jour, il faut partir maintenant.
  • Merci pour tout, papa, maman.
  • Qu’est-ce qu’on dit ?
  • Loin des yeux, près du cœur.

…………………………………………………………………………………………...................

Plus tard, dans la nuit, après une heure de marche, Lucas et moi faisons le point sur la situation.

  • Rosy, murmura Lucas, nous éviterons de nous aventurer dans la forêt pour ne pas nous perdre.
  • D’accord, répondis-je tremblante.

Nous avons tellement pleuré pendant les dix premières minutes de notre fuite. Je suis terrifiée par ce que le roi pourrait nous faire.

  • Nous devons nous rendre en ville, dit Lucas en prenant une décision. Nous avons besoin de provisions et de vêtements. On ne sait pas quand nous aurons une autre chance de nous réapprovisionner.

Nous trouvons une petite auberge à l’entrée de la ville où passer la nuit. Le repas fut simple mais réconfortant.

  • Bien mangé ? demanda Lucas.
  • C’est différent de d’habitude, mais très bon, répondis-je. Et toi ?
  • Pareil. Alors, quelle est la prochaine étape ?
  • Nous devons trouver une petite ville. Papa nous a conseillé de devenir aventuriers ou marchands. Que penses-tu de cela ?
  • Je pense que nous devrions d’abord nous inscrire comme aventuriers, puis, grâce aux matériaux récoltés, nous pourrions aussi nous inscrire comme marchands. Cela nous donnerait deux sources de revenus, proposai-je.
  • Excellente idée, petite sœur. Nous commencerons demain, alors repose-toi, dit Lucas en souriant.
  • D’accord, frérot.
  • Frérot ? J’aime bien. dit Lucas, amusé.

Je me demandai si j’avais bien fait de dire ça, mais la douceur du moment me réconforta.

Le lendemain matin, je me réveillai en me demandant où était Lucas.

  • Lucas ? appelai-je.

Aucune réponse. Je décidai de me préparer avant son retour et profitai de ce moment pour m’entraîner à la magie.

  • Rosy ? demanda Lucas en entrant dans la chambre.
  • Ah, tu es revenu ? Ça fait deux heures que je t’attends, répondis-je.
  • Désolé, j’étais parti me renseigner en ville. Apparemment, le roi a remarqué notre fuite, dit Lucas avec une expression grave.
  • Vraiment ? Comment vont nos parents ?
  • Bien. Le roi a cru à notre histoire de fugue, mais nous devons nous dépêcher. Un avis de recherche sera lancé dans trente minutes.

Je sentis un frisson de peur en entendant cela.

  • Nous avons deux choses à faire maintenant.
  • Quoi donc ? demanda Lucas.
  • Nous devons trouver de nouveaux noms. Nous ne pouvons pas garder les nôtres.
  • Tu as raison. Le mien sera Alexandre, mais appelle-moi Alex.
  • Et moi, Evangeline. C’est le nom que mère avait prévu de me donner avant le décès de grand-mère, expliquais-je.
  • Parfait. Et la deuxième chose ?
  • Nous devons acheter des armes.
  • Quel idiot, je n’y avais même pas pensé, admit Alex. Allons-y rapidement.

Nous trouvâmes une boutique où Alex acheta deux épées pour sa compétence en escrime double, tandis que j’optais pour une épée légère et deux dagues.

  • Nous sommes prêts. L’avis de recherche sera publié dans cinq minutes. Nous devons partir maintenant, ordonna mon frère.
  • Où allons-nous ?
  • À l’entrée de la forêt. Nous continuerons à avancer derrière les arbres, répondit-il.

Nous nous engageâmes dans la forêt.

  • Ouf, j’ai cru qu’on n’allait pas y arriver, soupirai-je.
  • Moi aussi. Maintenant, soyons discrets, dit Alex, en scrutant les environs.
  • Alex, demandai-je après un moment de silence, as-tu une carte ? Parce que je n’en ai pas.
  • Merde, je me disais bien qu’il me manquait quelque chose. Bon, ce n’est pas grave. On continuera vers l’ouest. Nous trouverons bien un village, dit-il en essayant de paraître rassurant.
  • C’est pas comme si nous allions nous perdre dans la forêt, tentai-je de plaisanter.

Quelques minutes plus tard, nous nous retrouvâmes complètement perdus.

  • Voilà, nous nous sommes perdus, dis-je avec un soupir.
  • Peut-être que c’est mieux ainsi. On ne sera pas facilement retrouvés.
  • Pourquoi n’avons-nous pas encore rencontré de monstres ? Il n’y a que des petites créatures, demandai-je.
  • Nous sommes dans une forêt neutre, un sort a été lancé pour empêcher les monstres puissants de s’aventurer ici, expliqua Alex.
  • Donc, nous ne sommes pas réellement perdus si tu sais dans quelle forêt nous sommes.
  • Si on le voit de ce point de vue, admit mon frère avec un sourire timide.
  • Je suis désolé, dis-je soudainement.
  • Pourquoi t’excuses-tu ? demanda Alex, perplexe.
  • Si je n’avais pas eu ces pouvoirs, nous n’aurions pas été contraints de fuir. Nous serions restés avec nos parents.
  • Écoute-moi bien, Evangeline. Tu possèdes d’incroyables pouvoirs. Ne les renie pas. Ils sont là pour une bonne raison. Alors sèche-moi ces larmes et arrête de culpabiliser.
  • D’accord. Merci, grand frère, répondis-je émue.
  • De rien, petite sœur. Que dirais-tu de t’entraîner à maîtriser tes pouvoirs ? demanda Lucas en changeant de sujet.
  • Oui, avec plaisir ! répondis-je le visage illuminé par l’enthousiasme.

Nous passâmes un agréable moment à nous entraîner ensemble. Alexandre, malgré son rôle de frère protecteur, s’avérait être un excellent professeur de magie neutre. Je me rappelais combien j’avais voulu effacer mes souvenirs de ma vie passée, mais j’avais refusé l’offre de Layana. Perdre ma mémoire aurait signifié perdre l’identité de Yume Miller, et ce passé, bien que difficile, était une partie essentielle de mon identité actuelle.

  • Tu vas bien, Eva ? demanda-t-il après un moment de silence.
  • Désolée, j’étais perdue dans mes pensées. Alex ?
  • Oui ?
  • Tu aimes les femmes ?
  • Pardon ? Pourquoi cette soudaine question ? demanda-t-il surpris.

Je comprends sa réaction. Sa petite sœur de cinq ans lui demande s’il est héréro. Qui trouverait ça normal, sérieux.

  • Eh bien, tu n’as jamais été en relation avec une femme. Même quand père parlait de mariage, tu partais. Et tu n’as jamais mentionné de fille à la maison, expliquai-je.
  • Je garde simplement ma vie privée pour moi. Et oui, pour répondre à ta question, j’aime les femmes, répondit Alex.
  • D’accord, dis-je, réfléchissant à ce que je venais d’apprendre.
  • Et toi ? Tu aimes les hommes ? demanda Alex, amusé.
  • Je sais que cela ne semble pas évident avec ma manière de parler, mais j’ai cinq ans.
  • Evangeline, il n’est pas nécessaire de me le cacher. Je sais que tu t’es réincarnée, dit-il avec un sourire complice.
  • Hein ? Comment le sais-tu ? demandai-je stupéfaite.

Comment est-ce possible. Je ne lui en ai jamais parlé. Les dieux ne m’ont jamais interdit d’en parler à mes proches mais je ne m’imaginais pas révéler ce secret…

  • Je possède les yeux divins. Je peux voir au-delà des apparences, percevoir l’âme, expliqua Alex.

Est-ce une compétence secrète ou bien une bénédiction ? Je n’en ai aucune idée.

  • Ça existe vraiment ? demandai-je, étonnée. Heureusement que c’est toi et non un ennemi potentiel qui possèdes ce pouvoir.
  • Nous formons une bonne équipe avec nos capacités, dit-il en hochant la tête.
  • Oui, je suis d’accord. Et oui, j’aime les hommes, confiai-je.
  • Dommage, l’Originel en est un. répondit Alexandre en soufflant.
  • L’Originel ? Qui est-ce ?

De quoi parle-t-il ? Les dieux n’ont jamais mentionné un quelconque Originel.

  • Alexandre. Qui est-ce ?

Pourquoi hésite-t-il autant à m’en parler ? Je le vois bien dans sa démarche. Il accélère le pas.

  • L’Originel est le tout premier ikimono et le plus puissant. Il possède la maîtrise de toutes les magies, de la plus sainte à la plus maléfique. Il pourrait nous détruire à chaque instant. Sa menace plane depuis des centaines d’années sur nous, au vu de son statut d’immortel.
  • Je comprends mais, quel est le rapport avec moi ?

Je comprends la dangerosité de l’Originel, mais pas le rapport qui nous lie.

  • Car grâce aux anciennes écritures saintes, la famille royale a découvert le point faible de l’Originel. La seule façon de le vaincre est qu’il tombe amoureux de sa « moitié ». Plus il passera de temps avec elle, plus il s’affaiblira.
  • Tu veux dire que… je serais sa « moitié » ? Que c’est pour ça que la famille royale voulait m’avoir ? Pour qu’il m’aime et finisse par s’affaiblir, permettant ainsi aux hommes de le vaincre ?
  • Oui. Tu aurais été utilisé comme piège, forcer de finir avec lui.

C’est donc pour cette raison que nos parents nous ont dit de partir le plus rapidement possible… Ils avaient raison. Le roi est dangereux.

  • Maintenant que nous avons fui, et que la royauté ne pourra plus se servir de moi. Penses-tu que si je rencontre tout de même l’Originel, je devrais m’unir à lui ?
  • Tu es encore trop jeune pour parler de ça. Le futur nous le dira.

Je vois bien qu’il n’a aucune envie que cette situation arrive. Très bien, je me tiendrai à distance des ikimonos, et encore plus de cet « Originel ».

  • Tu peux voir mon destin ?
  • Juste un fragment, mais oui.
  • Vais-je mourir ?
  • Tout le monde meurt un jour, petite sœur.
  • Tu sais ce que je veux dire, insistai-je.
  • Tu ne mourras pas des mains du roi. C’est tout ce que je peux te dire, ajouta-t-il.
  • Et toi ? Mourras-tu ?
  • Je peux voir le destin des autres mais pas le mien.
  • Ça doit être frustrant.
  • Oui, beaucoup, admit Alex.
  • Regarde, il y a de la fumée là-bas, dis-je en pointant du doigt.
  • C’est bon signe. Cela signifie qu’un village se trouve dans cette direction, annonça-t-il en se levant.
  • Allons-y, nous devons trouver une guilde d’aventuriers.

Nous nous dirigeâmes vers la fumée, prêts à affronter les défis à venir.

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