CHAPITRE 2
Ses cheveux accrochaient la lumière, plus longs qu’autrefois, glissant le long de sa nuque. Mon regard descendit malgré moi : des épaules plus larges tendaient le tissu de sa chemise, son torse se dessinait sous le coton clair. Il avait pris de la place. De la présence.
Puis il y eut ses yeux.
Quand ils croisèrent les miens, quelque chose se fendit en moi. La douceur que je connaissais s’était durcie, polie par le temps, remplacée par une lueur sombre, presque ironique. Mes jambes flanchèrent sans prévenir et l’air resta coincé dans ma gorge tandis qu’il avançait, cette démarche souple, maîtrisée, qui n’appartenait plus au garçon de mes souvenirs.
Chaque pas le rendait plus réel. Plus proche. Plus… autre.
Son sac pendait négligemment sur son épaule, comme s’il n’avait aucun poids. Le jean noir épousait ses hanches, la chemise blanche entrouverte laissait deviner une peau hâlée. Ses cheveux roux, libérés, oscillaient au rythme de sa marche, frôlant son buste avec insolence. Un frisson me parcourut l’échine.
Lorsqu’il me vit enfin, ses lèvres se courbèrent imperceptiblement. Un sourire discret, contenu. Il vint se planter devant moi, droit, immense. Je dus lever les yeux pour soutenir son regard. Ma bouche était sèche, mon corps figé, mais mes yeux brûlaient.
Il me regardait comme avant… et pourtant différemment. Plus intensément. Plus profondément.
Sans un mot, la distance disparut. Ses bras m’encerclèrent et je m’y jetai sans réfléchir, le visage enfoui contre lui, consciente à chaque seconde de ce qu’il était devenu — et du trouble irrépressible que cela éveillait en moi.

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