CHAPITRE 3

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Damian n’avait plus vraiment d’endroit où aller. Quand je lui avais proposé mon appartement, le geste m’avait paru simple, presque automatique. Sur le moment, je n’avais pas mesuré ce que cela impliquerait de partager un espace aussi intime avec lui.

La voiture roulait depuis plusieurs minutes déjà. Les immeubles défilaient, mais entre nous, rien ne bougeait. Le silence s’était installé lourdement, s’infiltrant jusque dans mes pensées. Avant, nous aurions parlé de tout et de rien, coupant la parole, riant trop fort. Cette fois, chaque respiration semblait calculée.

— Alors… Toronto ?

Ma voix sonnait plus fragile que je ne l’aurais voulu.

— Ça va.

Son ton était neutre, presque distant. Il ne tourna pas la tête. Je sentis quelque chose se contracter en moi.

— Tu m’as manqué.

Les mots tombèrent dans l’habitacle comme une confession. Damian se tourna lentement vers moi. Son regard accrocha le mien, insistant, indéchiffrable. Ses lèvres s’entrouvrirent légèrement, puis il détourna les yeux. Aucun mot. Juste ce silence, désormais chargé de trop de choses à dire.

À l’appartement, il entra comme s’il marchait sur un terrain inconnu. Son regard glissa sur les murs, les meubles, s’attarda un peu trop longtemps sur certains détails. Sans un mot, il se dirigea vers la salle de bain. La porte se referma doucement, presque délicatement.

Je me réfugiai dans la cuisine. Le feu claqua sous la poêle, les légumes grésillèrent. L’odeur me rassura un instant. Puis l’eau de la douche se mit à couler.

Le bruit était régulier, intime. Je l’imaginais sans le vouloir. Sa nuque, ses épaules larges, l’eau dessinant des chemins brillants sur sa peau. Une chaleur familière se logea dans mon ventre. Je serrai les lèvres, honteuse de mes pensées. Mes joues me brûlaient.

Quand le bruit de l’eau s’arrêta, mon cœur rata un battement.

Il apparut sur le seuil, Nu.

La serviette reposait lâchement autour de sa taille. Des gouttes d’eau glissaient encore le long de son torse. Il referma lentement le tissu, sans hâte, comme s’il savait exactement ce qu’il faisait. Son regard ne me quittait pas. Il n’y avait ni gêne, ni excuse dans ses yeux. Seulement une tension palpable, vibrante.

L’air sembla se raréfier autour de nous. La poêle grésillait toujours, oubliée. Moi aussi.

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