Prologue
C'était une dure journée, la canicule compressait la ville comme dans un four. Heureusement, le ciel grondait ce soir. La pluie battait le goudron chaud du périph encore embouteillé. L'inspecteur Fletcher Hobbles attendait dans son bureau. Un type à la silhouette assez grande, les cheveux bruns. Il avait trente ans, mais en faisait cinquante. Sa main tenait une épaisse tasse de café brûlant. Il était dix-huit heures, mais l'inspecteur avait un pressentiment, cette nuit-là ne serait pas propice au sommeil. Fletcher observait les gouttes de pluie qui rampaient à sa fenêtre, il ne savait pas ce qui était le plus difficile entre la chaleur et l'humidité. Il regarda nerveusement sa vieille montre, dix-huit heures et quart, l'inspecteur attendait un client depuis des jours. Quelque chose, n'importe quoi qui pourrait solliciter ses talents innés pour l'enquête et la déduction. Son bureau était en grand désordre, des montagnes de paperasses bloquaient les trajectoires des portes. Une cafetière un peu renversée tachait son bureau et son ordinateur mal rangé étendait ses connectiques partout comme une pieuvre paniquée. Les lettres « Fletcher Hobbles » détective privé, peintes sur la porte en verre de son local, s'effaçaient presque. Du vide émergea l'ennui, Fletcher se tournait les pouces, pliait de vieux papiers, percutait les roues de sa chaise ergonomique. Il soupira longuement, pour être sûr que tout son air était parti, et ouvrit un document sur son ordinateur. Il écrivait un roman à ses heures perdues. Une histoire d'enquête et de meurtres dans un New York gothique des années 1960. Fletcher récrivait son ouvrage sans cesse, ne trouvant pas de bonne manière de décrire son personnage. Il prit une grande inspiration et tenta quelques choses :
« Les lumières impitoyables fendaient les ténèbres pour venir m'éblouir à mon moment de faiblesse, quelle lâcheté, je voyais mon sang, en abondance, il se mêlait à l'eau sale de la pluie, créant une boue écarlate. Ce fumier m'avait bien eu et était un sacré tireur, sa balle lancée à cent mètres avait déchiré l'air et s'était logée dans mon épaule gauche. « Ce n'est qu'un contretemps » me disais-je en me relevant péniblement. Celui qui racontera la dernière histoire de l'inspecteur Johnny Falcone n'est même pas encore né, ou n'est pas humain »
Le son strident d'un téléphone fixe était venu interrompre son élan créatif. Il saisit l'appareil d'une poigne ferme. « Hobbles, détective privé, j'écoute » dit-il, mécaniquement mais avec de l'entrain. « Bonsoir, commissaire Gerault, des forces de l'ordre de Fluville, nous avons besoin de vos services » répondit la voix au téléphone, un peu fatiguée. « Et vous faites bien commissaire, vous savez qu'avec moi, une affaire c'est presque une formalité » lança Fletcher en toute modestie.
« Quelle est la situation ? » enchaîna-t-il rapidement. Gerault hésitait. « Euh, c'est difficile à expliquer, c'est une disparition mais c'est plus compliqué sous la surface, passez au commissariat demain matin, je vous ferai un point sur la situation » L'inspecteur, déçu de ne pas attaquer tout de suite, confirma le rendez-vous. « Très bien, à demain donc. Et prenez soin de vous commissaire, la ville n'est pas sûre ces derniers temps » Le commissaire acquiesça d'un grognement et mit fin à l'interaction. Le bruit du « bip bip » résonnait dans tout le bureau. Soulagé d'avoir retrouvé du travail, Fletcher s'enfonçait dans le moelleux de sa chaise et reprit l'écriture de son roman.

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