LA BOUM – 6 avril 2025
LA BOUM – 6 avril 2025
Je m’étais préparée très longtemps. Je voulais être belle, pour moi, pour les autres et... pour Lui. C’était l’anniversaire de Mat’, un de mes très bons amis. J’avais mis un cargo vert kaki avec un top court à rayures qui laissait apercevoir mon ventre. J’avais choisi des Adidas blanches et grises et avais mis une éternité à me coiffer d’une demi-queue. Des boucles d’oreilles en forme de petits nuages pailletés pendouillaient à mes oreilles et j’avais du vernis à paillettes.
Quand j’étais entrée dans la voiture de maman pour partir, mon parfum embaumait la voiture : d’abord une senteur de barbe à papa et de caramel puis quelque chose de plus doux, de la vanille et du miel. J’étais arrivée en un rien de temps et stressais légèrement. Je lui avais acheté une casquette et un livre L’âne Trotro en réponse à sa blague à mon anniversaire (il m’avait acheté un livre T’choupi car je lui avais dit que j’aimais lire tous types de livres).
Il y avait Énora, une petite blonde très mignonne à lunettes, Lina, une autre brune que j’appréciais bien, puis Tsipora et Manon, le duo inséparable.
Chez les garçons, on comptait Denis, Evan, Ninio... Un tas de bons amis !
Mat’ n’était pas encore là, à vrai dire, il n’était même pas au courant pour son anniversaire, son père avait tout organisé sans lui dire.
Quelqu’un arrivait : on entendait des pas... Tant de suspens pour voir au final Corentin arriver, toujours les mêmes Vans bleu turquoise et orange aux pieds.
Le rouge monta à mes joues et je tentai de dissimuler la teinte derrière mes mèches blondes or. Il s’était assis à côté de moi, son genou frôlait de temps à autre le mien. Les pensées tournoyaient dans ma tête et j’étais comme sur un petit nuage.
Le père de Mat’ avait dit qu’il arrivait bientôt : tout le monde devait se planquer dans la salle. Nous avions énormément de mal à rester silencieux...
Mat’ était arrivé, en débardeur blanc, jean et chemise bleue par-dessus. Ses Vans avaient grincé sur le plancher mais on ne l’avait pas entendu, le bruit s’était perdu dans le brouhaha de « Joyeux anniversaire, surprise ! », de ballons que Ninio avait fait exploser et du moteur de la clim.
Quelqu’un avait lancé la musique et personne ne savait trop quoi faire. C’était long au démarrage, au final, quelqu’un proposa un action ou vérité. Chacun tira une chaise en cercle et s’assit. Il manquait une chaise, une chaise pour moi. Quelle idée d’aller déposer mes boucles lors du moment crucial qu’était se battre pour les chaises. Tout le monde commençait déjà à parler, le brouhaha revint.
Je m’étais donc assise par terre, entre Corentin et Tsipora. J’avais levé la tête vers lui, il me regardait. Il avait alors tapoté de sa main une place qu’il avait faite sur la chaise tout en battant frénétiquement ses Vans orange et bleu turquoise contre le sol de stress.
— Tu viens ?
C’était timide, comme précieux et interdit comme question.
Je m’étais levée et sans trop réfléchir, je m’étais assise sur le bord de la chaise, laissant un espace décent entre Lui et moi.
— Bon, qui commence ? avait demandé Mat’.
Le jeu avait commencé mais son parfum envoûtant m’empêchait de me concentrer sur les mots des autres. C’était comme s’il n’y avait que lui et moi dans la salle. Mon cœur battait fort et je me surpris à me rapprocher un peu, puis encore un peu, jusqu’à me retrouver contre son bras. Le jeu continuait, le monde ne s’arrêtait pas de tourner mais j’avais comme l’impression que le temps était figé.
J’avais senti d’abord un vide entre le haut de son corps et le haut du mien, puis quelque chose toucher mes cheveux et enfin une main sur mon épaule. Je sentais la matière de son polo Lacoste bleu ciel pâle se frotter contre mon ventre à chacun de ses mouvements. J’avais du mal à faire l’air de rien et à continuer à rester dans le jeu quand une voix qui prononçait mon surnom me sortit de tout ça.
— Aurou, action ou vérité ?
— Heu, action.
Je n’avais pas réfléchi et comment aurais-je pu le faire avec ce parfum qui m’enlaçait. Le cèdre et l’ylang-ylang dansaient autour de moi. C’était comme sentir la peau chauffée par le soleil, les draps blancs et un vent de printemps.
Un parfum qui évoque la fraîcheur, la netteté, le calme — un mélange de propreté et de sensualité discrète, comme un sourire qu’on devine plus qu’on ne voit.
— Tu fais un bisou à Corentin, là, tout de suite.
— Non, c’est hors de question, je ne voulais pas que la première fois que mes lèvres effleurent sa joue soit un action ou vérité.
— Oh mais t’as dit action... Corentin, fais quelque chose.
— Elle t’a dit non, avait-il rétorqué, la foudroyant des yeux.
Les deux commençaient à se toiser du regard et la discussion prit fin grâce à l’intervention de je ne sais plus qui.
— Mat’, action ou vérité ?
— Action.
— Enlève ton tee-shirt.
Putain, non, pas ça, avais-je pensé, il va pas le faire quand mê... Il enlevait son tee-shirt, il enlevait. SON. TEE. SHIRT ! Le vêtement fut balancé à terre et je vis des abdos dessinés avant de clore mes paupières et de me tourner. J’attendis comme ça, patiemment, entendant les cris de choc, d’envie et de fierté des gens, qu’il ait terminé son cirque. Quel culot ! Les garçons étaient en délire total...
On changea de jeu. C’était parti pour des chaises musicales, suivies d’une pause discussion. Certains riaient, d’autres mettaient le bazar en jetant des billes partout. Denis, Mat’ et Corentin, le trio, mettaient des musiques. À un moment, ils arrivèrent au milieu de la salle et un son se lança :
« Bateauuuuuu sur l’eau, c’est moi qui tiens les rênes, c’est moi ton capitaine. »
Ils dansaient bêtement et tout le monde avait explosé de rire. Je pense que ces 30 minutes pourraient être comparées au chaos le plus total.
Moi, je m’étais assise et regardais, intriguée, la scène. Corentin faisait des bêtises et éclatait de rire avant de me jeter un regard pour voir s’il me faisait rire. Ses cheveux courts châtains brillaient. Antoine se battait avec Chloé, Mat’ confrontait tous les gars au bras de fer, la musique forte donnait mal à la tête et la clim quelques frissons. Ninio et Owen se battaient avec des confettis, Hafiz dansait au milieu de temps à autre.
Corentin vint à côté de moi, il se décala et n’eut rien à dire que je me logeais déjà sur sa chaise contre mon odeur préférée. Sa main me caressait l’épaule tendrement et il sortit son téléphone. Il ouvrit YouTube et on scrolla sur les shorts. On riait et on ne faisait pas attention aux remarques des filles.
J’entendais des « trop chou », « sans gêne lol » ou encore « ils sont ensemble depuis quand ? », mais la seule chose qui m’intéressait, c’était lui. Je ne savais plus où j’étais, qui j’étais, ce que j’étais mais je savais une chose : j’étais sienne.
Je suis quelqu’un de trop. Trop quoi, vous demanderez, et j’aurais envie de répondre trop tout. Trop bruyante, trop excitée, trop triste pour tout, trop susceptible, trop souriante, trop attentionnée, trop lourde, trop attachée...
Je pense être quelqu’un d’entier, je ressens tout tellement fort et je me donne entièrement sans chercher à cacher qui je suis ni ce que je ressens. Alors quand j’ai pensé, ce jour-là, être sienne, c’est que je m’étais déjà abandonnée à ce garçon. Il tenait entre ses mains mon cœur et son trop d’émotions, il le berçait tendrement, il veillait dessus.
Là, ni lui ni moi ne nous étions aperçus que tout le monde s’était tourné vers nous avant la seconde phrase du père de Mat’ (c’est à cause de la première que tous les regards étaient rivés vers nous). Mince, le père de Mat’ était revenu et je ne m’en étais même pas rendu compte…
— OH les amoureuuuuuux, c’est mignon !
Le rouge me monta aux joues mais cette fois-ci ce n’était pas Corentin mais la honte. On s’était écartés brusquement. On avait ensuite commencé les cadeaux et je m’étais lovée contre son dos, la tête sur son épaule, mon nez contre son cou, juste là où il mettait son parfum...
La suite logique : le gâteau, puis les parents de chacun qui reviennent toujours trop tôt et le retour à la maison.
Je m’étais allongée sur mon lit, rêvassant, j’avais enlevé mon tee-shirt et... Attendez... Je l’avais saisi et... Nonnn quand même pas... L’odeur de cèdre et d’ylang-ylang. Mon tee-shirt sentait Corentin.

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