Te amo... :Le 14 avril 2025 Every butterfly in my stomach... Bordel !
Le 14 avril 2025 : Every butterfly in my stomach... Bordel !
C’était un lundi, j’en suis certaine. Nous avions eu cours comme à notre habitude et nous avions terminé à 16h30 avec Accro-sport. Je remontais vers l’école primaire avec Siyana et lui. Nous avions pris un boudou et, quand nous étions arrivés au carrefour devant le collège Dodu, je venais de le finir. Nous avions traversé au rouge (quelle bande de voyous). Siyana avait poursuivi tout droit et il avait tourné. Que faire ?
— Siyana, tu viens ?
— Non, je passe par là.
— Corentin ?
— Je vais par là.
— Les gars, on va tous au même endroit, ne me forcez pas à choisir l’un d’entre vous !
— Mmmh si…, avait dit Corentin.
Siyana s’éloignait déjà… Bon bah… J’avais rattrapé Corentin sans vraiment réfléchir et Siyana m’assurait en criant qu’elle retenait que j’avais choisi, je cite, « l’autre con ». Nous marchions et il faisait chaud. Son parfum chatouillait mes narines à chaque courant d’air.
— Elle va venir…, avait-il dit, sûr de lui.
— Je te parie que non.
Je connaissais trop bien Siyana : elle était déjà bien loin, sûrement déjà presque arrivée à l’école primaire. Nous remontions tranquillement la rue Sainte-Anne, il faisait chaud.
— Elle viendra.
— Elle viendra pas, je te dis, je la connais.
— Moi aussi je la connais, en plus depuis plus longtemps que toi, elle viendra pas.
— Tu veux qu’on l’attende ?
— Ok, tu vas voir, elle va venir ?
On s’était arrêtés contre un rideau métallique fermé. On était abrités par la tôle au-dessus de nos têtes. Il s’était appuyé et nos sacs étaient par terre : quel soulagement de sentir mes épaules plus légères, que le vent caressait. Je m’appuyais contre son torse. Il était contre le rideau métallique et je m’appuyais entièrement. Il avait enroulé ses bras dans mon dos, posant mes mains dans le creux de ma colonne. Quelques merles de Maurice gazouillaient, le vent rafraîchissait mes épaules. Il avait sorti son téléphone et commençait à spammer Siyana de « viens ». Je savais qu’elle ne viendrait pas…
— Elle viendra pas.
— Elle viendra.
— Elle viendra pas.
J’avais la tête vers lui et regardais ses yeux.
— Elle viendra pas.
Je m’apprêtais à répondre que non, elle ne… Il pencha la tête et ses lèvres rejoignirent les miennes. Une décharge circula dans mes lèvres. Il recula doucement. Je souriais. Je n’arrivais plus à m’empêcher de sourire. Je souriais. Lui aussi. Je rougissais. Lui aussi. Mes muscles me suppliaient d’arrêter de sourire, mais je n’y arrivais pas. J’avais donné mon premier baiser à Corentin Endiran. Il m’avait donné son premier baiser, et cela ne pourra pas changer. J’étais son premier baiser. Il était mon premier baiser.
Une dame traversait la route derrière nous et je la vis sur le trottoir, me lancer un petit sourire malicieux. Elle avait tout vu. Je souriais toujours. Sa jugulaire battait plus fort que jamais, et tant son cœur battait vite, on voyait sa chair entre ses clavicules palpiter. L’électricité était toujours là, sur mes lèvres. Les merles gazouillaient toujours. Le vent caressait toujours mes épaules. Les feuilles bruissaient toujours. Tout semblait pareil, mais tout avait changé.
— Elle viendra, avait-il chuchoté.
— Elle viendra pas, lui avais-je répondu encore plus bas.
J’avais posé un baiser sur sa jugulaire battante. Rien ne serait plus jamais pareil. J’avais embrassé Corentin. C’était imparfait. Plein de petits doutes, de petites erreurs. Parfaitement imparfait. Ce moment où tu te sens vraiment vivant. Every butterfly in my stomach... Bordel !

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